– Revue de presse N° 184
– 3 juillet 2026 – { 2003–2026 } – { 23ème année }
https://lematindalgerie.com/les–nouveaux–talibans–de–la–morale/
Les nouveaux talibans de la morale
La Rédaction
3 juillet 2026
Il est des silences qui deviennent des complicités. Il est des renoncements qui ouvrent la voie aux pires régressions. Il est des saisons où les mauvaises herbes repoussent plus vite que les moissons. Elles s’insinuent entre les pierres, s’accrochent aux fissures de la société, prospèrent sur les renoncements, se nourrissent des peurs et des silences.
L’Algérie semble aujourd’hui traverser l’une de ces saisons où l’intolérance, drapée des habits de la vertu, relève la tête avec une inquiétante assurance. Sous des apparences parfois
anecdotiques, les promoteurs de l’obscurantisme dissimulent une entreprise autrement plus dangereuse : la reconquête de l’espace public par un rigorisme religieux qui ne supporte ni la liberté, ni la diversité des modes de vie, ni même la simple joie de vivre. Ils ne portent ni uniforme ni insigne officiel. Ils n’ont reçu aucun mandat du peuple, aucune délégation de la loi, aucune investiture de la République. Pourtant, ils parlent comme s’ils étaient les propriétaires des consciences, les intendants de la morale, les gardiens exclusifs de la volonté divine, prenant même des airs de sainte–nitouche.
Ils s’arrogent un pouvoir que nul ne leur a confié. Ils prétendent parler au nom de Dieu alors qu’ils ne parlent bien souvent qu’au nom de leur propre obsession du contrôle. Leur horizon n’est pas la spiritualité mais la surveillance ; leur projet n’est pas l’élévation de l’âme mais la domestication des comportements. Ces individus s’autoproclament gardiens de la morale, distributeurs du permis et de l’interdit, juges des consciences et procureurs permanents de la société.
À les entendre, tout est faute. Tout est suspect.
Tout est péché. Chez ces islamistes rigoristes, la distinction entre le halal et le haram est érigée en principe absolu qui rythme chacune de leurs prises de paroles.
Chaque geste du quotidien, chaque comportement, chaque expression artistique ou culturelle, chaque choix individuel est passé au crible d’une lecture littéraliste et réductrice de la religion.
A leurs yeux, la société ne saurait échapper à une succession ininterrompue d’injonctions, de mises en garde et d’anathèmes, où le permis et l’interdit deviennent les seuls critères de jugement. Cette obsession normative nourrit un climat de suspicion permanent, dans lequel la liberté de conscience, la diversité des modes de vie et le droit à la différence sont constamment remis en cause au nom d’une prétendue défense de la morale et de la foi.
A leurs yeux, aucun fait, aucun geste, aucune parole, aucun choix de vie n’échappe à leur vigilance sourcilleuse.
Tout est minutieusement passé au crible de leur interprétation étriquée des préceptes religieux, puis soumis à leur propre tribunal moral.
Ils s’arrogent le droit de décréter ce qui serait licite ou illicite, vertueux ou condamnable, distribuant blâmes et anathèmes avec une assurance qui confine à l’imposture.
Se posant en gardiens autoproclamés de la vertu, ils s’immiscent dans les moindres aspects de la vie privée et publique, comme si leur mission consistait à surveiller les consciences plutôt qu’à cultiver les valeurs de tolérance, de justice et les valeurs de la coexistence pacifique.
Depuis plusieurs mois, les signaux d’alerte se multiplient.
Des appels récurrents à la fermeture des bars sous prétexte qu’ils troubleraient la morale publique, mais qui dissimule une volonté d’imposer leur conception de la morale à l’ensemble de la société
Des campagnes de lynchage moral contre un père dont le seul tort aura été d’embrasser sa fille pour célébrer sa réussite au brevet.
Des actes de vandalisme consistant à répandre de l’huile de moteur sur des rochers en bord de mer afin d’empêcher des couples ou des familles de profiter d’une promenade, d’un coucher de soleil ou de la fraîcheur du littoral.
Pris isolément, chacun de ces épisodes pourrait sembler relever du fait divers. Ensemble, ils dessinent pourtant un projet cohérent : imposer par l’intimidation une vision unique de la société, la remodeler selon les canons d’un rigorisme qui ne tolère aucune différence. Car telle est bien la méthode. On commence par désigner des comportements prétendument immoraux, puis on stigmatise ceux qui s’en rendent coupables. Ensuite viennent les campagnes de harcèlement sur les réseaux sociaux, les pressions sur les commerçants, les intimidations de voisinage. Enfin s’installe progressivement une police informelle des mœurs où chacun devient le surveillant de son voisin.
Ce mécanisme est vieux comme tous les totalitarismes. Il ne commence jamais par les armes. Il commence par le regard accusateur, par la dénonciation, par la culpabilisation permanente. Toutes les tyrannies suivent cette pente. Elles ne s’emparent pas des peuples en une nuit ; elles grignotent les libertés une à une, jusqu’au jour où chacun découvre qu’il ne lui reste plus rien à défendre. Les nouveaux rigoristes excellent dans un art redoutable : faire passer l’oppression pour une vertu. Ils confondent la piété avec la surveillance, la foi avec la domination, la religion avec la police des mœurs. Ils oublient que la foi ne s’impose pas par l’humiliation, qu’elle ne grandit jamais dans la contrainte et qu’aucune spiritualité authentique ne peut naître de la peur.
Leur obsession n’est pas Dieu. Leur obsession, c’est le contrôle. Contrôler les corps, contrôler les femmes, contrôler les jeunes, contrôler les familles, contrôler les espaces publics, contrôler jusqu’aux émotions. Ils rêvent d’une société où chacun deviendrait le geôlier de son voisin.
Cette mécanique est connue. Elle fut observée sous d’autres latitudes, à d’autres époques, sous d’autres idéologies. Les visages changent ; la logique demeure. Chaque totalitarisme commence par prétendre sauver le peuple malgré lui. Chaque inquisition prétend purifier la société. Chaque extrémisme affirme agir au nom d’un bien supérieur. Puis viennent les exclusions, les interdits, les violences, les tragédies.
L’Algérie n’a pas oublié. Comment pourrait–elle oublier ?
Les années 1990 ne sont pas un simple chapitre des livres d’histoire. Elles demeurent une blessure ouverte dans la mémoire nationale. Avant que les armes ne parlent, il y eut les sermons incendiaires. Avant les massacres, il y eut les intimidations. Avant les assassinats, il y eut les listes noires. Avant le sang, il y eut les mots. L’embrasement n’est pas né du jour au lendemain. Il fut précédé d’une montée progressive de l’intolérance, de la confiscation de la parole, de la désignation des prétendus mauvais musulmans, des artistes, des intellectuels, des journalistes, des femmes libres comme ennemis à abattre.
Lorsque certains se mirent à distribuer les certificats de bonne conduite religieuse, beaucoup y virent une agitation sans lendemain. Lorsque les premières intimidations apparurent, beaucoup parlèrent d’excès isolés. Lorsque les premières violences éclatèrent, il était déjà trop tard. L’histoire enseigne une leçon implacable : l’extrémisme ne recule jamais devant les concessions qu’on lui accorde. Chaque recul de la société devient pour lui une invitation à avancer davantage. Il serait dramatique de croire que ces nouveaux entrepreneurs de la morale ne représentent qu’un folklore inoffensif.
Les mots préparent toujours les violences lorsque plus personne n’ose leur répondre. Il ne s’agit pas de prétendre que l’histoire se répète à l’identique. L’histoire ne copie jamais exactement ses propres drames. Mais elle possède une mémoire. Elle nous enseigne que les sociétés qui tolèrent les intimidations quotidiennes finissent souvent par regretter leur passivité.
Il faut donc refuser les premières marches de cet escalier. Refuser que des groupes autoproclamés décident de ce qu’il est permis de lire, de créer, de célébrer, de fréquenter ou d’aimer. Refuser que les réseaux sociaux deviennent des tribunaux populaires où l’on condamne sans procès. Refuser que des intimidations répétées soient présentées comme de simples opinions. Car une opinion cesse d’être une opinion lorsqu’elle cherche à supprimer les droits d’autrui. La liberté religieuse est un droit fondamental, mais elle ne saurait devenir le droit d’imposer sa pratique aux autres. La morale personnelle mérite le respect. Elle ne devient pas pour autant une norme obligatoire pour toute la collectivité.
La République n’a pas vocation à administrer les consciences, pas plus qu’elle ne doit abandonner ses citoyens à ceux qui prétendent les administrer à sa place. Une nation vivante ne se mesure pas au nombre de ses interdits. Elle se mesure à sa capacité d’accueillir la pluralité sans sombrer dans le chaos, de protéger les croyants comme les non–croyants, de garantir à chacun le droit de vivre selon ses convictions tant qu’il respecte la loi et la liberté d’autrui.
L’Algérie mérite mieux que cette atmosphère de suspicion permanente. Elle mérite mieux que ces entrepreneurs de la culpabilité qui prospèrent sur les frustrations et les colères. Elle mérite mieux que ces marchands d’interdits qui transforment chaque sourire en faute et chaque liberté en provocation. Notre pays possède une histoire bien plus riche que leurs prêches réducteurs. Il est fait de résistance, de culture, de poésie, de musique, d’hospitalité, de débats, de savoirs et de spiritualités diverses. Il s’est construit dans la complexité, non dans l’uniformité.
L’avenir ne sera jamais écrit par ceux qui veulent éteindre les lumières. Il appartiendra toujours à ceux qui auront le courage de défendre les libertés sans lesquelles aucune nation ne peut prétendre être grande. Car lorsqu’un peuple commence à demander la permission pour rire, aimer, créer ou simplement respirer, ce n’est plus seulement sa liberté qui vacille. C’est son âme elle–même qui se trouve assiégée.
Bachir Djaïder, journaliste et écrivain
https://actualitte.com/article/132459/archives/que–contient–le–fonds–albert–camus–acquis–par–la–bnf
Que contient le Fonds Albert Camus, acquis par la BnF ?
Ewen Berton
3 juillet 2026
RPweb
Le fonds comprend une part importante des documents originaux transmis par Albert Camus à ses héritiers. Une autre partie se trouvait depuis 2000 en dépôt à la bibliothèque Méjanes d’Aix–en–Provence. En juin 2024, la Commission consultative des trésors nationaux a reconnu à cet ensemble la qualité d’« œuvre d’intérêt patrimonial majeur ». La pièce principale est le manuscrit de L’Étranger, seul manuscrit de travail connu de ce roman publié en 1942. Le fonds contient aussi deux états corrigés de La Chute, dont une première version portait le titre Le Jugement dernier. S’y ajoutent des documents liés à L’Exil et le royaume, à Réflexions sur la guillotine, à des conférences, à des articles et à des textes de théâtre.
Manuscrit de L’Étranger d’Albert Camus, premier chapitre. Fonds : MC/SIPA/Tristan Reynaud Copyright Éditions Gallimard.
Le manuscrit du Premier Homme fait également partie de l’ensemble, le roman était en cours d’écriture au moment de la mort de l'auteur et a été publié en 1994. Les cahiers, agendas et correspondances conservés dans le fonds documentent ses projets d’écriture, ses lectures, ses rendez–vous et ses échanges avec des lecteurs, des institutions, des éditeurs, des auteurs, des metteurs en scène et des acteurs.
Un ensemble désormais rattaché au patrimoine littéraire national
L’acquisition vise à préserver l’intégrité du fonds et à éviter sa dispersion. Le ministère de la Culture indique qu’il s’agit de la plus importante acquisition réalisée par l’État en matière de patrimoine littéraire. Elle fait entrer dans les collections publiques un ensemble couvrant plusieurs aspects du travail et des engagements d’Albert Camus.
À la BnF, ces archives rejoignent des fonds d’écrivains et d’intellectuels du XXe siècle déjà conservés par le département des Manuscrits. L’institution possède aussi plusieurs documents de Camus, dont des brouillons de La Peste donnés par ses enfants en 1983. D’autres manuscrits ou dactylographies de L’Homme révolté, Le Malentendu, Caligula ou L’État de siège y sont entrés au fil des décennies.
Manuscrit du Premier homme, d’Albert Camus, premier feuillet avec la dédicace à sa mère
« A toi, qui ne pourras jamais lire ce livre ». Fonds : MC/SIPA/Tristan Reynaud Copyright Éditions Gallimard.
Le fonds sera répertorié comme un ensemble unique par la BnF, même si la conservation restera partagée avec la bibliothèque Méjanes, où une partie des archives demeurera en dépôt. Les deux établissements assureront donc ensemble la conservation des documents et leur accès pour les chercheurs.
Des consultations et des rendez–vous publics annoncés
Les pistes de valorisation du fonds prévues portent sur sa numérisation, mais aussi des publications, des expositions, des colloques et d’autres manifestations.
Une exposition est prévue au printemps 2027 dans la Galerie Mansart du site Richelieu de la BnF. Elle sera co–commissariée par Thomas Cazentre, conservateur au département des Manuscrits de la BnF, et Élisabeth Maisondieu–Camus, petite–fille d’Albert Camus. L’exposition sera prolongée par des rendez–vous culturels et scientifiques, dont certains à Aix–en–Provence, sans plus de précisions pour le moment.
Est aussi prévue une lecture organisée le 3 mai 2027 dans le cadre du partenariat entre la BnF et la Comédie–Française. Un autre rendez–vous doit porter sur Camus, la Méditerranée et l’Italie, à Nice, en lien avec le Centre universitaire méditerranéen, le Festival Rencontres méditerranéennes de Camus, la Société des études camusiennes et deux universités française et italienne.
Crédit photo : Manuscrit de La Chute, d’Albert Camus – Fonds : MC/SIPA/Tristan Reynaud Copyright Éditions Gallimard.
https://www.courrierinternational.com/article/politique–elections–en–algerie–un–taux–de–participation–si–faible–qu–il–en–devient–accusateur_246564
Élections en Algérie : un taux de participation “si faible qu’il en devient accusateur”
Sofiane Ayache
Élections en Algérie : un taux de participation “si faible qu’il en devient accusateur”
Près de 25 millions d’Algériens étaient appelés aux urnes, ce jeudi 2 juillet, pour élire une nouvelle Assemblée populaire nationale. Mais “Le Matin d’Algérie” voit dans le taux de participation historiquement bas – moins de 21 %, selon un décompte provisoire – un signe de la défiance de la population à l’égard du processus électoral.
Publié le 3 juillet 2026 à 19h24
Le résultat de ce scrutin n’est pas une contestation bruyante, mais un Hirak silencieux. Une réponse politique d’un peuple qui n’en peut plus des mascarades électorales, des mensonges, des manipulations et des propagandes les plus éhontées.
Le taux de participation est si faible qu’il en devient accusateur. Il ne dit pas seulement que les électeurs se sont abstenus mais surtout qu’ils ne croient plus en Tebboune et en son clan, au pouvoir depuis décembre 2019.
Les Algériens ne croient plus à l’utilité du vote, ni à l’honnêteté du processus, ni à la capacité du pouvoir à accepter autre chose qu’une reproduction de lui–même. Le verdict est sans appel.
Le plus tragique, c’est que le pouvoir fait mine de ne pas comprendre que la défiance qu’il récolte est le produit direct de ses propres méthodes. À chaque scrutin, le même scénario revient : un cadre électoral étroit, des candidatures triées, une compétition amputée, puis de grandes proclamations officielles sur la transparence et la sérénité. La mise en scène est devenue trop grossière pour tromper qui que ce soit.
“Désaveu silencieux”
Le régime veut des citoyens obéissants, pas des électeurs souverains. Il veut le consentement, il a eu un désaveu silencieux. Comme dans tous les précédents scrutins. Il parle d’élection, il réalise des mascarades. Il veut des taux de participation importants, pas des choix politiques souverains. Il veut des chiffres de participation, mais redoute la participation réelle, celle qui obligerait à compter non les apparences, mais les rapports de force.
10,67 % de participation dans la diaspora : là encore, le message est limpide. Même loin du territoire, même hors de l’emprise immédiate de l’administration et de sa machine répressive, les Algériens refusent de prêter serment à un simulacre.
La mascarade aura–t–elle finalement une fin ?
Une évidence : l’abstention est un acte politique de masse. Celle d’hier comme [dans les cas] précédents. Elle signifie que le pouvoir a perdu sa capacité à convaincre, à mobiliser et surtout à incarner une alternative crédible. Le populisme a vécu. Un régime peut survivre à la critique ; il peut réprimer, emprisonner, mentir à longueur de colonnes de journaux qui ont renoncé à leur mission d’informer, mais il survit difficilement au ridicule.
À la chute.
Le 2 juillet 2026, les Algériens ont choisi le refus. Refus de cautionner des élections aux accents de mascarade. Refus de servir de décor à une démocrature de mauvais goût. Ce refus est peut–être silencieux, mais il est d’une clarté redoutable.
Si le pouvoir a voulu faire voter un pays en bon ordre, il a surtout réussi à faire parler son rejet. L’ignorer c’est mépriser encore une fois le peuple algérien. Mais là aussi, l’on ne s’étonnera pas que le pouvoir ne tirera nulle leçon de cette avanie.
https://presseagence.fr/paris–memoire–le–mouvement–peuple–pied–noir–denonce–le–silence–sur–le–5–juillet–1962/
PARIS : Mémoire – Le mouvement Peuple Pied–Noir dénonce le silence sur le 5 juillet 1962
Gilles Carvoyeur
3 juillet 2026
À l’approche de l’anniversaire du 5 juillet 1962, le mouvement Peuple Pied–Noir fustige l’oubli de cette date qu’il juge tragique.
Dans un communiqué publié ce vendredi 3 juillet 2026, le mouvement Peuple Pied–Noir déplore que la date du 5 juillet 1962 soit « passée sous silence ». L’organisation considère cet événement comme un tournant funeste dans l’histoire des Français d’Algérie, marquant la fin de l’Algérie française dans des conditions dramatiques.
Une date fondatrice d’un exode
Selon le mouvement, le 5 juillet 1962 a « sonné le glas » pour trois raisons majeures. Il évoque d’abord « le cadeau du gouvernement de l’époque de quinze départements français aux seuls tenants du FLN ». Ensuite, il rappelle le massacre à Oran d’un millier de victimes parmi les civils pieds–noirs, incluant tués, blessés et disparus. Enfin, l’organisation souligne que cette journée a été le prélude à « l’exode contraint de 1,5 million de personnes déplacées ».
Des massacres et une expulsion forcée
Le Comité exécutif de Peuple Pied–Noir, composé d’Eric Wagner, Jean–Paul Gavino, Christian Schembré et Pierre Courbis, analyse les événements qui ont conduit à ce départ massif.
« Au–delà de l’erreur stratégique majeure pour la France et l’Europe de n’avoir pas permis le maintien du Peuple Pied–Noir en Algérie, les massacres perpétrés contre les communautés européenne et juive, dont El Halia par le FLN en 1955, Bab–el–Oued par l’armée française en 1962, rue d’Isly par les militaires français en 1962, Oran par les groupes de l’ALN sans l’intervention des 18 000 soldats français présents sur place, ont provoqué leur expulsion forcée », précise le comité.
Un droit à la spoliation contesté
Cette situation d’expulsion aurait eu des conséquences juridiques directes pour la communauté pied–noire, l’empêchant de faire valoir ses droits.
« Cet état de fait, a empêché le Peuple Pied–Noir de revendiquer le droit de rester et de s’opposer à la spoliation de ses biens comme inscrits dans la convention internationale des Accords d’Evian », conclut le Comité exécutif.
Le mouvement Peuple Pied–Noir appelle ainsi, par ce communiqué, à une reconnaissance de la souffrance et des pertes subies par les Français d’Algérie lors de l’indépendance du pays.
https://fr.le360.ma/culture/parution–lalgerie–1830–2026–verites–et–legendes–de–xavier–driencourt–ou–le–proces_ISXQS6U3BRCVZGBVLIEDTFHP5I/
Parution. «L’Algérie 1830–2026. Vérités et légendes» de Xavier Driencourt, ou le procès
Par Karim Serraj
3 juillet 2026
Dans «L’Algérie 1830–2026. Vérités et légendes» (Éditions Perrin, juin 2026), Xavier Driencourt signe un livre de synthèse, de témoignage et de combat, bâti en 27 questions. L’homme d’État et ancien ambassadeur de France en Algérie durant huit ans prolonge l’enquête qui traverse désormais toute son œuvre: comprendre l’Algérie comme système de pouvoir et la France comme puissance embarrassée par sa propre histoire. Il relie avec brio deux siècles de relation commune à des questions centrales: comment un pouvoir algérien fondé sur la guerre, l’armée et la rente mémorielle a–t–il appris à manier les scrupules français avec une telle efficacité? Pourquoi la France comprend–elle si mal l’Algérie, et pourquoi l’Algérie officielle continue–t–elle d’avoir besoin de la France comme adversaire intime?
Le livre, qui a fait son entrée cette semaine dans le top 20 des meilleures ventes en France, avance comme une enquête: de la conquête de 1830 au régime Tebboune, de Sétif au Hirak, d’Évian à l’accord migratoire de 1968, avec un fil directeur très ferme: l’Algérie fonctionne comme un système, et la France continue de regarder ce système à travers sa propre culpabilité historique. Driencourt refuse deux consolations: celle d’une Algérie réduite à la blessure coloniale, et celle d’une France qui pourrait solder son passé par gestes symboliques. C’est cette tension qui donne au livre sa force, son théâtre d’ombre algérien et les angles morts de la diplomatie française.
Il résume cette mécanique par une formule qui oriente tout l’ouvrage: «Le “système”, comme on désigne à Alger le mode de fonctionnement du pays, opérait parfaitement» autour des «trois piliers du pouvoir», «le président de la République, l’armée, les services de renseignement». C’est un décor institutionnel. La présidence incarne, l’armée arbitre, les services surveillent, le parti fournit une mythologie, la mémoire coloniale sert de carburant idéologique.
Vingt–sept tableaux contre les légendes
Driencourt annonce avoir écrit «une vingtaine de “tableaux”» (p. 9). Le livre en compte finalement vingt–sept, comme si le sujet résistait déjà au cadre. Chaque chapitre pose une question simple, parfois brutale: la colonisation fut–elle un crime contre l’humanité? Le Sahara a–t–il toujours été algérien? Abd el–Kader fut–il l’adversaire idéal? La guerre commence–t–elle en 1945 à Sétif? De Gaulle a–t–il compris l’Algérie? L’armée monopolise–t–elle le pouvoir? Le Hirak fut–il une révolution ou un leurre?
Couverture de l'essai «L’Algérie 1830–2026. Vérités et légendes», Xavier Driencourt, 256 pages. Éditions Perrin, collection Vérités et légendes, 2026.
Cette forme est efficace. Elle donne au lecteur le sentiment d’entrer dans un cabinet de dossiers, chaque tiroir s’ouvrant sur une controverse. Elle est aussi orientée. La question n’est jamais neutre. Elle cadre le procès. Le livre raconte l’Histoire et corrige des récits. Parfois avec nuance, parfois avec une netteté qui frôle l’assaut frontal. Ce dispositif donne au livre son rythme. Driencourt déroule une fresque continue et procède par coupes, par éclairages latéraux, par rectifications. Chaque chapitre vise une croyance, une simplification, un mot d’ordre.
Ainsi, lorsque l’auteur écrit que «la colonisation de l’Algérie n’a pas constitué un crime contre l’humanité», il ne nie ni la violence ni la dépossession; il refuse une qualification juridique globale. Sa distinction entre droit, morale et histoire est intellectuellement recevable, mais elle crée d’emblée le choc: avant même d’avoir traversé 1830, Bugeaud, le Code de l’indigénat ou Sétif, le livre s’installe au cœur de la guerre des mots.
L’ouvrage contraint le lecteur à tenir ensemble deux vérités historiques. La colonisation française a intégré l’Algérie à un système d’empire, de hiérarchie juridique, de confiscation foncière et de violence militaire. Le vocabulaire contemporain du droit pénal international répond à une logique précise. Driencourt prend appui sur cette tension pour attaquer les facilités mémorielles des deux rives. Il entend préserver la complexité historique face aux slogans. Ce geste critique produit l’une des lignes les plus intéressantes du livre : la conquête porte une violence fondatrice, et cette violence mérite une description rigoureuse.
Driencourt veut arracher l’histoire à la morale automatique, mais il n’écrit jamais hors du combat politique. Il rappelle les exactions, les enfumades, les spoliations, l’inégalité juridique, l’indigénat, la guerre de conquête. Mais il refuse d’assimiler juridiquement toute la colonisation à un crime contre l’humanité, au motif que cette qualification suppose une intention génocidaire ou une politique d’extermination systématique.
Son livre s’oppose à la repentance comme réflexe, mais il ne blanchit pas la conquête: «La colonisation en Algérie, inscrite dans les pratiques de l’époque, généralisée par les puissances européennes lors de la conférence de Berlin (1885), fut une forme de négation des droits des groupes et des individus, qui devinrent, en Algérie, des sujets coloniaux ou des “indigènes”». Driencourt écarte ainsi la formule judiciaire globale tout en établissant la réalité de la dépossession, de l’inégalité et de la brutalité. Il rappelle que «Bugeaud lance alors une guerre totale, ponctuée de pillages et de massacres de manière à décourager l’ennemi et à le contraindre à fuir». Autrement dit, sa critique de l’anachronisme juridique ne devient pas apologie. C’est plus subtil, donc plus inflammable, comme tout ce qui refuse d’obéir aux slogans des deux camps.
La conquête, ou l’accident devenu empire
Le coup d’éventail, les dettes, la piraterie, les calculs de Charles X, la prise d’Alger, puis l’extension progressive depuis le littoral composent une chaîne où l’accident devient empire. D’où cette phrase: «L’Algérie était donc créée.» L’Algérie contemporaine, dans ses frontières et son nom politique, est aussi un produit de la conquête française. Lorsqu’il écrit: «Évidemment, le Sahara n’était pas algérien», il ne formule pas une remarque d’érudition innocente; il touche au cœur du récit national algérien. Il rappelle que les frontières modernes émergent souvent d’une violence transformée en droit. Il explique aussi la sensibilité du dossier saharien. Driencourt relie colonisation, frontières, négociations d’Évian et Sahara.
Il rappelle que «la question du Sahara a été un des points d’achoppement des discussions sur l’indépendance menées entre la France et le FLN à Évian en mars 1962», puis il résume crûment la fabrication française du territoire saharien en écrivant que «c’est la France qui a “collé” cette étendue de sable aux terres conquises qui s’appelaient “l’Algérie”».
Ce regard territorial rejoint une veine plus mélancolique du livre. Driencourt s’intéresse aux bifurcations avortées, aux trajectoires imaginables, aux moments où l’histoire aurait pu suivre une route différente. Le chapitre sur Abd el–Kader restitue la portée politique et religieuse de l’émir, ainsi que la manière dont sa mémoire fut ensuite intégrée au roman national. Le chapitre sur Napoléon III va dans le même sens. Le projet de «royaume arabe» apparaît comme une piste impériale ambiguë et réelle, fondée sur une reconnaissance politique accrue des populations musulmanes. Driencourt écrit que «la politique visionnaire, quelque peu idéalisée, de l’empereur se heurte à plusieurs obstacles». On rêve ici d’un autre scénario pour l’Algérie militaire d’aujourd’hui. Cette phrase ouvre l’une des parties les plus tristes de l’ouvrage: l’Algérie coloniale a connu des moments de possible inflexion, puis la logique coloniale, l’administration et les colons ont imposé leur pente.
Sétif, Évian, juillet 1962: la guerre après la guerre
Le cœur dramatique du livre se déplace ensuite vers la période 1945–1962: «la guerre d’Algérie, ou “guerre d’indépendance”, a véritablement commencé à Sétif le 8 mai 1945». Le massacre et la répression de Sétif, Guelma et Kherrata font apparaître l’impasse sanglante de l’Algérie française. Driencourt ajoute: «après Sétif, l’Algérie française était perdue». Cette lecture déplace le centre de gravité de 1954 vers 1945.
Elle donne à la victoire française de 1945 sur le nazisme une face coloniale tragique: au même moment, en Algérie, l’ordre impérial révèle sa violence terminale.
Driencourt pense aussi la guerre en diplomate. Le terrain militaire compte, et la scène internationale compte autant. Il rappelle que «durant toutes ces années, la France a été confrontée à une action déterminée et organisée du FLN à l’ONU et dans les capitales étrangères». La guerre d’Algérie se joue dans les maquis, les villes, les prisons, les réseaux, puis dans les enceintes internationales et les capitales du tiers–monde. L’auteur souligne l’effet de la décolonisation mondiale: «En ce début des années 1960, l’accession à l’indépendance de nombreuses colonies d’Afrique ou d’Asie a eu raison de la posture défensive française». La France perd alors sur plusieurs plans à la fois: moral, politique, diplomatique, stratégique.
Les accords d’Évian forment dans le livre un autre moment de vérité. Driencourt en fait une sortie juridique de guerre plutôt qu’une fondation politique stable. Il rappelle que «très vite, ces accords sont bafoués par les violations du cessez–le–feu et les attentats de l’Organisation armée secrète (OAS)». Côté algérien, il note que «la direction du FLN avait éclaté au profit de Ben Bella et de l’Armée de libération nationale (ALN) dirigée par le colonel Boumediene». La paix négociée débouche ainsi sur une séquence d’affrontements internes, d’exode des Européens, de tragédie harkie et de confiscation militaire du pouvoir.
Juillet 1962 devient alors le pivot politique de l’ouvrage. Driencourt y voit le moment où l’indépendance algérienne change de propriétaire. La scène fondatrice associe la liesse nationale à la violence interne. L’auteur écrit: «Véritable tournant, le mois de juillet 1962 est un début de guerre civile». Il ajoute que les militaires prennent «les rênes de l’Algérie» à l’occasion d’un «véritable coup d’État». Toute la généalogie du régime part de là. L’indépendance naît avec un récit de libération, puis le pouvoir réel passe aux mains de l’armée des frontières et de ses héritiers. Cette thèse relie Ben Bella, Boumediene, Chadli, Zéroual, Bouteflika et Tebboune dans une même histoire de souveraineté militaire.
La question des harkis donne à cette séquence une profondeur française et humaine. Driencourt écrit: «Les harkis ont subi une double peine: massacrés dès l’indépendance – le nombre de victimes en leur sein variant de 10.000 à 130.000, selon les sources –, rejetés par une majorité d’Algériens, ils ont ensuite été parqués dans des camps répartis principalement dans le sud de la France». Ce passage rappelle que la guerre d’Algérie demeure une blessure française intérieure. Pieds–noirs, harkis, anciens appelés, juifs d’Algérie, militants anticolonialistes, familles binationales: chacun porte une mémoire fragmentée, souvent incompatible avec celle du voisin.
L’armée derrière le rideau
La décennie noire confirme, selon Driencourt, la centralité de l’armée. Il écrit que «l’Algérie a été déchirée par une terrible guerre civile que les Algériens eux–mêmes désignent par les termes de “décennie noire”, “terrorisme”, “tragédie nationale”». Il résume ensuite la période: «Dix années de guerre civile entre les islamistes et l’armée, de 200.000 à 250.000 morts».
Cette guerre renforce le rôle des militaires comme rempart sécuritaire. Elle permet aussi au pouvoir de construire une nouvelle légitimité, celle de la protection face à la barbarie islamiste. Le prix politique est lourd: mémoire verrouillée, société transformée, appareil sécuritaire consolidé.
Bouteflika incarne l’apogée de cette architecture. Driencourt le présente comme un homme de pouvoir, de culture, de séduction et de clan. Il rappelle que «Bouteflika sera donc resté vingt ans président de la République, jusqu’à sa démission en avril 2019 face aux émeutes du Hirak et sous la contrainte du chef d’état–major, Ahmed Gaid Salah». Il ajoute que sa longévité s’explique par «une conjoncture économique exceptionnelle marquée par la hausse continue des prix du pétrole», par «la fin de la guerre civile» et par «la réintégration de l’Algérie dans le jeu international après le 11 septembre 2001». Le système atteint alors un équilibre fondé sur l’argent, l’armée, les réseaux, le parti et la présidence.
Le chapitre sur l’armée livre la formule la plus importante du livre. Driencourt écrit: «Le “système” a donc retrouvé une forme de pureté chimique originelle: l’armée dirige le pays “derrière le rideau” de la scène où s’ébattent les civils qu’elle a placés et qu’elle surveille». L’image donne presque toute l’ossature de l’essai. Le président occupe la scène, les militaires tiennent la coulisse. Les institutions produisent des signes, l’armée fixe les limites. Driencourt énumère les constantes du système: «opacité, brutalité, nationalisme intransigeant, discours antifrançais et haine de la France, religiosité», avec l’«affairisme» en supplément. Cette phrase transforme la lecture historique en diagnostic politique.
Le Hirak représente alors l’épreuve ultime de cette thèse. Driencourt reconnaît la grandeur civique du mouvement. Il écrit: «Le Hirak fut populaire et pacifique, expression d’une demande de renouveau démocratique». Il souligne aussi la force des slogans qui rappelaient les combattants du FLN tués ou exilés «pour mieux signifier que le combat pour l’indépendance et la révolution avait été confisqué par l’armée dès juillet 1962». Son verdict reste sévère: le mouvement a fait tomber Bouteflika, puis le système a recomposé son équilibre. Cette analyse gagne en cohérence. Le Hirak fut une défaite institutionnelle et une victoire morale partielle. Driencourt privilégie le premier résultat, car tout son livre mesure la capacité du régime à absorber les secousses.
Paris au piège de sa mauvaise conscience
L’autre grand personnage du livre est la France. Driencourt la décrit comme une puissance inhibée par son histoire algérienne. L’Algérie relève de la diplomatie et de la politique intérieure françaises dans le même mouvement. L’auteur résume cette difficulté par une scène de réception multiple: «Un dirigeant français sait, par avance, que les mots qu’il prononcera à Alger seront entendus, scrutés et étudiés par les Algériens d’Algérie» (p. 129), puis analysés en France par les pieds–noirs, les harkis, les Algériens et les Franco–Algériens. La phrase explique l’embarras permanent de Paris. Chaque mot prononcé à Alger résonne à Marseille, Perpignan, Bobigny, Roubaix, Oran et Tizi Ouzou. La diplomatie française parle toujours devant plusieurs mémoires concurrentes.
Driencourt est ici très convaincant. Il montre une gauche française hantée par Mitterrand ministre de l’Intérieur et de la Justice, par Guy Mollet, par le contingent, par la torture, par l’ambiguïté face à la décennie noire. Il montre une droite hantée par de Gaulle, par l’abandon des pieds–noirs, par les harkis, par Oran, par l’Algérie française devenue mémoire honteuse ou nostalgie électorale. Il montre Emmanuel Macron cherchant à avancer par gestes mémoriels, mais se heurtant à une mécanique algérienne où chaque geste français devient un dû, jamais une étape réciproque.
Dans le miroir inverse, Driencourt affirme que «la France obsède l’Algérie». L’ancien colonisateur joue le rôle de référence, de débiteur symbolique et de bouc émissaire utile. Le régime algérien tire de cette obsession une ressource politique durable. Il nourrit son discours nationaliste, entretient la demande mémorielle, transforme les gestes français en acquis, puis relance l’accusation. La relation franco–algérienne devient une mécanique à deux mouvements: Paris cherche l’apaisement, Alger convertit l’apaisement en signe de faiblesse ou en preuve de dette.
Le dossier migratoire donne à cette mécanique sa forme la plus contemporaine. Driencourt revient longuement sur l’accord du 27 décembre 1968, devenu dans le débat français un symbole de l’exception algérienne. Il rappelle que cet accord «octroie aux Algériens des conditions» «plus favorables que le droit commun des étrangers». Un arrangement bilatéral issu de l’après–indépendance est devenu un objet de politique intérieure française. Visas, titres de séjour, laissez–passer consulaires, éloignements, réciprocité administrative: la relation diplomatique descend dans les préfectures et remonte dans les campagnes électorales.
La mémoire comme rente, la réciprocité comme verdict
La mémoire occupe alors la place centrale. Driencourt distingue la douleur historique réelle et l’usage politique du passé par le régime algérien. La conquête, la guerre, les tortures, les spoliations et les massacres forment une matière historique lourde. Le pouvoir algérien transforme cette matière en rente de légitimation. L’auteur cite la «falsification de l’histoire par les autorités algériennes» dénoncée par Emmanuel Macron en 2021, puis il écrit: «Cette rente mémorielle, enrobée d’un discours nationaliste et antifrançais, fonde la légitimité d’un pouvoir qui s’estime propriétaire du pays et est utilisée pour demander “toujours plus” à Paris». Plus le présent politique se verrouille, plus le passé devient une ressource de gouvernement.
C’est cette colère froide qui donne au livre son âme. Il ne s’agit pas seulement d’un livre d’avertissement. C’est un livre de désillusion diplomatique. Driencourt a cru, ou au moins observé de près, les tentatives françaises de relance, les gestes, les visites, les commissions, les paroles calculées. Sa conclusion est sévère: Alger ne comprend pas la sentimentalité française; Alger comprend le rapport de force. D’où le mot final, presque programmatique: «réciprocité».
Le terme semble modéré. Il ne l’est pas. Dans la bouche d’un diplomate, il signifie: cesser l’exception, rendre coup pour coup, appliquer aux visas, aux expulsions, aux gestes diplomatiques, aux coopérations, aux symboles, le principe que toute concession doit recevoir une contrepartie. Ce n’est pas une déclaration de guerre. C’est la fin proposée d’une relation asymétrique où la France donne des signes et où Alger engrange sans modifier sa ligne.
«L’Algérie 1830–2026. Vérités et légendes», Xavier Driencourt, 256 pages. Éditions Perrin, collection Vérités et légendes, 2026. Prix public: 180 DHS.
https://www.corsenetinfos.corsica/Musee–de–Bastia–Une–expo–mettant–en–lumiere–les–relations–unissant–la–Corse–au–Maghreb_a91491.html
Musée de Bastia – Une expo mettant en lumière les relations unissant la Corse au Maghreb
Philippe Jammes 3 juillet 2026
« Corsica–Maghreb : Une histoire en miroir (1830– 2025) » c’est le titre de cette exposition qui sera visible jusqu’au 19 décembre prochain.

« Les expositions temporaires du musée sont toujours des expositions dont les thèmes font écho à des problématiques actuelles de la société corse » explique Pasquale Castellani, adjoint au maire de Bastia, délégué à la Langue et à la culture corses, à la stratégie d’immersion linguistique et à la valorisation du patrimoine matériel et immatériel. « Corsica Maghreb renvoie au sujet de l'immigration, au sujet du communautarisme. Ça permet de regarder ces problématiques, qui sont complexes, sous un prisme plus large, en prenant une échelle de temps plus large et en versant des éléments scientifiques à la réflexion de tout un chacun. C'est une part de l'histoire qui est très peu connue et qu'on a tendance à oublier. Entre 1800–1830 et les années 50, il y a eu un contingent de Corse, plus de 250 000, qui étaient expatriés en Afrique du Nord pour y faire leur carrière dans l'armée, dans l'administration, dans le commerce. C’était l'équivalent de la population en Corse. La majorité de la population en Corse n'en est plus trop consciente aujourd’hui et c'est donc l'occasion de remettre ces faits en lumière. Ces expositions temporaires sont important car elles contribuent à renouveler l'attractivité du musée, à sa dynamique, avec des œuvres nouvelles tous les ans ».

Cette exposition invite donc le visiteur à découvrir, explorer les liens politiques, culturels, humains et économiques entre la Corse et les pays du Maghreb tels Maroc, Algérie, Tunisie et de mettre en lumière les histoires croisées de l’émigration corse en Afrique du Nord et de l’immigration maghrébine en Corse. « Il y avait deux bonnes raisons de mettre en place cette exposition sur ce thème » souligne Sylvain Gregori, conservateur du Musée de Bastia. « La première c'est que l’émigration corse au Maghreb a été considérable. Il n'y a pas une famille dont un de ses membres n’a séjourné ou s'est installé là–bas. Donc déjà, ça fait partie de notre histoire, une histoire qui nous fait un petit peu sortir de l'ethnocentrisme et qui nous montre que les Corses ont rayonné dans toute la Méditerranée, y compris à l'époque contemporaine. Deuxième élément, c'est qu'un musée doit être aussi en adéquation avec la société. Un musée n'est pas seulement un lieu où on vient voir de belles choses, où de vieilles choses, mais il doit aussi apporter une réflexion au public ».

Sur deux étages, deux époques différentes.
« On a joué sur l'idée de miroir, comme l'indique le titre de l’expo » continue Sylvain Gregori. « D'un côté, l’émigration corse jusqu'à la décolonisation en 1962, et à l'étage inférieur nous reprenons la chronologie à partir de 1962, la Corse avec les rapatriés pieds noirs d'Algérie et dans leur sillage la première main d'œuvre marocaine, et on va jusqu'à nos jours avec toutes les problématiques sociétales et politiques que l'on a connues à travers à la fois des phénomènes de communautarisme, de xénophobie, d'identité. En fait cette exposition pose aussi la question de ce qu’est être corse au XXIe siècle et comment on peut justement intégrer des gens qui viennent d'ailleurs avec toutes les problématiques qu'on a connues bien évidemment depuis les années 80, parce que c'est principalement à partir de là que le problème va apparaître en Corse avec des tentatives de réponse comme la Communauté de Destin qui est fortement critiquée de nos jours. A travers cette expo, cette histoire immédiate, quasiment immédiate, on essaye de présenter des problématiques et de répondre, selon évidemment la nature du musée, à ces problématiques à la fois politiques et sociétales. On y démontre aussi la force des amicales Corses à cette époque–là. Elles jouent le rôle de véritable lobby à la fois en Afrique du Nord mais aussi en Corse dans les grands débats politiques et sociétaux de 1900 jusqu'à la fin de la décolonisation. On constate que ces associations qui sont portées par des parlementaires d'origine Corse qui se sont fait élire en Afrique du Nord par des élites locales aussi bien dans le domaine politique qu'économique, ont joué un rôle très important à la fois dans la définition de l'identité Corse mais aussi dans tous les débats de cette époque–là. Le but ce n'est évidemment pas de donner des explications qui sont plutôt liées aux politiques publiques, mais d'éclairer le visiteur, le citoyen, dans un sens d'émancipation, de la réflexion quant aux problématiques sociétales que la Corse rencontre »

À découvrir près de 400 œuvres d'art, objets, documents et vidéos qui proposent une lecture croisée de près de deux siècles d'histoire commune.
« La collecte a été très difficile puisqu'il n'y a quasiment aucun objet dans les collections publiques de Corse ni les collections publiques françaises qui sont en rapport soit avec l'immigration des Corses au Maghreb soit avec l'immigration des Maghrébins en Corse » explique Sylvain Gregori. « On a dû, entre guillemets dans le sens antique du terme, inventer des œuvres. On a aussi tenté une petite collecte auprès de la communauté maghrébine avec quelques résultats. Ce ne sont quasiment que des femmes qui ont répondu à cet appel, ce qui est déjà un signe à interpréter ». Parallèlement, des familles corses ont prêté divers objets ramenés du Maghreb, objets qui s’ajoutent à des prêts de musées français, comme le musée d'Orsay, musée de l'armée ou encore du Palazzo Reale de Pise.

https://www.sofoot.com/breves/coupe–du–monde–apres–lelimination–de–lalgerie–contre–la–suisse–le–staff–de–vladimir–petkovic–prefere–retenir–le–positif
L’Algérie a vraiment mis en difficulté la Suisse ?
3 juillet 2026
L’Algérie rentre à la casbah.

Éliminés par la Suisse dans la nuit de jeudi à vendredi après une performance mollassonne, les Fennecs sortent de la Coupe du monde dès les seizièmes de finale.
Malgré des statistiques effroyables en attaque, l’entraîneur adjoint de Vladimir Petković Davide Morandi estime que l’Algérie « a mis en difficulté la Suisse ». Une drôle de déclaration quand on sait que son équipe a cadré seulement deux tirs pendant 90 minutes…
Une finition en Berne face aux Suisses
Dans des propos rapportés par L’Algérie aujourd’hui, Vladimir Petković rejoint l’analyse de son compère Morandi « Nous avons bien commencé le match et nous nous sommes créé plusieurs situations dangereuses. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à les transformer en buts », a–t–il déclaré après le coup de sifflet final.
À la suite de cette élimination en seizièmes de finale, le sélectionneur de l’Algérie juge « qu’atteindre la Coupe du monde et accéder à la phase à élimination directe après douze années d’absence constitue un moment historique pour le football algérien. »
Et de conclure toujours sur une note positive : « Nous devons apprendre de cette expérience et retenir les aspects positifs de notre participation. »
Le monde des Bisounours.
https://www.areion24.news/2026/07/02/le–hirak–et–les–reseaux–dinfluence–de–lalgerie–dans–lemigration–algerienne–en–france/
Le Hirak et les réseaux d’influence de l’Algérie dans l’émigration algérienne en France
Didier Le Saout
3 juillet 2026
L’interprétation dominante de la relation franco–algérienne est le plus souvent appréhendée à travers le prisme étatique, ce qui a pour conséquence d’éclipser la complexité des rapports sociétaux et individuels qu’entretiennent la population algérienne et les citoyens binationaux résidant en France. Le mouvement protestataire connu sous le nom de Hirak, apparu en Algérie en février 2019 pour dénoncer la candidature d’Abdelaziz Bouteflika (1937–2021) à un cinquième mandat présidentiel après vingt ans au pouvoir, a été renforcé par la mobilisation d’une identité algérienne au sein de l’immigration.
Bien que la genèse de la contestation soit ancrée sur le territoire national algérien, l’extension simultanée du mouvement à des espaces transfrontaliers – notamment en France, qui concentre la plus forte densité de l’immigration algérienne (1) – révèle une compétition politique entre les réseaux d’influence officiels du régime en place et les acteurs du Hirak. La question des moyens mobilisés par ces deux parties pour s’arroger un monopole d’influence au sein de la communauté émigrée en est d’autant plus centrale (2).
La relation entre la communauté algérienne établie à l’étranger et l’Algérie a acquis une importance particulière au cours de la guerre d’indépendance (1954–1962). Le poids des émigrés algériens en France constituait une ressource démographique et financière stratégique, permettant au Front de libération nationale (FLN) et au Mouvement national algérien (MNA) d’asseoir leurs réseaux et d’intensifier la lutte sur le territoire algérien. La pratique des cotisations, qui fonctionnait notamment comme un marqueur économique et symbolique des liens d’appartenance des travailleurs algériens en France, transforma la sujétion politique et économique en un sentiment de fidélité nationale.
L’émigration, un enjeu pour l’État algérien
À l’indépendance, cette dimension fut érigée en enjeu politique majeur destiné à servir de fondement à l’émergence d’une nouvelle société. L’ouvrier algérien fut interpellé non plus pour sa participation au mouvement de libération nationale, mais pour sa contribution financière directe au projet de développement économique du nouvel État souverain. Dans les villes françaises où la présence algérienne était notable, l’organisation de rassemblements à forte teneur symbolique nationale culminait par des collectes de fonds alimentant un dispositif de solidarité consacré au financement de la reconstruction postcoloniale. L’Amicale des Algériens en France (ADAF) fut établie en 1963 comme relais des autorités algériennes afin d’encadrer et de contrôler la communauté émigrée sur le territoire français. Elle orchestrait une symbolisation dans laquelle les références cristallisées autour de dates commémoratives clés incluaient l’émigration comme une partie intégrante et indissociable de la nation.
Des événements majeurs, tels que le déclenchement de la révolution (1er novembre), la fête de l’indépendance (5 juillet) ou la répression du 17 octobre 1961 à Paris, étaient ritualisés lors de galas organisés par ses sections locales. En outre, cette symbolisation intégrait une dimension religieuse, exhortant notamment l’émigré à célébrer les fêtes religieuses musulmanes avec dignité. À ces commémorations vint s’ajouter la date du 19 juin 1965, marquant le coup d’État de Houari Boumédiène (1932–1978), au pouvoir jusqu’à sa mort, affirmant ainsi l’instrumentalisation du calendrier mémoriel au service du régime.
Ce tournant se traduisit par une réorganisation du réseau de l’État au sein de l’émigration : l’ADAF fut rebaptisée Amicale des Algériens en Europe (AEE), et ses instances dirigeantes firent l’objet d’un remaniement. Le contrôle et la neutralisation des dissidences, apparues dès 1962, s’exacerbèrent et devinrent une tâche prépondérante pour l’AEE. L’opposition politique en exil, portée par des figures aux sensibilités diverses – nationalistes, de gauche, progressistes ou communistes – demeura néanmoins divisée et incapable de susciter une adhésion massive parmi les émigrés.
L’encadrement politique de la communauté émigrée en France par l’État algérien demeurait néanmoins fragile, notamment sous l’effet des pressions externes exercées par le contexte politique français. La période qui avait suivi Mai 68 se caractérisait par une intensification des conflits sociaux, une conjoncture qui plaçait l’émigration algérienne, en tant que main–d’œuvre exploitée, au centre des stratégies de mobilisation des organisations d’extrême gauche françaises. Cette intégration de l’ouvrier algérien dans une rhétorique communiste, conduisant à la politisation de la cause algérienne sous un prisme anticapitaliste et antiraciste, générait une concurrence idéologique frontale avec le nationalisme étatique algérien.
Mais les autorités d’Alger maintinrent leur mode d’action et leur discours inchangés. Toutefois, l’objectif réel n’était pas tant d’infléchir l’émigration, dans un contexte où les départs de familles depuis l’Algérie avaient, dès les années 1960, pris une importance croissante. Le contrôle de la migration algérienne devint une préoccupation majeure pour les autorités françaises, qui entreprirent une révision législative. L’élection de François Mitterrand (1916–1996) à la présidence de la République en 1981 (jusqu’en 1995) marqua l’amorce d’une révision profonde du dispositif législatif encadrant les droits des populations immigrées en France. Cette réforme se traduisit notamment par l’extension du droit commun de la liberté d’association aux ressortissants étrangers, ouvrant ainsi un espace d’action propice à la création d’associations issues de l’immigration, que la génération née de la migration familiale sut saisir.
L’AEE fut confrontée à la montée en puissance d’associations qui concurrençaient certaines de ses activités. Son déclin s’amorça avec la cessation de parution de son périodique La Semaine de l’émigration en 1985. Par ailleurs, les émeutes d’octobre 1988 en Algérie précipitèrent la transformation des relations qu’elle entretenait avec l’État algérien. La Constitution de 1989, qui entérina la fin du système de parti unique, démantela le rôle centralisateur joué par le FLN et ses organisations satellites. Au début des années 1990, la reconnaissance légale (selon la loi de 1901) obtenue par quelques antennes locales ne put contrecarrer l’extinction progressive des activités nationales. Le modèle porté par l’amicale, fondé sur un encadrement centralisé de l’émigration algérienne en France, s’effondra.
https://orientxxi.info/Petite–Casbah–une–histoire–post–coloniale–entravee
« Petite Casbah », une histoire (post)coloniale entravée
Laura Orban
3 juillet 2026
La critique de l’histoire coloniale et postcoloniale ne suffit pas à s’affranchir des cadres que celle–ci nous a légués. Dans le projet éditorial Petite Casbah (éditions Bayard), composé d’un livre documentaire et d’une bande dessinée dérivés de la série animée éponyme — diffusée fin 2024 sur France Télévisions—, une réécriture intervenue en fin de parcours a profondément transformé le texte. Au nom de la nécessité de faire exister ce livre dans un contexte marqué par la banalisation du négationnisme historique et par l’exigence de rendre le propos accessible à un jeune public, la maison d’édition a entériné la réécriture.
Associée au projet, j’ai pour ma part décidé de retirer mon nom de l’ensemble de l’œuvre, qui comprenait l’ouvrage Petite Casbah, 1955–1965 : une histoire de l’Algérie racontée par deux enfants1 — mêlant échanges épistolaires et pages documentaires, visant à restituer une histoire de l’Algérie contemporaine à hauteur d’enfants, entre guerre d’indépendance et premières années postcoloniales —, ainsi que trois tomes d’une bande dessinée reprenant les images de la série animée et des dossiers documentaires, auxquels j’ai contribué plus marginalement. Ce cas invite à interroger plus largement les conditions d’écriture et de transmission de l’histoire coloniale et postcoloniale, y compris lorsqu’elle se revendique d’une perspective progressiste.

Couverture de l’ouvrage documentaire « Petite Casbah, 1955–1965 : une histoire de l’Algérie racontée par deux enfants » (Bayard jeunesse).
Comme le rappelle l’historienne Malika Rahal, en France et en Europe, l’histoire coloniale et postcoloniale demeure largement structurée par le regard du colonisateur. Elle est racontée depuis ses marges anciennement coloniales au détriment des expériences et des perspectives de la population ex–colonisée2. Des contraintes éditoriales et financières, associées à des stratégies politiques et à des biais mémoriels, contribuent à faire perdurer cette focale coloniale. Il devient dès lors urgent de recentrer l’histoire des pays anciennement colonisés. Cela implique de mettre en question l’affrontement postcolonial qui les maintient dans un rapport, même critique, à leur ancienne métropole.
Domestiquer les voix (dé)colonisées par la réécriture
À l’invitation de mon collègue historien Sylvain Pattieu, j’avais rejoint ce projet en janvier 2024, non sans hésitations, consciente des enjeux politiques et éditoriaux qu’il impliquait. Doctorante en sociologie politique et en histoire, soucieuse de diffuser le savoir scientifique auprès du grand public, je m’y suis engagée jusqu’à sa quasi–finalisation. C’est alors que la société de production Darjeeling, associée à la série animée et dotée d’un droit de regard, inattendu pour moi, sur le projet éditorial, a procédé à une réécriture en profondeur des textes. Liées par un contrat contraignant dans un contexte éditorial fragilisé, nos éditrices ont dû en accepter une large part. Il ne s’agissait pourtant pas de simples ajustements narratifs, mais de transformations substantielles des postures des personnages et des réalités historiques.
Situé en 1965, le livre–documentaire se présente comme un échange épistolaire entre Khadidja, protagoniste algérienne installée à Alger, et Philippe, l’un de ses amis, juif d’Algérie exilé à Marseille depuis l’indépendance, intervenue trois ans plus tôt. Ces lettres sont accompagnées de pages documentaires. Dans sa version initiale, notre texte s’efforçait de faire coexister ces deux expériences situées en accordant à chacune une place équivalente. Dans la version retravaillée, un déséquilibre apparaît au fil des coupes et des réécritures, qui, au–delà d’une simplification, modifient la précision et la singularité des voix. Dans un exemple emblématique, des éléments évoquant les conséquences traumatiques des violences coloniales sur des personnages algériens ont été supprimés.
Version initiale de la lettre de la protagoniste Khadidja :
Je comprends que pour toi c’est dur d’avoir dû partir, mais il était temps de mettre fin à tout le mal que la colonisation puis la guerre nous ont fait. Pense par exemple à toutes les familles qui ont perdu des proches pendant la guerre. Tu sais, ma mère pleure à chaque fois qu’elle repense à deux de ses cousins : l’un qui été tué au maquis, et l’autre qui a disparu sans jamais être revenu après avoir été enlevé par l’armée française. Il était temps qu’on obtienne notre Indépendance.
Version publiée (p. 27) :
Je comprends que, pour toi, c’est dur d’avoir dû partir, car vous avez quitté tout ce que vous aviez en Algérie et en plus vous avez perdu un pays… Mais il était temps qu’on mette fin à tout le mal que la colonisation, puis la guerre, nous ont fait. À nous aussi, tout cela nous a fait beaucoup de mal : nous avons perdu des proches, des amis, des voisins que nous aimions, mais il fallait vraiment qu’on obtienne notre indépendance.
Dans la version publiée, l’accent mis sur le traumatisme de Philippe infléchit la posture de Khadidja : sa célébration de l’Indépendance est atténuée au profit d’une attention plus marquée à l’expérience de ceux qui ont quitté l’Algérie. Ce déséquilibre se manifeste dès un ajout à la première lettre de l’adolescente (p. 18) :
Même si, au fond de moi, j’étais triste de te perdre, je dois dire que j’étais sacrément contente de ce qui nous arrivait. C’est un sentiment étrange et qui peut te sembler contradictoire : d’un côté, il fallait que la France parte, de l’autre, elle a emporté avec elle des gens que nous aimions.
Ce déplacement imposé lors de la réécriture finale s’inscrit dans un cadre plus large, marqué par la prédominance d’un récit de la « déploration3 » de l’ex–colonisateur autour de 1962, façonné et relayé par une abondante production culturelle, scientifique et médiatique centrées sur les départs. L’événement y apparaît d’abord, pour reprendre les mots de l’historien et anthropologue Nathan Wachtel4, « par ses marges [les Français] ou, pour mieux dire, par ses minorités [démographiques], au profit d’une histoire tragique, une histoire de vaincus, alors que l’on s’attendrait à être submergé par une histoire des vainqueurs », en l’occurrence des Algériens. Il ne s’agit ni de tomber dans une « compétition mémorielle », ni de nier la singularité de certaines trajectoires. Orientalisme et émotions passées sous silence*
C’est le cas de Philippe qui a dû quitter sa terre d’origine, à l’instar de très nombreux Juifs d’Algérie juridiquement français depuis le décret Crémieux de 1870. L’enjeu est plutôt de rappeler que, dans un contexte de décolonisation, raconter les trajectoires des marges ne peut se faire au prix de l’histoire de la majorité. Il est donc essentiel d’en rendre les récits visibles, au risque sinon de passer à côté du sens de l’événement.
Autre ajout : un extrait renvoyant à une scène du dessin animé où Khadidja offre des makrouds à Guy, fils du policier français responsable de l’arrestation de son frère Malek. D’abord complice de son père, participant à la traque des proches de Khadidja, Guy évolue et finit par agir brièvement en leur faveur. Le récit met alors l’accent sur cette transformation, plutôt que sur les effets des violences subies par Khadidja.
Philippe commente ainsi (p. 45) : « Après, tu te souviens, c’est toi qui lui as donné des makrouds pour son départ, j’ai trouvé ça tellement chouette de ta part. Tu es incroyable Khadidja ! C’est vrai qu’il s’est bien rattrapé et que ce n’était pas sa faute si son père était policier. »
Et Khadidja de répondre (p. 50) : « Il ne faut jamais aller vite et juger les gens trop rapidement. »
Au–delà de l’orientalisme de la scène, l’échange, en ne valorisant que la grandeur d’âme de Khadidja à travers ce geste d’offrande rédempteur, passe sous silence les émotions douloureuses que la jeune fille peut éprouver envers le policier et son fils. Le récit instaure ainsi un rapprochement final entre victimes et proches de leurs bourreaux, tout en reléguant la question des responsabilités. Sous les traits d’un pacifisme romancé, il contribue à édulcorer des situations d’injustice qui appelleraient, avant tout apaisement, un travail de justice.
Disparition du mot « tortures »
Pris ensemble, ces choix contribuent à déséquilibrer l’ensemble narratif et à en déplacer le centre de gravité. Et c’est précisément dans ces ajustements, presque imperceptibles si l’on n’a pas accès aux versions intermédiaires, que se manifestent les cadres de pensée évoqués plus haut. Quand bien même l’acceptation peut être justifiée (accessibilité pour un jeune public, lutte contre la banalisation et la diffusion du négationnisme historique), ces transformations n’en soulèvent pas moins des enjeux historiographiques fondamentaux. Ceux–ci sont d’autant plus sensibles qu’il s’agit de transmettre l’Histoire à un jeune public.
L’idée selon laquelle certaines informations pourraient être difficiles, voire « traumatisantes », pour un lectorat d’environ 10 ans peut s’entendre. Elle appelle toutefois deux remarques. D’une part, les enfants d’aujourd’hui, en France, sont exposés, directement ou indirectement, à des formes variées de violence via les jeux vidéo, différents médias ou encore leurs trajectoires personnelles. Il est donc à mon sens possible d’aborder ces réalités sans trop les lisser, à condition de les restituer à travers des expériences et des émotions incarnées par les personnages. Ils sont en mesure de comprendre que les protagonistes sont affectés, chacun pour des raisons différentes. Et c’est précisément cette coexistence de bagages émotionnels qui faisait la force du projet initial.
D’autre part, cet argument ne saurait justifier la suppression de certains termes. Le mot « torture », présent dans la première version (« Je ne veux même pas imaginer les méthodes de torture qu’elle a subies »), a ainsi été remplacé par « violences » (« Je ne veux même pas imaginer les violences qu’elle a subies », p. 42), à l’initiative de l’éditrice, avant même tout blocage formel de la production, et alors qu’une autre occurrence du terme a été gardée dans les pages documentaires que nous avions rédigées pour illustrer les lettres. Or ce type de reformulation risque de produire l’effet inverse de celui recherché.
Une offensive de l’extrême droite sur l’Algérie
Les échanges avec le public — notamment lors de l’avant–première du dessin animé, le 9 octobre 2024, au Musée national de l’histoire de l’immigration, où l’audience était majoritairement issue de l’immigration algérienne —, les retours d’enquête relayés par l’éditrice, ainsi que ce que l’historien Benjamin Stora a nommé la « communautarisation des mémoires5 », témoignent d’une demande sociale spécifique de la part de publics ayant subi, directement ou indirectement, des crimes coloniaux. Dans ce contexte, la substitution de certains termes peut créer un décalage avec les usages et les cadres de compréhension déjà partagés dans certains espaces familiaux et scolaires, et compromettre ainsi l’élaboration d’un récit pour tous. Si certains débats ont finalement donné lieu à des arbitrages en faveur des positions de Sylvain Pattieu et de moi–même, ils n’en demeurent pas moins révélateurs d’enjeux plus larges. Le maintien du terme de « ségrégation », par exemple, contesté au motif qu’il renverrait davantage, dans l’imaginaire français, à l’apartheid sud–africain, a ouvert une réflexion sur la manière de transmettre au grand public, et en particulier aux jeunes lecteurs, des catégories élaborées par les historiens notamment pour qualifier les situations coloniales.
À ce titre, l’historienne Sylvie Thénault mobilise ainsi la notion d’« apartheid6 » pour décrire le cas algérien dans un article publié dans la revue de vulgarisation L’Histoire. Pourquoi alors se priver de ces outils pour dire ces réalités ? Ensuite, sur l’argument de la nécessité de faire exister ce texte malgré tout, dans un contexte de négationnisme historique, il pouvait sembler d’autant plus recevable qu’il intervenait à un moment charnière pour les éditions Bayard, marqué par des mobilisations — in fine fructueuses contre le recrutement d’Alban du Rostu, ancien bras droit du milliardaire ultraconservateur Pierre–Édouard Stérin.
Les réactions virulentes suscitées dans l’extrême droite et parmi les réactionnaires nostalgiques de l’Algérie française par la diffusion de la série Petite Casbah7 avant la parution du projet éditorial étaient citées lors d’échanges autour du livre avec la production pour en attester l’utilité publique. Cela ne saurait toutefois suffire à soulager notre conscience. S’opposer à l’extrême droite ne peut constituer notre seule boussole morale, et se dire anticolonialiste ne garantit pas non plus une approche juste. Le dessin animé « Petite Casbah » diffusée fin 2024 sur France Télévisions.
Darjeeling
Avoir les exigences d’une approche véritablement décoloniale
Lorsqu’il reste une posture de principe, cet anticolonialisme peut reprendre des réflexes hérités du prisme colonial : raconter les sociétés colonisées sans partir de leurs propres voix et de leurs propres trajectoires. Il faut donc déconstruire ces biais et accorder une place réelle à des perspectives qui ne soient pas conditionnées par un regard blanc qui règle ses comptes avec lui–même. Il s’agit donc de décentrer l’histoire du colonisateur, quelle que soit sa déclinaison politique, pour la recentrer sur le pays concerné. Faute de quoi, à mesure qu’une vision eurocentrée s’impose et que les témoins disparaissent, la possibilité d’entendre d’autres vécus devient toujours plus fragile.
Cette difficulté à raconter une histoire plus juste et complète se retrouve dans la bande dessinée en trois tomes associée au projet. Parmi les trois figures historiques présentées dans les dossiers documentaires en fin de volume, aucune n’est algérienne, à l’exception de Juifs ayant acquis la citoyenneté française en vertu du droit colonial. Écrire l’histoire de l’Algérie coloniale sans eux revient à en donner une vision profondément tronquée.
Ce livre s’inscrit dans une nécessité réelle : celle de proposer au jeune public des récits pluriels, capables de nourrir un regard critique sur l’Histoire. Mais la vision qui a fini par s’y imposer ne respecte pas, selon moi, les exigences d’une approche véritablement décoloniale. Dans ces conditions, je ne pouvais plus y voir associé mon nom.
Car ce qui se joue ici dépasse ce seul projet. Il ne s’agit pas d’un cas isolé, mais d’un révélateur de logiques plus générales à l’œuvre dans l’écriture et dans la transmission de l’histoire coloniale et postcoloniale, y compris lorsqu’elles se revendiquent progressistes. En cela, le livre fonctionne comme un cas d’école, au sens littéral et figuré. À l’heure où ces questions mémorielles sont constamment réactivées par l’actualité, des relations franco–algériennes à la question palestinienne, en passant par la guerre en République démocratique du Congo, il devient nécessaire d’interroger les cadres dans lesquels ces histoires sont écrites et transmises. C’est à cette condition que d’autres récits pourront continuer d’émerger. La réponse de Bayard et Darjeeling
Afrique XXI a contacté les éditions Bayard et la maison de production Darjeeling pour un contradictoire. Aux cinq questions posées, Bayard a répondu ceci :
« Chez Bayard Jeunesse, nous voulons aider les enfants à mieux comprendre le monde et les autres. L’ouvrage Petite Casbah s’inscrit dans cette démarche. Comme pour l’ensemble de nos publications jeunesse, le texte a fait l’objet d’un travail éditorial approfondi, mené en collaboration avec les auteurs, afin de rendre le contenu compréhensible et accessible pour des lecteurs dès 8 ans, dans le respect du cadre historique. »
De son côté, Darjeeling a renvoyé la responsabilité des choix à Bayard, répondant ceci :
« En tant que société de production et cessionnaire des droits de l’œuvre originale dont est issu l’ouvrage publié par Bayard, Darjeeling a été associé au projet dans le cadre habituel de son développement. À ce titre, l’écriture, les choix éditoriaux et la validation finale des textes relèvent exclusivement de la responsabilité de l’éditeur, en lien avec les auteurs de l’ouvrage. »
Les enfants courriers de la Bataille d’Alger 1957 – La Nouvelle République Algérie
Rédaction LNR
3 juillet 2026
Grand hommage aux Messagers de la Révolution
Ils sont nés au cœur d’une glorieuse Révolution, ils ont défié la plus grande puissance coloniale mondiale, l’armée française, ils ont bravé toutes sortes de dangers, ils étaient de vrais hommes malgré leurs très jeunes âges, ils ont transmis des milliers de lettres aux Moudjahidine, ils jouaient le rôle de liaison stratégique et logistique pour le Front de libération nationale (FLN), ils étaient des centaines à devenir des messagers de la Révolution algérienne, ce sont les enfants courriers de la Bataille d’Alger 1957.
Après soixante–quatre ans passés depuis l’indépendance de l’Algérie, le temps est venu pour rendre un grand et vibrant hommage aux enfants courriers de la Bataille d’Alger 1957, ces enfants algériens âgés entre 10 et 16 ans, en centaines, devenus des messagers spéciaux au service de la Patrie et au Front de libération nationale (FLN) qui combattait, à cette époque, un colonialisme français le plus barbare et sauvage de l’histoire du colonialisme mondial.
Devenus, aujourd’hui, l’objet d’inspiration et d’admiration des belles et braves nouvelles générations algériennes, les enfants–courriers de la Bataille d’Alger 1957 resteront gravés à tout jamais dans l’esprit et dans le cœur du peuple algérien, et dans les annales de la glorieuse histoire de l’Algérie nouvelle.
Aujourd’hui, le 5 juillet 2026, c’est la fête de l’Indépendance de l’Algérie du 5 juillet 1962, une célébration nationale qui porte le numéro 64, une fête nationale célébrée par les Algériennes et les Algériens avec grande fierté dans une forte émotion et sous une solide inspiration et unité nationale impénétrable et incassable.
Aujourd’hui, le 5 juillet 2026, les nouvelles générations de l’Algérie nouvelle célèbrent, se rappellent, se souviennent et découvrent à la fois les grands sacrifices, le courage rarissime et le bravoure éternel des Algériens de l’époque coloniale, une époque dure à remémorer tellement les massacres, les génocides et les tueries en masse et sans précédent de l’armée coloniale française contre le peuple algérien, étaient parmi les plus violentes dans l’histoire du colonialisme mondial.
Les générations algériennes nouvelles savent parfaitement bien ce que leurs prédécesseurs avaient mené de combats et de batailles pour arracher l’indépendance de l’Algérie, pour avoir la souveraineté nationale et pour sauver le peuple algérien devant le colonialisme français barbare et sauvage. Ces générations nouvelles connaissent bien les enfants courriers de la Bataille d’Alger et à leurs têtes l’enfant légende de La Casbah, le grand petit
Martyr Omar, de son vrai nom Omar Yacef, cet enfant de 13 ans né en 1944 et tombé au champ d’honneur en 1957 à Alger, qui avait défié le colonialisme français en incarnant le rôle du messager pour les Moudjahidine, un rôle stratégique et logistique à la fois absolument crucial pour le Front de libération nationale (FLN).
Omar Yacef, cette figure emblématique de l’enfance algérienne engagée dans la Guerre d’indépendance est aujourd’hui, en l’an 2026, l’objet d’inspiration et d’admiration de la part des nouvelles générations algériennes. Il est toujours vivant à travers la mémoire des générations nouvelles.
Les missions dangereuses des enfants courriers
Si aucun chiffre n’existe sur le nombre exact ou approximatif des enfants courriers de la Bataille d’Alger 1957, cependant des historiens algériens s’accordent à affirmer qu’ils étaient des centaines, agissant de manière discrète au sein du FLN, notamment dans la Zone autonome d’Alger (ZAA). Souvent âgés entre 10 et 16 ans, engagés volontairement et par amour sans frontières à leur pays, l’Algérie, la mission des enfants courriers de la Bataille d’Alger était très cruciale sur les plans, logistique et stratégique, ils faisaient passer des lettres écrites aux Moudjahidine du FLN, ils espionnaient, aussi, les militaires français, ils assuraient la liaison entre les Moudjahidine, ils connaissaient parfaitement bien les toits et les impasses de La Casbah leur permettaient de se déplacer rapidement, ils transportaient de matériel léger, ils acheminaient discrètement de l’argent de la collecte, de tracts, de médicaments aux différentes cellules des Moudjahidine, ils observaient les mouvements des parachutistes français à travers les ruelles de la vieille ville de La Casbah, ils signalaient la présence des soldats français aux Moudjahidine, tout comme ils transmettaient des informations importantes et confidentielles (d’ordres verbaux et écrits) au FLN pour préparer des stratégies offensives et anticipatives contre l’occupant français.
Tellement de missions complexes, très dangereuses sous un risque tordu, mais le grand amour porté dans l’esprit et enfoui dans le cœur profond des enfants courriers à l’Algérie, cet atout avait été largement suffisant pour rendre ces missions en véritables succès militaires, détrônant, par ce fait, toute une armée d’occupation française armée jusqu’aux dents, dire qu’elle était une puissance mondiale de cette époque.
Comment des petits enfants ont pu porter de grands coups à une puissante armée coloniale ? Il s’agit bien des enfants courriers, ces petits anges, militaires dans l’esprit et messagers dans la réalité. Touchés par la barbarie de l’occupant français qui ciblait et tuait leurs familles, leurs voisins, leurs proches et chaque Algérien, de nombreux enfants se portaient volontaires pour soutenir la cause nationale, ils sont devenus des enfants courriers. Un humble, noble et honorable devoir national à la fleur de l’âge.
Omar Yacef, le légendaire enfant courrier de La Casbah d’Alger
Né dans un hiver dur, précisément en mois de janvier de l’année 1944 à La Casbah d’Alger, élevé au cœur de la Révolution algérienne, Omar Yacef, appelé le petit Omar, neveu du grand dirigeant du Front de libération nationale (FLN) à La Casbah d’Alger, Yacef Saâdi, est une figure emblématique de la Bataille d’Alger de l’année 1957. Il est devenu le secrétaire et le messager personnel des plus hauts responsables du FLN de la Zone autonome d’Alger. Véritable symbole de cette jeunesse algérienne sacrifiée, Omar Yacef est tombé en martyr à l’âge de 13 ans dans la nuit du 8 octobre 1957, lorsque l’armée coloniale française avait fait sauter par les dynamites la cache où il se trouvait avec Ali Amar très célèbre de son nom d’Ali la Pointe, Hassiba Ben Bouali et Mahmoud Bouhamidi.
Le petit Omar est nommé agent de liaison par son oncle Yacef Saâdi. La mission d’un agent de liaison, c’est de faire passer des messages verbaux ou écrits aux membres des différentes cellules du FLN, d’espionner les mouvements des militaires français, de signaler leur présence ainsi que beaucoup d’autres tâches logistiques. C’est une mission d’une grande importance, grâce à cela, le FLN peut préparer des stratégies afin de mener leurs offensives anticipatives. Le jeune âge du petit Omar est aussi d’un grand avantage. Un enfant, c’est discret et ça n’éveille pas les soupçons des soldats de l’armée coloniale française. C’est ainsi qu’Omar vadrouillait dans les recoins de La Casbah d’Alger qu’il devait, sans nulle doute, connaître comme sa poche et qu’il arrivait à traverser les barrages militaires sans se faire repérer ou même fouiller et, enfin, à accomplir avec succès ses missions stratégiques et logistiques. Cette participation du petit Omar et à travers lui de l’ensemble des enfants courriers, ô combien importante, dans la glorieuse Révolution algérienne, a été d’un grand appui. Tout le monde parmi nous se souvient de cette scène culte du célèbre film ‘’La Bataille d’Alger’’, lorsque le Petit Omar s’empare discrètement d’un micro appartenant aux soldats français afin de scander des slogans et de rassurer les habitants de La Casbah d’Alger sur la force du FLN et sur la victoire proche des Moudjahidine sur les colons français. Une scène qui restera gravée à jamais pour de nombreuses générations algériennes.
RPwebAlger la Casbah la nuit du 8 octobre 1957 l’armée française fait sauter par plasticage la cache où il se trouvait les fellaghas Ali Amar plus connu sous le nom d’Ali la Pointe Hassiba Ben Bouali et Mahmoud Bouhamidi.
La mémoire
La courte vie du petit Omar Yacef, tué par l’armée coloniale française à l’âge de 13 ans seulement, cela évoque celles des autres enfants courriers ayant participé à la lutte pour l’indépendance de l’Algérie et dont les noms ont été oubliés ou inconnus. En rendant hommage à sa personne et à travers lui à l’ensemble des enfants courriers de la Révolution, l’Algérie fait honneur, aujourd’hui et pour la 64ème fois, aux autres martyrs précoces anonymes, à travers la célébration de cette glorieuse et historique date de l’histoire de l’Algérie nouvelle.
Pour rendre un hommage vibrant à Omar Yacef, cet enfant courrier tombé en martyr en 1957, un hôpital inauguré en 2014 dans la commune de Draâ Ben–Khedda relevant de la wilaya de Tizi Ouzou, porte aujourd’hui son nom. Son oncle Saâdi Yacef avait fait, avant sa mort en 2021, le déplacement pour rendre hommage à son neveu. Des moments forts et inoubliables pour les Algériens.
Dans la culture populaire et sur scène, de nombreux artistes algériens ont voulu faire vivre le jeune indépendantiste à travers des pièces théâtrales en mémoire du Petit Omar. Parmi ces pièces, on retrouve celle d’Abbas Mohamed Islem (Petit Omar ou la Révolution de l’Innocence) qui s’était d’ailleurs exprimé sur le personnage :
« Le Petit Omar de la grande Bataille d’Alger n’est qu’un prétexte pour rendre hommage à tous les Petits Omar, car dans chaque quartier d’Algérie, il y avait un Petit Omar qui courait les rues. Cette pièce est un hommage à Omar et aux enfants qui ont participé à la révolution ». Le film de la Bataille d’Alger du célèbre réalisateur italien Gillo Pontecorvo est sans aucun doute la pièce maîtresse du septième art ayant rendu un vibrant hommage à Omar Yacef, un film qui démontre parfaitement bien comment le petit Omar combattait par sa manière le colonialisme français jusqu’à lui causer des pertes militaires stratégiques en plein cœur d’Alger, voire La Casbah d’Alger.
Un vibrant hommage pour nos valeureux et vaillants enfants courriers de La Casbah d’Alger, une génération d’enfants farouches qui a marqué son époque et qui a défié une puissance coloniale mondiale sans peur de mourir.
Sofiane Abi
commémoration du 64ème anniversaire du massacre d'Oran
La Ville de Nice et son maire, Éric Ciotti, convient les habitants à une cérémonie d’hommage aux victimes du massacre du 5 juillet 1962 à Oran.
La Ville de Nice s’apprête à honorer la mémoire des victimes de l’un des épisodes les plus sombres de la fin de la guerre d’Algérie. Ce dimanche 5 juillet 2026, se tiendra la 64ème commémoration du massacre du 5 juillet 1962 à Oran. Éric Ciotti, Maire de Nice et Président de la Métropole Nice Côte d’Azur, ainsi que l’ensemble du conseil municipal, convient les Niçois à se rassembler pour ce moment de souvenir et de recueillement.
Cette journée du souvenir s’inscrit dans un devoir de mémoire essentiel pour la ville, qui a accueilli de nombreuses familles de rapatriés. L’hommage se veut solennel et respectueux, rappelant les tragiques événements survenus le jour même de la proclamation de l’indépendance de l’Algérie.
Un double hommage pour ne pas oublier
Le programme de la matinée a été conçu en deux temps forts pour permettre au plus grand nombre de participer à cet hommage. La journée débutera à 9h45 précises par la 64ème cérémonie officielle de commémoration. Elle se déroulera au Jardin Alsace Lorraine, situé au 30 boulevard Gambetta, un lieu de rassemblement symbolique pour la communauté.
À l’issue de cette cérémonie civile, un office religieux sera célébré. Une messe sera dite à 10h30 en l’église Saint–Pierre d’Arène, située au 52 rue de la Buffa. Ce second temps permettra un recueillement spirituel en mémoire des disparus et de leurs familles, toujours marquées par ce drame.
Un pan tragique de l’histoire
Le 5 juillet 1962, alors que l’Algérie fêtait son indépendance, la ville d’Oran fut le théâtre d’un massacre de grande ampleur. Plusieurs centaines de civils européens, hommes, femmes et enfants, furent enlevés, torturés et assassinés dans des conditions effroyables. Cet événement tragique, longtemps resté un sujet tabou, constitue une blessure profonde dans la mémoire de la communauté pied–noire.
Pour de nombreuses familles installées à Nice et sur la Côte d’Azur, cette commémoration annuelle est un rendez–vous indispensable pour honorer leurs morts et transmettre l’histoire aux jeunes générations. La municipalité réaffirme ainsi son soutien à la communauté des rapatriés et son engagement à préserver la mémoire de toutes les victimes des conflits passés.
Un taux de participation de 20,79 % à la clôture des bureaux de vote
Le taux de participation aux élections législatives du 2 juillet 2026 a atteint 20,79 % au niveau national, à la clôture des bureaux de vote, annonce, jeudi soir, le président par intérim de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), Karim Khelfane.
Pour ce qui est du vote de la communauté nationale à l’étranger, le taux de participation a atteint 10,67 %.
Législatives en Algérie : un taux de participation qui traduit une crise de confiance
Yasmine Saih
3 juillet 2026
Près de 25 millions d’Algériens étaient appelés à voter, jeudi 2 juillet, pour élire les membres de la nouvelle Assemblée populaire nationale (APN). Organisé après une campagne électorale sans grand enthousiasme, le scrutin s’acheminait vers une participation historiquement faible, les autorités tentent de faire diversion.
Les Algériens étaient appelés à élire les membres de leur Parlement, mais face à l’absence de confiance totale, la participation qui était un enjeu primordial de ce scrutin a été au plus bas.
Ces élections, sont pour rappel, les premières tenues depuis le Hirak en Algérie ayant eu lieu en 2019 et n’ayant pris fin qu’avec les restriction de la pandémie du COVID. Les dernières élections, organisées en 2021 avaient été remportées sans surprises par le FLN, malgré la forte contestation dans le pays.
Cette année, à cause du taux de participation bas, les autorités du pays ont prolongé l’ouverture des bureaux de vote, afin de permettre d’obtenir de meilleurs chiffres.
« A la demande de Mesdames et Messieurs les coordinateurs de wilaya, le président par intérim de l’Autorité nationale indépendante des élections décide de proroger l’horaire de clôture des bureaux de vote jusqu’à 20h00 dans l’ensemble des circonscriptions électorales du territoire national, afin de permettre aux électeurs d’exercer leur droit de vote », a indiqué l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE).
Mais sans grands résultats, puisque le taux de participation aux élections législatives a atteint 20,79 % au niveau national, à la clôture des bureaux de vote, a annoncé jeudi soir le président par intérim de l’ANIE, Karim Khelfane. Un taux encore plus bas pour la communauté nationale à l’étranger, estimé à 10,67 %.
Le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, n’a de son côté pas souhaité, selon le site d’information TSA, s’exprimer sur le taux de participation.
Il s’agit globalement du niveau le plus bas historique, malgré l’heure ajoutée, l’abstention était de mise, symbole de la rupture totale de confiance entre le peuple et ses dirigeants.
Sur un pays de 46 millions d’habitants, près de 25 millions d’Algériens étaient appelés à voter et seuls 5,2 millions ont réellement voté pour des formations déjà connues, comme le Front de libération nationale (FLN) qui devrait reprendre ses quartiers au sein de l’Assemblée populaire nationale (APN), où 407 sièges sont à pourvoir pour un mandat de cinq ans.
Les témoignages sur place, font état de « bureaux de vote (qui) étaient quasi déserts dans l’après–midi. Seuls étaient présents des agents électoraux et une poignée d’électeurs », cite l’AFP.
Pourtant, le président algérien, a fait des déclarations marquées par la désillusion: « Aucun candidat ni aucun parti ne s’est plaint de fraude ou de détournement des voix. La loi est appliquée avec toute la rigueur requise, ce qui est de nature à dissuader quiconque envisagerait d’y contrevenir », selon lui.
Pourtant, ces élections se sont faites dans un contexte de vaste critique sur les conditions d’éligibilité où le pouvoir est accusé d’avoir invalidé environ un tiers des listes, et plusieurs partis dénoncé leur exclusion de certaines circonscriptions, notamment à Alger, le cœur de l’économie algérienne.
Algérie: en combien de temps le monde juif a disparu?
Schlomo
3 juillet 2026
Algérie 1962: en quelques mois, la communauté juive a disparu
En seulement quelques mois en 1962, l’une des plus anciennes communautés juives du monde — forte de près de 130 000 membres, avec des racines remontant à 2 700 ans — a disparu d’Algérie.
Des marchands anciens arrivèrent avec les Phéniciens bien avant l’islam. La vie juive prospéra pendant des siècles, malgré le statut de dhimmi, l’humiliation et les massacres périodiques sous la domination musulmane.
Lorsque la France arriva en 1830, les Juifs les accueillirent comme des libérateurs. Le décret Crémieux de 1870 leur accorda la pleine citoyenneté — un statut que la plupart des musulmans choisirent de rejeter.
Pris en étau entre le ressentiment et l’antisémitisme européen, la violence explosa : le pogrom de Constantine en 1934 (25 Juifs tués) ; l’incendie de la Grande Synagogue d’Alger en 1960 avec des rouleaux de Torah brûlés ; et l’assassinat en 1961 du musicien juif adoré, Cheikh Raymond Leyris.
Après l’indépendance en juillet 1962, le nouveau slogan fut « l’Algérie musulmane ». Les Juifs n’avaient pas leur place. Près de toute la communauté s’enfuit dans la panique — « la valise ou le cercueil ».
Les synagogues devinrent des mosquées ou des parkings. Les cimetières furent profanés. L’Algérie effaça toute trace de son passé juif.
À travers les terres dominées par l’islam, de l’Algérie à l’Irak, en passant par la Libye et le Yémen, d’anciennes communautés juives furent chassées par la violence, la discrimination et l’expulsion.
Les Juifs d’Algérie ne sont pas simplement « partis ». Leur présence de 2 700 ans fut délibérément effacée au nom de la pureté ethnique et religieuse. Un avertissement permanent sur ce qui arrive quand une nation choisit l’idéologie plutôt que son propre histoire.
JForum.fr avec Meta
"Aller vers la création d’une police des mœurs" : en Algérie, les salafistes veulent imposer leurs interdits aux femmes
3 juillet 2026
Le maillot de bain disparaît de la majorité des plages du pays. Certaines femmes ne le portent plus par conviction, mais beaucoup préfèrent « éviter » les regards stigmatisants en nageant avec des vêtements amples, voire des robes. AFP or licensors
Article abonné
Islamisme, éternel recommencement
Par Amar Ouyahia
Publié le 03/07/2026 à 15:01
Sur les plages, les campus, les réseaux sociaux : en Algérie, au nom de la charia, des voix salafistes imposent leurs interdits et testent la passivité des autorités. Cette offensive morale vise d’abord les femmes, mais menace toute la société.
« Il est anormal, scandaleux de laisser des jeunes filles et des étudiantes aller seules dans des campings, passer la nuit dans des forêts avec des garçons sans surveillance. C’est contraire à nos traditions de peuple conservateur. S’il faut aller vers la création d’une police des mœurs, il faut le faire. C’en est trop. »
Celui qui s’exprime ainsi n’est pas un simple quidam. Fayçal Mahmoudi est un avocat trentenaire à l’allure plutôt chic. Ce lundi 29 juin, sur le plateau de la chaîne de télévision Echorouk TV, proche des milieux islamistes, cet homme grand, vêtu d’un costume gris clair, n’a pas caché son agacement devant le fait que des jeunes femmes, majoritairement des étudiantes, puissent séjourner en camping avec des garçons sans demander l’aval de personne.
Par Amar Ouyahia
Algérie : comment les salafistes tentent d’imposer leur loi aux femmes
Marianne Lecach
4 juillet 2026
Les Algériennes en proie aux discours salafistes. Dans le pays dirigé par Abdelmadjid Tebboune, les femmes sont de plus en plus visées par des campagnes d’inspiration salafiste cherchant à imposer une lecture rigoriste de l’islam dans l’espace public, rapporte le journal Marianne. Ces dernières semaines, plusieurs prises de position ont relancé les inquiétudes face à une montée du conservatisme ciblant en particulier leur liberté de circuler, de s’habiller et de s’exprimer. La polémique a éclaté après les propos de l’avocat Fayçal Mahmoudi, qui a dénoncé la présence de jeunes femmes dans des campings de vacances mixtes. L’homme a alors appelé à la création d’une « police des mœurs », laissant ainsi entendre que les femmes devraient se conformer aux règles de la charia plutôt qu’aux droits garantis par la législation du pays.
Chaque été, cette pression s’accentue. De nombreux campings interdisent désormais l’accès aux femmes portant un maillot de bain, les obligeant à se couvrir davantage ou à renoncer à fréquenter certaines plages. Face aux regards réprobateurs et aux critiques, certaines choisissent de se baigner habillées, tandis que d’autres préfèrent passer leurs vacances à l’étranger, comme en Tunisie, où elles estiment pouvoir profiter d’une plus grande liberté.
Les réseaux sociaux sont également devenus un terrain privilégié de cette offensive idéologique. Des influenceurs et universitaires proches des idées salafistes s’en prennent régulièrement aux actrices non voilées, aux féministes ou encore aux étudiantes qui affichent leur joie lors des cérémonies de remise de diplômes. Selon eux, les femmes doivent faire preuve de retenue et incarner un modèle conforme aux préceptes religieux les plus stricts.
Pour le sociologue Nacer Djabi, ces discours traduisent une double réalité : une vision profondément misogyne des femmes et un rejet de leur émancipation. Les femmes deviennent ainsi les principales cibles d’une idéologie qui refuse leur autonomie et leur visibilité dans l’espace public, relate Marianne.
Cette radicalisation ne se limite plus aux réseaux sociaux. Des vidéos dénonçant la tenue « occidentalisée » des femmes ou la mixité dans certaines régions ont récemment suscité de fortes tensions. Dans le même temps, des condamnations judiciaires visant des artistes et influenceurs accusés de « propager la perversion » témoignent d’un durcissement du climat. Cette évolution semble raviver le souvenir du début des années 1990, lorsque les islamistes avaient tenté d’imposer leurs normes vestimentaires et sociales à l’ensemble de la population.
Les dessins du jour
Edouard Philippe : chi va piano, va sano
Plantu