Cérémonie 2004
Mémorial National
Français d'Algérie
Rapatriés d'Outre Mer
Aix en Provence
 


 
Madame le Maire , Député des Bouches du Rhône
Monsieur le Sénateur
Mesdames et Messieurs les Elus , Députés, Conseillers Généraux, Conseillers Régionaux
Mesdames et Messieurs les Présidents d'Associations de Rapatriés de Harkis, d'Anciens Combattants, Détenus Politiques et Fusillés, Messieurs les Porte Drapeaux
Mes Chers Compatriotes, Mes Chers Amis


A l’adresse de nos frères Harkis et de leur famille, représentés ici par deux importantes associations AJIR et le Collectif des Harkis du pays d’Aix qui défendent avec beaucoup de courage, de douloureuses situations que connaissent les Harkis. J’exprime mes vœux sincères à l’occasion du début du ramadan qui coïncide avec la cérémonie devant ce mémorial Je souhaite que cette période de jeune soit propice à une profonde réflexion sur les religions qu’elles soient Musulmanes, Chrétiennes, Juives ou autres afin de mieux les comprendre. Chacun connaît suffisamment sa religion pour se déchirer, mais pas assez pour s’aimer.

 
                     
 
 
Ce jour est un peu notre Toussaint. Bien qu'il ne corresponde pas au calendrier, nous nous réunissons ici depuis de très très longues années pour honorer nos morts, nos Disparus et tous les Combattants morts pour que vive l'Algérie Française.
La plupart d'entre eux reposent là bas sur une terre qu'ils avaient façonnée de leurs mains, pétrie de leur sueur et de leur sang.
C'est sous l'action volontaire et patriotique d'un officier Français que ce monument est né. Il devait permettre chaque année de rappeler que le souvenir, le sacrifice et l'honneur d'hommes et de femmes ne tombent dans l'oubli. Oui, le vrai tombeau des morts c'est le coeur des vivants.
Je veux rendre hommage au Commandant Jean Doubouy. Qu'il repose en paix, après une vie durant, s'être battu pour les causes justes sous les plis du drapeau tricolore. Il était fier de ce monument et, je suis à mon tour aussi, fier de pouvoir perpétuer cette volonté.
 
René Andrés pendant son discours devant le mémorial
                     
 
Je veux aussi adresser un salut fraternel à notre ami Edouard Baldo. Une santé défaillante ne lui permet pas d'être présent avec nous aujourd'hui. Je sais ô combien il le regrette et nous aussi.
Salut Edouard !
La raison de ce Mémorial c'est de pouvoir s'imposer face à l'oubli. Il permet de méditer sur une page de l'histoire de notre pays et même si cela dérange par certaines vérités.
Mes chers Amis, vous comprendrez, je l'espère l'émotion qui me gagne chaque année à pareille époque pour évoquer devant ce Mémorial le passé d'hommes et de femmes venues de tous les bords de la Méditerranée et même de plus loin.
De cultures et de religions différentes, ils avaient mélangé leur vie et leurs coutumes. Au fil des années, un véritable peuple est né. Sur une terre aride et peu hospitalière, ils avaient appris à manier la pioche, la pelle, la charrue mais aussi le fusil.
C'est ainsi que lorsque la France s'est trouvée confrontée à de grands conflits,
une armée a pu être levée pour participer à la défense de la Patrie.
Ces hommes de toutes les communautés présentes en Algérie, ne connaissaient qu'une seule chose: l'Algérie et la France ne faisaient plus qu'un seul pays. Chaque commune possédait son monument aux morts où parfois la place manquait pour y inscrire le nom de tous les soldats tombés sur les champs de bataille au cours des deux guerres.
Bien vite l'Algérie et grâce au travail et à l'action des Enseignants, Médecins, Fonctionnaires, Paysans et Ingénieurs, ce département devient l'un des joyaux de la France. Mais hélas ! bien vite aussi les convoitises ne se firent pas attendre. Les ennemis extérieurs et intérieurs de l'Empire Français se mirent sournoisement au travail, pour réduire à néant cette magnifique oeuvre civilisatrice.
Se rappeler ces périodes permet de mieux comprendre l'engagement total de tous ces hommes et femmes, chrétiens, juifs, musulmans, athées, qui n'ont pas hésité à donner leur vie pour que vive l'Algérie Française.
L'Algérie a connu cette dramatique tragédie, cette guerre cruelle où chaque jour pendant 8 longues années ses enfants étaient massacrés.
 
Tous ceux à qui nous rendons hommage aujourd'hui étaient loin d'imaginer ce qui les attendait. La trahison et le mensonge allaient prévaloir sur leur idéal, leur labeur, leur patriotisme, leur passion. Ce peuple qui composait l'Algérie Française avait compris très tôt que l'intérêt d'une vie ne réside pas dans sa longueur mais dans son intensité.
 
   
Les plaies sont encore vives, la douleur due à l'arrachement à son pays natal ne s'atténue pas. Non! nous ne sommes pas nostalgiques, ni rancuniers. Mais il y a en nous cette mémoire que nous voudrions mettre au service de la vérité.
Je dois cependant reconnaître qu'après avoir subi en 2003 « l'année de l'Algérie » avec son cortège de reportages éhontés, de films tronqués, une désinformation généralisée où l'Armée de la France a été traînée dans la boue. Un projet de loi portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français Rapatriés, de tous les Français Rapatriés a déclenché en nous une lueur d'espoir.
La lecture de l'article 1Bis du projet de loi, est un vrai rayon de soleil qui me parvient, je cite la Nation associe les populations de toutes confessions, Harkis, Pieds Noirs victimes des massacres perpétués pendant la guerre d'Algérie ainsi que ceux commis après le 19 mars 1962 en violation des accords d’Evian à l'hommage pour les combattants morts pour la France et surtout toute allégation injurieuse commise envers une personne en raison de sa qualité vraie ou supposée d'anciens supplétifs de l'Armée Française en Algérie est interdite. Nos frères Harkis traités de collabos sauront décoder ce message.
 
Je tiens à remercier Christian Kert, Député des Bouches du Rhône pour m'avoir fait passer ce projet de loi et lui dire combien j'ai lu avec émotion son allocution à l'assemblée Nationale, le 2 décembre 2003. Mon Cher Christian le peuple des Rapatriés et Harkis saura s'en souvenir quand il le faudra.
On pouvait être heureux. Nos espérances avaient force de loi. Oui, tout ce qui avait été fait en Algérie était enfin reconnu par la Nation française.
Seulement voilà, cette euphorie n'a duré le temps que dure un arc-en-ciel. Les actes ne suivent pas les écrits.
La commémoration du 60e anniversaire du débarquement en Provence où le recueillement à l'égard de tous ces combattants a été marqué par la présence honteuse et indécente d'un dirigeant FLN à ces manifestations. Cette décision du Président de la République est un manque de respect et de. Dignité à l'égard des Harkis et Rapatriés. C’est une insulte historique.
Que des anciens combattants issus des anciens territoires ou départements français soient honorés, nous semble tout à fait normal et juste. Nous ne devons pas oublier que tous ces soldats ont contribué à libérer la France. Cette France de champs de bataille, cette France de monuments aux morts, cette France qui a été libre grâce au sacrifice de tous ses enfants. II reste à nous de savoir nous montrer dignes de cette liberté.La présence du Président de l'Algérie à ces manifestations est une grave maladresse qui divise encore plus les Français. Nous n'avions pas besoin de cette humiliation qui ne manquera pas de retarder la réconciliation entre l'Algérie et la France. Une réconciliation ne se décrète pas. On nous parle souvent de la réconciliation qui s'est opérée 20 ans après avec l'Allemagne. Il serait bon de savoir pourquoi 42 ans après rien n'est fait avec l'Algérie. Avec l'Allemagne la réconciliation s'est réalisée avec un gouvernement qui n'avait rien à voir avec l'Allemagne nazie. Or en Algérie, le Président actuel faisait partie de l'organe dirigeant du FLN, ceux là même qui n'ont pas respecté les accords d'Evian et ont continué à massacrer sans retenue les Français et les Harkis. Il faut poursuivre les dirigeants du FLN, y compris certains ministres algériens en exercices. M. Bouteflika est un ancien du FLN et je le tiens pour l'un des principaux complices des crimes commis contre les Harkis. (Pierre Messmer « le Monde » 25 septembre 2001)
Les Rapatriés et Harkis n'ont aucune rancoeur envers la population d'Algérie. Au contraire, nous savons qu'ils souffrent, nous les comprenons mieux que d'autres. J'ai personnellement de nombreux contacts avec des Algériens rencontrés sur des chantiers. Leurs confidences sont sans équivoque, ils souhaitent que nous revenions en Algérie pour construire une Algérie nouvelle.
Un de mes interlocuteurs est né avec l'indépendance mais me raconte que son père lui avait souvent assuré que c'était « mieux avant. Un autre m'a affirmé que tout compte fait, c'était les Harkis qui avaient fait le bon choix.
  Ô ! Combien nous aimerions retourner dans notre pays natal, mais librement pas en voyage officiel, mais en toute liberté et pour tous sans exception. Oui, nous aimerions retrouver nos quartiers qui ont marqué notre enfance, oui l'esprit de nos aïeux est fortement imprégné dans ce pays. II n'y a pas de réconciliation sans sincérité, il n'y aura pas d'avenir sans pardon, mais pas un pardon unilatéral. Dans toute réconciliation il y a un effort pour que chacun oublie le passé. La guerre d'Algérie a marqué et divisé toute une génération.
Comment peut-on envisager une réconciliation sans que Rapatriés et Harkis n'y participent ? C'est pourtant ce qu'avait promis le Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, le 2 décembre 2003, devant le Parlement.
 
     
   
     
le Parlement.
Si cette réconciliation s'opère avec toute la franchise nécessaire, sans aucune arrière pensée, un avenir serein pointera à l'horizon et tous nos morts, nos Disparus, nos fusillés pourront enfin reposer en paix.
Quant à nous, nous ne les oublierons jamais.
René ANDRES
Aix en Provence Le 16 octobre 2004