– Revue de presse N° 103
– 13 avril 2026 – { 2003–2026 } – 23ème année }
L’ambassadeur français n’était pas présent pour accueillir le pape
Lors de la cérémonie d’accueil, les ambassadeurs accrédités en Algérie sont venus saluer le pape et le président Tebboune. Parmi eux, pas d’ambassadeur de France. Stéphane Romatet a été rappelé par Paris en avril 2025, après qu’Alger a expulsé douze agents français du ministère de l’Intérieur. Le chargé d’affaires a en revanche été convié à la Grande Mosquée d’Alger, où est attendu le pape dans l’après–midi. Léon XIV exhorte les Algériens, riches dans la diversité, à marcher ensemble
Vatican News
13 avril 2026
Dans la basilique Notre–Dame d’Afrique d’Alger, le Pape a encouragé la communauté algérienne à promouvoir la paix et l’unité. Dans un monde où les divisions et les guerres sèment la douleur et la mort entre les nations, dans les communautés et même au sein des familles, «votre vie unie et en paix est un signe fort. Unis, vous répandez la fraternité en inspirant à ceux qui vous entourent des désirs et des sentiments de communion et de réconciliation», a déclaré le Saint–Père.
Myriam Sandouno – Cité du Vatican
Sur les visages des fidèles, des prêtres et diacres, des religieux et religieuses, se dessinaient sourire et émotion exprimant cette grande joie de voir pour la première fois un Pape en terre algérienne. Recueillement de Léon XIV devant le Saint–Sacrement, chants et témoignages de chrétiens et musulmans ont marqué ce moment qui restera gravé dans les mémoires de ces personnes venues écouter le discours de Léon XIV prononcé dans la basilique Notre–Dame d’Afrique, où plus de 9 personnes sur 10 qui y franchissent le seuil, sont de religion musulmane.
Située au nord du centre d’Alger et reliée au quartier de Bologhine par un téléphérique, elle surplombe la mer du haut d’un promontoire de 124 mètres. Son histoire est liée à une statuette en bronze de la Vierge Marie qui, en mai 1840, fut offerte en cadeau à Mgr Antoine–Louis–Adolphe Dupuch (1838–1846), premier évêque d’Alger.
Notre–Dame d’Afrique
La basilique dédiée à la Vierge Marie est le «symbole d’une Église faite de pierres vivantes où, sous le manteau de Notre–Dame d’Afrique, la communion entre chrétiens et musulmans se construit». «Ici, a dit le Pape, l’amour maternel de Lalla Meryem rassemble tout le monde comme des enfants, chacun riche de sa diversité, unis par la même aspiration à la dignité, à l’amour, à la justice et à la paix». Des enfants «désireux de marcher ensemble, de vivre, de prier, de travailler et de rêver», car «la foi n’isole pas mais ouvre, unit sans confondre, rapproche sans uniformiser et fait grandir une véritable fraternité», a ajouté le Saint–Père.
Des témoins qui ont donné leur vie
Sur la terre natale de Saint–Augustin d’Hippone, docteur et Père de l’Église, grand penseur du IVe siècle et théologien de l’Occident chrétien, Léon XIV est allé à la rencontre d’une communauté dont les «racines sont très profondes», héritière d’une «multitude de témoins qui ont donné leur vie, poussés par l’amour de Dieu et du prochain». «La voix ardente d’Augustin d’Hippone a résonné sur cette terre, précédée par le témoignage de sa mère, sainte Monique, et d’autres saints». Le Pape a considéré que leur mémoire est «un appel lumineux à être aujourd’hui des signes crédibles de communion, de dialogue et de paix».
Léon XIV a ensuite tourné ses pensées vers les dix–neuf religieux et religieuses martyrs d’Algérie qui avaient fait le choix d’être aux côtés du peuple algérien dans les moments de joies et de peines. «Leur sang est une semence vivante qui ne cessera jamais de porter du fruit», a–t–il martelé. La prière, la charité et l’unité, trois aspects importants de la vie chrétienne, ont ensuite été évoqués par le Successeur de Pierre, face à une communauté chrétienne qui vit sa foi dans un pays à majorité musulmane, et dont la «présence est discrète et précieuse, enracinée de lumineux témoignages de foi».
“Saint Jean–Paul II le soulignait en s’adressant aux jeunes: «L’homme, disait–il, ne peut vivre sans prier, tout comme il ne peut vivre sans respirer » (Rencontre avec des jeunes musulmans à Casablanca, 19 août 1985, n. 4).”
La force de la prière
Évoquant tout d’abord le volet de la prière, Léon XIV a d’emblée noté que «nous en avons tous besoin». «La prière unit et humanise, elle fortifie et purifie le cœur», et l’Église algérienne, a–t–il poursuivi, «grâce à la prière, sème de l’humanité, l’unité, de la force et de la pureté autour d’elle, atteignant des lieux et des contextes que seul le Seigneur connaît». À Notre–Dame d’Afrique, selon le témoignage d'Emmanuel–Ali, guide de la basilique, «beaucoup viennent ici pour se recueillir en silence, présenter et recommander leurs préoccupations et les personnes qu’ils aiment», et «rencontrer quelqu’un disposé à les écouter et à partager les fardeaux qu’ils portent dans leur cœur». «Ali a remarqué que beaucoup repartent sereins et heureux d’être venus» a affirmé le Pape, abordant ensuite le deuxième aspect de la vie ecclésiale: la charité.
Poser des actes de charité
C’est en effet l’amour pour des frères qui a suscité le témoignage des martyrs, a lancé Léon XIV. Face à la haine et à la violence, ils sont «restés fidèles à la charité jusqu’au sacrifice de leur vie, aux côtés de tant d’hommes et de femmes, chrétiens et musulmans». Ils l’ont fait «sans prétention et sans faire de bruit, avec la sérénité et la fermeté de ceux qui ne se vantent pas et ne désespèrent pas, car ils savent à qui ils ont fait confiance».
Le témoignage de sœur Bernadette de la congrégation de Notre–Dame du Lac Bam, empreint de son expérience d’aide aux enfants en situation de handicap et à leurs parents, a ici été relevé par Léon XIV. Dans l'intervention de la religieuse, le Souverain pontife y a perçu «la valeur de la miséricorde et du service, non seulement comme un soutien aux personnes plus fragiles», mais surtout comme «un lieu de grâce, où quiconque se laisse impliquer grandit et s’enrichit».
Sœur Bernadette ayant pris la parole après le mot de bienvenue du cardinal Jean–Paul Vesco, archevêque d’Alger, a expliqué comment, à partir d’un simple geste initial de proximité – la visite aux malades –, sont nés comme des germes, d’abord un système d’accueil, puis une organisation d’assistance de plus en plus articulée, «une véritable communauté où de très nombreuses personnes participent aux événements joyeux et douloureux, unies par des liens de confiance, d’amitié et de familiarité. Un tel environnement est sain et bénéfique».
«Que la paix soit avec vous!»
Poursuivant son discours, Léon XIV a souligné le troisième aspect: l’engagement à promouvoir la paix et l’unité. Dans un monde où les divisions et les guerres sèment la douleur et la mort entre les nations, dans les communautés et même au sein des familles, «votre vie unie et en paix est un signe fort. Unis, vous répandez la fraternité en inspirant à ceux qui vous entourent des désirs et des sentiments de communion et de réconciliation, avec un message d’autant plus fort et limpide qu’il est témoigné dans la simplicité et l’humilité», a–t–il affirmé.
Encourageant les fidèles à être une «communauté de foi soudée et ouverte, présence de l’Église, sacrement universel du salut» et à poursuivre leur travail en terre algérienne, le Pape a rappelé qu’«une partie considérable du territoire de ce pays est occupée par le désert, et on ne survit pas seul dans le désert». Pour Léon XIV, «les rigueurs de la nature remettent à leur juste mesure toute prétention d’autosuffisance», et «rappellent à chacun que nous avons besoin les uns des autres, et que nous avons besoin de Dieu» a dit le Pape.
Fraternité et œcuménisme
L'Église d'Algérie est une Église mosaïque composée de plusieurs dizaines de nationalités. Elle est une Église d’Afrique du Nord, d’Afrique saharienne et d’Afrique subsaharienne. «Nombre des baptisés composant nos communautés paroissiales sont membres d’Églises évangéliques dans leur pays d’origine et ensemble nous vivons un œcuménisme très concret et très naturel. Nous sommes aussi en lien avec les autres Églises, orthodoxes, anglicanes, évangéliques, adventistes qui sont ici représentées et avec lesquels nous vivons une vraie fraternité» a fait savoir le cardinal Jean–Paul Vesco, archevêque d'Alger.
“C’est la reconnaissance de cette fragilité qui ouvre le cœur au soutien mutuel et à l’invocation de Celui qui peut donner ce qu’aucun pouvoir humain n’est en mesure de garantir: la réconciliation profonde des cœurs et, avec elle, la paix véritable.”
Léon XIV à la basilique de Notre Dame d’Afrique à Alger 13 avril 2026
Chems–Eddine Hafiz : la visite du Pape Léon XIV a une portée spirituelle et politique
Radio Algérienne 13 avril 2026
Le recteur de la Grande mosquée de Paris Chems–Eddine Hafiz a indiqué que la visite du Pape Léon XIV en Algérie, prévue à partir de lundi, est un fait inédit dans l’histoire qui sera marqué par une symbolique spirituelle et politique.
Invité ce dimanche de l’émission « L’invité du jour », de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, M. Hafiz est revenu sur cette visite papale, historique, qui a suscité beaucoup de réactions, très mitigées, mais également fait couler beaucoup d’encre, notamment en France.
Chems–Eddine Hafiz, recteur de la Grande mosquée de Paris
Pour le recteur de la Grande mosquée de Paris, la visite de trois jours en Algérie du souverain pontife, à l'invitation du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, est « un message à la fois symbolique, spirituel et très politique également ».
Léon XIV va ainsi concrétiser la volonté de son prédécesseur, le Pape François, qui était vraiment désireux de visiter l’Algérie, a–t–il confié.
« Aujourd'hui, on est dans l'attente d'accueillir un homme exceptionnel, alors qu'il est chrétien. On pourrait dire qu'on est un grand pays musulman, qu'est–ce qu'on a à faire ? Et c'est là où on voit toute la dimension, la profondeur spirituelle de l'Algérie qui a toujours été un pays qui a manifesté la coexistence religieuse. C'est d'abord la place des minorités religieuses en Algérie », a expliqué M. Hafiz avant de poursuivre : « Tous ces éléments sont extrêmement importants dans cette rencontre qui est également très politique, car elle intervient à l'invitation du Président Tebboune qui était en juillet dernier au Vatican ».
Tout en étant persuadé que la visite du pape « va être fantastique », l’intervenant a affirmé que cette visite revêt aussi une autre symbolique très importante et très forte à savoir que Léon XIV va entamer une grande tournée en Afrique en commençant par l’Algérie, qui, de son point de vue, « est le grand frère de l'Afrique », qui, fière de son africanité, n’a jamais tourné le dos à son continent et a toujours œuvré et plaidé pour son développement et son épanouissement.
« Il y a tellement de pays musulmans qui auraient voulu recevoir le Pape, donc, s'il a choisi l'Algérie, c'est vraiment par cette symbolique », a–t–il révélé.
À la question de savoir comment est perçue en France la visite du Pape Léon XIV ? M. Hafiz a indiqué que de nombreux hommes d'Église de France, avec qui il a discuté avant sa venue à Alger, sont émus par cette visite. « Vous savez, de l'autre côté les chrétiens basiques, les évêques, les prêtres, les curés m'ont écrit et dit avec énormément d'émotion qu'ils étaient touchés par le fait que Léon XIV vienne en Algérie », a–t–il dit.
En revanche, l’extrême droite et l'ultra droite, représentées par certains anciens ministres de l'intérieur, ne sont pas très contentes de cette visite à travers laquelle le Pape, selon l'invité de la chaîne 3, légitime la politique internationale du Président Tebboune.
Concernant le programme de la visite du souverain pontife, qui se rendra, entre autres, au Sanctuaire du martyr. M. Hafiz a vu en cela une grande symbolique à travers laquelle Léon XIV va rappeler que l'Algérie a combattu la colonisation avec dignité.
L’orateur s’est dit également très fier que le pape va visiter également la Grande Mosquée d'Alger, le seul lieu de culte musulman au monde où il y a un centre de recherche sur le dialogue interreligieux.
« Le fait que Léon XIV vienne fouler la salle de prière de la Grande Mosquée d'Alger, là aussi, c'est extrêmement symbolique. Il faut qu'on en tire des leçons positives pour dire que celui qui est différent de nous est notre frère en humanité », a–t–il déclaré.
Sentinelle
Jean–Paul Vesco, le cardinal–frère au cœur de la visite de Léon XIV en Algérie
PORTRAIT. Ce Franco–Algérien est la cheville ouvrière du voyage historique du souverain pontife sur la terre de saint Augustin. Il a retracé son parcours pour « Le Point ».
Jean–Paul Vesco parmi les cardinaux dans la basilique Saint–Pierre de Rome, juste avant l'élection du nouveau pape. HANS LUCAS VIA AFP/ALESSIA GIULIANI
Le voyage du pape Léon XIV en Algérie, c’est lui ! En tout cas, il en est la cheville ouvrière. Le cardinal–archevêque d’Alger Jean–Paul Vesco a mis toute sa passion – et Dieu sait qu’il en a ! – pour faire de cet événement historique – c’est la première fois qu’un pape visite l’Algérie – une célébration de la fraternité. « Le pape vient en frère au milieu d’un peuple qui est majoritairement musulman, et il sera accueilli en frère », nous disait Jean–Paul Vesco à quelques jours de cette visite de deux jours, destinée d’abord à honorer saint Augustin (Ve siècle), la référence absolue pour ce pontife.
Un voyage apostolique pas toujours facile à comprendre quand on connaît la nature autoritaire du pouvoir militaire algérien. À ceux qui s’offusquent de cette onction pontificale, le cardinal Vesco répond ainsi au Point : « Le pape ne vient pas visiter un régime, il vient rencontrer un peuple. Je n’ai pas encore croisé un seul Algérien vivant ici qui soit contre cette visite. Je ne critique pas la lecture politique, chacun a droit à son interprétation, mais elle est incomplète. Le pape va dans tous les pays pour toucher les cœurs, c’est cela l’essentiel. »
Né à Lyon (Rhône) en 1962, le frère dominicain Jean–Paul Vesco, archevêque d’Alger – après avoir été à la tête du diocèse d’Oran –, créé cardinal par le pape François en 2024, a dédié son existence à cette terre – il a été naturalisé citoyen algérien en 2023. « Je m’identifie à un peuple avec lequel j’ai vie liée et que plus de vingt ans de vie commune m’ont appris à connaître, y compris dans ses blessures », nous avait–il confié il y a quelques mois.
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Le Franco–Algérien ne cesse d’être déchiré par les tensions entre ses deux pays de cœur, refusant de ressasser « le passé qui ne passe pas », ne se voulant surtout pas le porte–parole d’une l’Église catholique nostalgique des fortes figures, de son lointain prédécesseur cardinal Lavigerie, fondateur au XIXe siècle des missionnaires Pères blancs, aux martyrs moines de Thibirine et Mgr Claverie. Car sa mission, Jean–Paul Vesco l’inscrit dans l’avenir, dans l’élan de la jeunesse, à la tête d’une Église de plus en plus minoritaire dans ce pays à la population à majorité musulmane et saharienne, tournée aujourd’hui davantage vers le sud, composée d’une mosaïque d’une trentaine de nationalités.
Dans les pas de son prédécesseur
C’est dans cette perspective qu’il faut resituer son positionnement dans l’affaire Sansal : on lui a reproché de ne pas intervenir pour l’écrivain – qu’il connaît pourtant bien –, sans toujours comprendre que ce prélat catholique, sentinelle de Dieu qui avance sur une ligne de fractures, n’avait guère de latitude pour se mêler d’une affaire instrumentalisée par les politiques, dans une médiatisation selon lui contre–productive. Son attitude a été bien différente dans le cas du journaliste Christophe Gleizes, qu’il visite régulièrement depuis des semaines en prison – s’il est libéré, ce dernier devra beaucoup à l’action en sourdine du cardinal. Cet homme au large sourire et à la sobriété qui n’est pas feinte n’aime guère qu’on l’appelle « Monseigneur » ! À ce titre ronflant, Jean–Paul Vesco préfère celui de « frère », c’est ainsi qu’on dénomme les religieux dominicains, ordre du XIIIe siècle dont il fait partie. « Nos titres d’Église, calés sur un modèle monarchique, ne reflètent pas vraiment l’Évangile, à mon sens, nous a expliqué un jour Jean–Paul Vesco. Pour moi, ce n’est pas là le vrai fondement de l’autorité. Si l’on me dit : “Notre évêque, c’est vraiment un frère”, voilà un titre de noblesse. »
Il a mis ses pas dans ceux du cardinal Léon–Étienne Duval, la grande figure de l’Église catholique algérienne, qui fut évêque d’Alger de 1954 à 1988, ville dans laquelle il resta jusqu’à mort en mai 1996, « en ayant appris l’assassinat des moines de Tibhirine », rappelle son successeur. Mgr Duval a marqué de son empreinte la présence chrétienne ici. « Cet homme très classique arrivait de Savoie et a dénoncé les injustices bien avant la guerre quand il était évêque de Constantine », raconte Jean–Paul Vesco.
Pendant le conflit, Duval prend des positions nettes, qui lui seront reprochées par certains pieds–noirs. Alors que l’Église catholique a été partie prenante dans l’histoire coloniale, clochers et congrégations se multipliant à mesure que la présence française s’accentue à partir de 1830, le cardinal Duval n’hésite pas à prêcher la fraternité.
« Je pense que, comme Camus, il anticipait une indépendance où cohabiteraient les deux communautés, explique l’actuel archevêque d’Alger. Pour lui, une indépendance était possible avec une population mélangée. D’ailleurs, une fois celle–ci effective, il a appelé les prêtres, religieux et religieuses à rester en Algérie. Ce fut un geste très fort. Au moment où les fidèles prenaient le chemin de l’exil, le pasteur restait. Ce qui sera difficile pour ceux qui s’en vont. À la rentrée 1962, toutes les écoles catholiques et les dispensaires ont continué à fonctionner. Le rôle de l’Église dans cette Algérie indépendante était déjà en place : il n’y a pas eu de tractations entre le Saint–Siège et l’État algérien. Le cardinal Duval avait une immense légitimité politique, et cette dimension lui a survécu. Beaucoup de prêtres, de religieux et de religieuses se sont engagés pour l’indépendance. L’Église que nous formons aujourd’hui ici a été modelée par cette histoire. Elle s’est façonnée avec le rêve de contribuer à la construction de ce nouveau pays. »
Comme prédestiné
Jean–Paul Vesco semblait prédestiné pour incarner cette mission : il est né le 10 mars 1962. « J’avais neuf jours lors de la signature des accords d’Évian », aime–t–il à dire. Cet ancien avocat découvre sa vocation à 33 ans, et rejoint l’ordre des dominicains. Ordonné prêtre en 2001, il étudie à la fameuse École biblique de Jérusalem, creuset de chercheurs réputés et d’une histoire magnifique. Puis, il est envoyé en Algérie.
« Mon premier contact avec l’Algérie s’est fait sur le bateau qui m’emmenait à Alger, le 5 octobre 2002, a–t–il écrit. Je rentrais de deux années à Jérusalem où j’avais côtoyé des Arabes palestiniens. Sur le pont, je fais la connaissance d’un jeune Algérien, et je découvre un jeune homme avec qui, à l’évidence, je partageais une même sphère culturelle, de mêmes références musicales, contrairement à mes amis palestiniens avec lesquels nos différences n’étaient pas seulement question de langue, mais aussi d’histoire et de culture. Et soudain, cette impression étrange de faire connaissance avec un membre de ma famille dont j’ignorais l’existence mais qui, lui, connaissait parfaitement la mienne. »
Son engagement algérien, il le doit aussi à un autre homme. Un grand serviteur de Dieu lui aussi dont le nom est encore dans bien des têtes. Pierre Claverie, évêque d’Oran, fut assassiné un peu plus de deux mois après les moines de Tibhirine, le 1er août 1996. « Je ne le connaissais pas, raconte Jean–Paul Vesco, mais sa mort m’a beaucoup marqué, et j’ai été pris du sentiment intérieur que ma vie avait à voir avec cet homme. Alors, quand les dominicains ont décidé d’envoyer une équipe de frères en Algérie, je me suis porté volontaire. » À lire aussi
Dix ans plus tard, encore un signe de la providence, il succède à Mgr Claverie comme évêque d’Oran. En décembre 2021, le pape François le crée archevêque d’Alger, comme le fut aussi Mgr Teissier, de 1988 à 2008, qui a choisi, lui aussi, d’être enterré ici, dans la basilique Notre–Dame d’Afrique. Comme Duval, Teissier avait été naturalisé algérien. « C’était un immense érudit, arabisant, qui fut une présence solide durant la décennie noire des années 1990 et 2000, estime son successeur. Il a incarné l’image forte d’une Église qui reste debout dans la tourmente. »
L’Algérie n’est pas sortie du traumatisme colonial, ce traumatisme qui est celui d’une mémoire collective d’humiliation.
Jean–Paul Vesco, archevêque d'Alger
Le diocèse d’Alger compte aujourd’hui une trentaine de prêtres et une cinquantaine de religieuses et de religieux. Du temps de saint Augustin, au IVe siècle donc, l’Algérie comptait plus de 250 évêchés… Et alors ? « Je suis heureux et fier d’avoir la responsabilité d’une Église qui est petite, mais qui a du sens, au milieu du monde musulman, dit Jean–Paul Vesco. Ma mission est décapante, parfois fatigante, mais tonifiante aussi. »
Cet homme réputé pour son écoute et son sens du dialogue, cet archevêque frère, qui s’est occupé à la demande du pape de la cérémonie de béatification (en 2018) de Pierre Claverie et des religieux et religieuses assassinés, dont les moines de Tibhirine – et les deux sœurs augustines à la mémoire honorée par le pape, qui a visité la maison où elles vivaient à Bab–el–Oued – est une sorte de réconciliateur entre ces deux mondes qui sont les siens, la France et l’Algérie.
Jean–Paul Vesco sait, parce qu’il la connaît bien, que « l’Algérie n’est pas sortie du traumatisme colonial, ce traumatisme qui est celui d’une mémoire collective d’humiliation ». « Je rêve qu’un jour l’Algérie puisse s’en affranchir, mais pour l’instant le traumatisme est toujours là », constate–t–il.
Dans La Croix en mars 2022, il écrivait : « Pieds–noirs et Algériens sont étrangement les mêmes, et ils se reconnaissent immédiatement. Les uns et les autres sont marqués par un même amour pour une même terre, et par une même blessure. Dans l’objectivité des faits, les uns ne sont pas responsables de la blessure des autres. »
Pour sortir de cette impasse, l’homme de Dieu a foi en ce pays « extraordinairement jeune par son histoire, sa sociologie ». Malgré les peurs et les chapes de plomb. « Il y a une soif de vivre, on la ressent partout », insiste cet archevêque de combat. Quelques jours avant d’accueillir Léon XIV devant le mémorial du Martyr, Jean–Paul Vesco se montrait certain que « les Algériens seraient touchés au cœur » par cette visite historique. Parce que, soulignait le cardinal frère, « la curiosité, l’envie, la soif de l’autre font partie de l’âme algérienne », ajoutant : « Ce voyage va faire date dans l’histoire du pays par ce qui va s’y dire, s’y vivre et s’y ressentir. »
Des nouvelles du Bled
Présence historique des Pères Blancs en Algérie : Coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans
13 avril 2026
«Des religieux catholiques ont partagé avec la population des moments de joie et de bonheur. Ils étaient aimés et respectés de tous», tel est le témoignage d’une ancienne élève de l’école des Pères Blancs à Tizi Ouzou.
La présence des chrétiens dans plusieurs wilayas d’Algérie a une histoire liée aux actions de la communauté des Pères Blancs avec l’ouverture des écoles et des centres de formation dans les villes et villages. Des actions de bienfaisance dans les domaines de la santé ont aussi été menées dans les localités reculées. «J’ai fait l’école des Pères Blancs d’Ath Yenni», nous précise un sexagénaire de la wilaya de Tizi Ouzou, se rappelant les moments de sa scolarité, qui l’a conduit ensuite au lycée et à l’université.
Des écoles catholiques assuraient de l’enseignement aux enfants dans plusieurs localités de la wilaya de Tizi Ouzou. A Taguemount Azouz, dans la daïra de Beni Douala, des citoyens gardent de beaux souvenirs des Sœurs Blanches. «Elles sont de vraies anges et bienfaitrices. Elles aidaient même les femmes pendant l’accouchement», souligne une dame qui cite, entre autres, Sœur Joëlle. «J’ai étudié chez elles. Elles sont magnifiques», confie une femme d’Azazga. «De braves sœurs. Je suis née chez elles», ajoute une autre pour parler aussi du côté humanitaire de ces femmes, éducatrices et formatrices puisqu’elles transmettaient également un savoir–faire précieux aux filles dans les villages éloignés.
Dans la commune de Ain El Hammam, l’école des Pères Blancs de Ouaghzen a été inaugurée pour les garçons en fin 1879 et pour les filles en 1892, de même que l’hôpital (1893) avec l’arrivée des Sœurs Blanches. En 1905, plus de 150 élèves de la région fréquentaient cette école. Même chose à Ath Hichem, Djemaâ Saharidj (Mekla) et à Larbaâ Nath Irathen. «Les Pères Blancs et les Sœurs blanches ont partagé avec la population des moments de joie et de bonheur, ils étaient aimés et respectés de tous. Ils consacraient leur vie ici–bas à secourir les faibles, les démunis et les orphelins tout en leur offrant une vie pleine d’amour, de joie et d’affection», tel est le témoignage d’une ancienne élève de l’école des Pères Blancs recueilli par des étudiants du département de langue et culture amazighes de l’université Mouloud Mammeri, ayant réalisé un travail de recherche (mémoire de master).
La même étude explique que la wilaya de Tizi Ouzou est la région qui a connu la plus ancienne présence de Pères Blancs. «Les Pères Blancs arrivent à Bou Nouh et à Tizi Ouzou en 1874, à Djemaa–Saharidj et à Ath Yenni (Aït Larbaâ) en 1883, à Fort National en 1920 et à Oued Aissi en 1926. En somme, les missionnaires sont établis dans un rayon d’une trentaine de kilomètres autour de Fort National (Larbaâ Nath Irathen). En septembre 1957, ils ouvrent, à Tizi Ouzou, un centre de formation professionnelle (l’actuel centre Kerrad Rachid).» Même après l’indépendance, la mission des Pères Blancs a continué dans certaines communes de la wilaya, où des religieux catholiques sont intégrés dans le contexte social local.
«Ces religieux étaient fortement engagés»
Les habitants de Tizi Ouzou gardent, d’ailleurs, en mémoire des noms qui ont marqué, par leur passage, la région. «Alain Dieulangard a passé plusieurs années dans notre région, il parle d’ailleurs parfaitement même le kabyle. Très apprécié par les gens, qui le surnommaient »Grand–père »», témoigne–t–on. Les catholiques organisent des activités, notamment au niveau de leur chapelle du chef–lieu de wilaya, où sont rendus des hommages aux membres de leur communauté qui ne sont plus de ce monde. D’ailleurs, pratiquement chaque année, des journées commémoratives, en collaboration avec l’archevêché d’Alger, sont organisées à la mémoire de Charles Deckers, Alain Dieulangard, Christian Chessel et Jean Chevillard.
Un recueillement devant les tombes des défunts a toujours lieu, à la même occasion, au cimetière chrétien de Tizi Ouzou, en présence de l’archevêque d’Alger, qui a souvent relevé, dans ses déclarations, la nécessité d’œuvrer pour la culture de paix, de tolérance et de dialogue entre religions. Ces pères disparus ont partagé avec la population des moments de bonheur, des souvenirs, des peines et des valeurs faites d’humanisme.
D’autres Pères Blancs, comme Louis Garnier, Jean Robichon et Georges Rogé, reposent aussi dans le même cimetière. «Ces religieux catholiques étaient fortement engagés au sein de la société. Ils étaient des personnes respectées en raison de leur dévouement à la mission et de leur amour pour l’Algérie et son peuple.
La communauté de Tizi Ouzou reste notre plus ancienne communauté encore active.
Elle a été fondée en 1874», soulignent des religieux catholiques de Tizi Ouzou, qui citent Charles Deckers comme la figure la plus emblématique. Il était chargé de la direction du centre de formation professionnel des Pères Blancs, qui a formé plusieurs cadres dans une ambiance de coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans.
Restitution des œuvres d’art aux anciennes colonies : le projet de loi qui divise
L'Assemblée examine ce lundi la loi–cadre facilitant la restitution des biens culturels acquis pendant la colonisation. Entre promesse de 2017 et craintes de « repentance », ce texte clé vise à simplifier le retour d'œuvres vers l'Afrique en débloquant les verrous administratifs.
Publié le 13 avril 2026 à 13h11
Un nouveau projet de loi prévoit de faciliter la restitution d’œuvres d’art pillées pendant la colonisation. Photo © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
L’Assemblée nationale entame ce lundi l’examen d’un projet de loi historique destiné à simplifier la restitution des biens culturels pillés durant la colonisation. Ce texte, adopté à l’unanimité par le Sénat fin janvier, concrétise avec plusieurs années de retard la promesse faite par Emmanuel Macron en 2017 à Ouagadougou. Les débats, qui débutent à 16 h dans l’hémicycle, marquent un tournant diplomatique et juridique majeur pour la France, souvent critiquée pour la lenteur de ses procédures, rappelle France Info. En finir avec le verrou de l’inaliénabilité
Jusqu’à ce jour, le principe d’inaliénabilité des collections publiques imposait le vote d’une loi spécifique pour chaque restitution, un lourd processus qui a limité les retours à quelques cas symboliques, comme lors de la restitution des trésors d’Abomey au Bénin ou du sabre d’El Hadj Omar au Sénégal. La nouvelle loi devrait désormais permettre de procéder par décret, après une évaluation rigoureuse du caractère illicite de l’appropriation. La ministre de la Culture Catherine Pégard a défendu un texte supposé rendre les processus plus efficaces tout en instaurant des garde–fous, notamment via la consultation obligatoire de commissions scientifiques et parlementaires. Une délimitation temporelle sous le feu des critiques
Le périmètre de la loi, qui concerne les biens acquis entre 1815 et 1972, suscite toutefois de vifs débats politiques. À gauche, La France insoumise et les Écologistes déplorent un cadre trop restreint et regrettent l’absence du mot « colonisation » dans le texte, y voyant un déni historique. À l’inverse, le Rassemblement national s’inquiète d’une démarche qui pourrait être fondée sur la « repentance » et souhaite subordonner les restitutions à la qualité des relations diplomatiques avec les États demandeurs, visant particulièrement l’Algérie. Des enjeux diplomatiques et constitutionnels
Les demandes commencent à affluer, notamment de la part du Mali pour le trésor de Ségou ou de l’Algérie pour les effets de l’émir Abdelkader. En parallèle, le gouvernement doit désormais se préparer à une éventuelle censure du Conseil constitutionnel.
Une incertitude plane en effet sur le sort des biens issus de legs ou de donations, dont la restitution pourrait être juridiquement complexe.
Ce texte vient compléter un triptyque législatif entamé en 2023 et visant à apaiser les mémoires au côté des lois sur les spoliations nazies et les restes humains.
« Je ne suis pas d’accord avec ceux qui accusent l’Algérie de restreindre les libertés religieuses »
– Nation : El Khabar
https://www.kreo–agency.com/
13 avril 2026
Entretien réalisé par : Mohammed El–Fateh Othmani
L’archevêque de l’Église catholique en Algérie, le cardinal Jean–Paul Vesco, aborde dans cet entretien plusieurs questions et dossiers importants concernant les relations entre le Vatican et l’Algérie, notamment la visite du pape Léon XIV prévue aujourd’hui.
Le religieux, qui a acquis la nationalité algérienne il y a environ trois ans, exprime également, lors de cette rencontre avec « El Khabar » dans son bureau à l’archevêché au cœur de la capitale, sa position sur un rapport américain ayant inscrit l’Algérie parmi les pays restreignant les libertés religieuses, ainsi que sur la manière dont l’Organisation des Nations unies traite les événements à Gaza, en Iran et en Ukraine.
Le Vatican a récemment envoyé un nouvel ambassadeur il y a environ un mois. Quel est le contexte de ce changement, d’autant plus qu’il a précédé l’annonce de la visite du pape Léon XIV en Algérie prévue début avril ?
Le Vatican, en tant qu’État et siège de l’Église catholique, dispose de missions diplomatiques dans plus d’une centaine de pays. L’une de ces missions, une ambassade, se trouve à Alger et couvre à la fois l’Algérie et la Tunisie. L’ambassadeur y jouit des mêmes prérogatives que tout autre ambassadeur accrédité en Algérie. Comme c’est souvent le cas, il est nommé pour une durée d’environ quatre ans. Il s’agit donc d’un changement tout à fait routinier.
Le fayot de Abdelmadjid Tebboune عبد المجيد تبون,
L’Algérie s’apprête à accueillir le pape Léon XIV demain, dans un événement historique sans précédent, notamment parce que le pays est considéré comme le berceau de l’une des figures majeures du christianisme ancien, saint Augustin, souvent présenté comme une référence spirituelle pour le pape actuel. Quels messages pensez–vous que cette visite portera ?
Ce qui est important, c’est que le pape Léon appartient effectivement à un ordre religieux inspiré de saint Augustin, dont la figure est très importante pour lui. Cependant, il ne vient pas en Algérie pour un pèlerinage personnel sur les traces de ce saint, né et ayant vécu dans le pays. Il vient pour l’Algérie d’aujourd’hui, pour visiter le pays et son peuple, et cela est essentiel.
Le pape a déjà visité l’Algérie à deux reprises lorsqu’il dirigeait cet ordre religieux et a visité les sites liés à saint Augustin. Il ne vient donc pas les redécouvrir, mais cette fois en tant que pape, en réponse à deux invitations : celle de l’Église et celle du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. En tant que chef d’État, il doit être invité par le président, ce qui a été le cas, et en tant que chef religieux, il doit également recevoir une invitation de l’Église.
Ce qui est aussi historique dans cette visite, c’est que l’Algérie est un pays musulman. Voir un chrétien venir sur les traces de saint Augustin pour rencontrer un pays et un peuple musulmans est un geste très beau et un symbole extrêmement fort.
Il convient également de noter qu’il s’agit en réalité de son deuxième voyage, mais du premier qu’il organise lui–même en tant que pape. Il n’a presque pas visité de pays musulmans depuis son accession à cette haute fonction, à l’exception de la Turquie et du Liban. La Turquie faisait partie d’un programme prévu par son prédécesseur, et le Liban compte une importante minorité chrétienne.
Il est donc significatif qu’il choisisse l’Algérie comme premier pays à majorité musulmane écrasante pour une visite organisée de son propre chef, avant de poursuivre sa tournée en Afrique vers l’Angola, la Guinée équatoriale et le Cameroun.
Qu’en est–il des préparatifs de cette visite ?
La préparation s’est faite très rapidement et dans d’excellentes conditions, grâce aux instructions claires du président de la République visant à garantir un haut niveau d’organisation pour cet événement historique. Nous travaillons en coordination avec la présidence, le ministère des Affaires étrangères et celui des Affaires religieuses pour atteindre ce niveau.
Le programme est presque finalisé : une journée à Alger, une journée à Annaba, puis un départ le lendemain matin, sans passage par Souk Ahras.
Le pape visitera Annaba, les vestiges d’Hippone, ainsi que la basilique de la paix liée à saint Augustin, et rencontrera les habitants. Il célébrera également une messe à la basilique Saint–Augustin.
Quant à savoir si cette visite marque le début d’une nouvelle phase dans les relations entre les deux mondes, le pape lui–même a déclaré : « Je souhaite venir en Algérie pour continuer à construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman. »
Quel type de discours le pape prononcera–t–il ? Sera–t–il politique, religieux ou autre ?
Je ne sais pas exactement ce qu’il dira. Lorsque nous organisons une visite de ce type, nous nous contentons de proposer un thème ou un titre pour le voyage. Nous avons choisi un intitulé inspiré des premiers mots prononcés par le pape François lorsqu’il a été élu et est apparu au balcon de la basilique Saint–Pierre au Vatican : « Salam alaykoum ». Ce sont aussi les premiers mots prononcés au début de la messe. Quand je les ai entendus, j’ai eu l’impression d’entendre « paix sur vous ». Ce sont donc des mots porteurs d’un message de paix.
Je pense qu’il y a un message de paix dans ce voyage. Tous ces pays portent une mémoire lourde de violence, de colonisation et d’injustice. J’espère que cet homme, homme de paix, apportera des paroles de paix à cette mémoire blessée, en particulier à la mémoire coloniale douloureuse.
J’espère que ce sera le sens de cette visite. Ce que je sais, c’est qu’une visite papale dans un pays est toujours un moment de bénédiction, car le pape ne vient pas signer des contrats, ni conclure des alliances, ni faire des affaires. Il vient dans un esprit de don gratuit. Je sais aussi que son discours ne sera pas un discours religieux au sens strict : le discours religieux sera prononcé lors des messes, notamment à la basilique Saint–Augustin à Annaba et à Notre–Dame d’Afrique. Le reste de la visite aura une dimension spirituelle, morale et humaine.
Quant aux messages politiques, beaucoup imaginent que le pape porte toujours un message politique, car nous vivons tous dans un monde politique. Mais le pape n’est pas un homme politique au sens strict, même si ses paroles ont un grand impact et qu’il est parfois amené à prendre position. Dans cette visite, il ne vient pas avec un agenda politique, mais avec un agenda spirituel.
Cependant, on peut dire que la spiritualité peut avoir un impact politique à long terme, car elle peut toucher les cœurs et ouvrir la voie à une meilleure compréhension entre les gens. Pour ma part, cette rencontre avec le peuple algérien est même plus importante que la rencontre avec l’histoire de saint Augustin.
Un rapport du département d’État américain, publié début 2024, a évoqué « l’inscription de l’Algérie sur la liste des pays sous surveillance spéciale en raison de violations de la liberté religieuse ». Étant un homme d’Église chrétien vivant dans le pays depuis plus de vingt ans, avez–vous constaté la réalité décrite dans ce document américain ? Et avez–vous déjà abordé cette question lors de vos précédentes rencontres avec les autorités algériennes ?
La diversité religieuse n’est pas une chose simple, nulle part dans le monde ni dans aucun pays. Dire qu’il s’agit d’une question facile, naturelle ou totalement maîtrisée n’est pas vrai, que ce soit ici, en France, aux États–Unis ou ailleurs. La différence religieuse exige un très grand respect de la religion de l’autre ainsi qu’une forte confiance mutuelle.
En tant qu’Église catholique, nous travaillons depuis des années à construire ce lien de confiance, et nous constatons les efforts déployés pour progresser vers davantage de liberté religieuse. Il existe donc un véritable travail mené par les autorités, et je perçois une réelle volonté, que je ne nie absolument pas.
Cependant, il faut aussi comprendre que la liberté religieuse n’est pas seulement une question de lois, mais également une question de société, liée au degré d’acceptation de cette diversité par l’ensemble de la population. Il s’agit donc d’une question extrêmement complexe. Il faut aussi noter qu’elle ne se pose pas de la même manière ici qu’aux États–Unis, par exemple : nous ne parlons pas du même contexte.
C’est pourquoi il est très difficile d’en parler brièvement ou dans un simple rapport. Ce que je peux dire simplement, c’est que nous travaillons dans une relation de confiance et que nous abordons ces questions dans cet esprit, avec des partenaires qui souhaitent faire de l’Algérie un pays où la coexistence religieuse est possible, et j’en témoigne.
Ainsi, à mon sens, il s’agit d’un long processus dans lequel nous avançons constamment. Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de pays en mesure de donner des leçons aux autres dans ce domaine. Je me méfie des pays qui prétendent le faire, car la question de la diversité religieuse, avec les usages politiques qui peuvent en être faits, est extrêmement complexe et ne peut être réduite à un jugement simpliste.
Quant à ceux qui veulent blâmer l’Algérie sur ce sujet, je ne suis absolument pas d’accord avec eux. Je tiens à souligner que le ministère des Affaires religieuses organise chaque année un colloque sur la liberté religieuse, un événement important pour lui, auquel nous sommes invités à participer. Il convient également de mentionner des initiatives concrètes, comme le projet de restauration de la cathédrale du Sacré–Cœur, sur lequel nous travaillons ensemble.
Malgré cela, la liberté religieuse demeure avant tout une question d’éducation et de formation dans les institutions, ainsi qu’un enjeu de sensibilisation au sein de la société, et pas uniquement une affaire de lois et de décisions.
En définitive, aucun pays ne peut donner de leçons à un autre. Cette question existe partout et elle est complexe en tout lieu ; il n’existe aucun endroit au monde où elle serait totalement simple.
Les événements internationaux actuels s’imposent à nous, notamment la guerre menée contre l’Iran par Israël et les États–Unis. Peut–on s’attendre à ce que l’Église joue un rôle, même symbolique, dans ces événements ?
Sur cette question précise, je laisse la parole au pape ; c’est à lui de dire ce qui doit être dit, et il ne m’appartient pas de me substituer à lui en faisant une déclaration dans ce contexte. Il est à noter que le pape Léon, ainsi que ses prédécesseurs, ont exprimé leurs positions sur de nombreux conflits. Dans ce cas particulier, c’est à lui de s’exprimer à ce sujet. Quant à moi, je peux avoir des opinions personnelles, mais je préfère les garder pour moi.
La situation actuelle correspond–elle à ce qu’a avancé le politologue Samuel Huntington dans son célèbre ouvrage Le Choc des civilisations, où il anticipait un « retour des conflits sur des bases civilisationnelles et culturelles », après qu’ils ont été auparavant d’ordre idéologique et économique ? Partagez–vous cette analyse à la lumière de l’arrivée de courants conservateurs au pouvoir dans plusieurs pays occidentaux, ainsi que des événements en cours au Moyen–Orient ?
Ce livre est ancien, si je me souviens bien ; il date des années 1990… Oui, il a été publié au milieu des années 1990. Il s’agit d’une étude prospective à moyen terme, et certains estiment qu’elle s’est effectivement réalisée.
C’est vrai, mais entre 1992 et 2026, le monde a connu des transformations radicales. Même au cours des derniers mois, nous avons assisté à un bouleversement complet de l’ordre mondial. Aujourd’hui, cette guerre en Iran représente un effondrement total de l’équilibre des puissances et nous place face à la loi du plus fort, que je pensais appartenir au passé.
Aujourd’hui, celui qui possède les armes les plus puissantes ignore toutes les lois de son propre pays et déclare la guerre à l’Iran sans mandat ni autorisation, en faisant fi du droit international. Par conséquent, je ne suis pas certain que la situation actuelle corresponde réellement à ce qu’avançait l’auteur que vous avez cité. Nos prédécesseurs pensaient que les grandes institutions internationales apporteraient davantage de paix au monde, mais au final… tout cela a été détruit.
On retrouve ainsi la même logique que celle observée à Gaza, en Ukraine et ailleurs dans le monde. Je suis convaincu que la loi du plus fort ne conduira jamais à la paix, car il y aura toujours plus fort que le plus fort, et le conflit persistera. Le penseur que vous avez mentionné projetait son analyse sur trente ans, mais aujourd’hui, la véritable intelligence consiste à pouvoir anticiper ne serait–ce que les six prochains mois.
Je souhaite également souligner une contradiction frappante : environ trois milliards de musulmans et de chrétiens se sont tournés vers Dieu à travers de grandes pratiques religieuses — le Carême et le mois de Ramadan — au même moment. Certes, ces pratiques ne sont pas vécues de la même manière, mais leur sens est identique : se rapprocher de Dieu, se purifier et s’élever spirituellement. Pourtant, dans le même temps, les guerres éclatent…
C’est à la fois étonnant et révélateur : cela montre que notre manière de vivre la religion n’a que peu d’impact sur le monde, ou peut–être seulement sur nos relations proches — avec nos voisins, nos amis et nos familles. Et c’est précisément cela qu’il faut préserver aujourd’hui.
Le pape Léon XIV à la Basilique Notre–Dame d’Afrique : un moment de recueillement et de symbole
Rédaction Web
13 avril 2026
En fin d’après–midi ce lundi, le pape Léon XIV s’est recueilli à la Basilique Notre–Dame d’Afrique, haut lieu de la chrétienté algéroise perché sur les hauteurs de la capitale, où il a présidé une cérémonie religieuse dans le cadre de sa visite officielle en Algérie.
Cette étape, chargée de symboles, s’inscrit dans le programme d’une journée historique pour l’Algérie, qui accueille pour la première fois un souverain pontife sur son sol, à l’invitation du président de la République Abdelmadjid Tebboune.
Dominant la baie d’Alger depuis plus d’un siècle et demi, Notre–Dame d’Afrique est bien plus qu’un édifice religieux : elle incarne, au cœur d’un pays à majorité musulmane, une longue tradition de coexistence et de dialogue interreligieux — des valeurs au cœur même du voyage apostolique du pape Léon XIV sur la terre des Saints Augustin et Cyprien.
Récit
Léon XIV en Algérie : à Alger, le pape affronte les mémoires de la colonisation et appelle au « pardon »
Publié le 13 avril 2026 à 18h08
Du monument des Martyrs aux salons des officiels, le pape inscrit, lundi 13 avril 2026, sa première journée en Algérie dans une même ligne : reconnaître les blessures de l’histoire pour tenter d’ouvrir un chemin de réconciliation.
Au pied du monument des Martyrs, le vent plaque la pluie contre les visages. Les trois palmes de béton du Maqam Echahid se découpent dans un ciel blanc, au point de presque effacer la baie d’Alger. En contrebas, quelques centaines d’étudiants attendent. La plupart ont été envoyés par leur université. Beaucoup savent à peine qui ils viennent voir.
« Je n’avais jamais entendu parler de lui », glisse Alhem, 23 ans, étudiante en droit à Tizi Ouzou, en Kabylie, lunettes dorées sur un voile noir. Elle sourit pourtant, curieuse : « Je viens pour découvrir. » À côté d’elle, Imène, étudiante en commerce, parle d’« ouverture » et d’« échange ». Pour ces jeunes Algériens, majoritairement musulmans, la venue du pape est une curiosité.
Dans l’assemblée, on comptera 2 000 personnes, selon le Vatican. Parmi elles, des chrétiens d’Afrique subsaharienne, souvent boursiers, venus étudier en Algérie. Pour eux, la scène n’a pas la même portée. « C’est incroyable de voir le pape ici », souffle Doris, étudiante à Blida.
Quand Léon XIV apparaît, la foule se resserre. À ses côtés, le cardinal Jean–Paul Vesco prend la parole. Il parle d’un peuple « lourd du poids d’une histoire douloureuse et blessée ». Et surtout, il dit qu’il « manque une vraie demande de pardon ». Dans ce lieu dédié aux morts de la guerre d’indépendance, l’adresse à l’ancien colonisateur ne fait guère de doute. Minaret de 267 mètres
Le pape ne commente pas directement. En anglais, il reprend le fil. La paix, dit–il, « n’est possible que par le pardon », et il ne faut pas « ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération ». Dans ce pays où la mémoire de la colonisation se superpose à celle de la décennie noire des années 1990, le mot n’est pas neutre. « La véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura enfin été conquise », ajoute encore Léon XIV.
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Le cortège quitte ensuite les hauteurs du mémorial et redescend vers la baie. Au loin, une silhouette verticale. C’est le minaret de Djamaâ El–Djazaïr, aiguille de béton et de verre de 267 mètres dressée face à la mer. C’est là que Léon XIV doit revenir, plus tard dans l’après–midi, pour rencontrer des représentants de l’islam sunnite algérien.
Pour l’heure, c’est dans le centre de conférences attenant qu’il est attendu. À l’intérieur, l’atmosphère change : bois clair, parois striées. La salle se remplit peu à peu d’hommes politiques, de diplomates. Le Vatican annonce 1 400 personnes. Au premier rang, la délégation vaticane est déjà là : les cardinaux Luis Antonio Tagle, Peter Turkson, George Jacob Koovakad et Robert Sarah. Le contraste avec la colline battue par le vent, un peu plus tôt, est net. Après la mémoire, le pouvoir.
Le pape et le président algérien Abdelmadjid Tebboune font alors leur entrée. Le chef de l’État, au pouvoir depuis 2019, à la tête d’un régime autoritaire, prend la parole en premier. Il salue chez Léon XIV « la voix la plus convaincante de la paix dans le monde » et sa « position courageuse face à la tragédie de Gaza ». Pour servir
Puis Léon XIV prend la parole. « Je viens parmi vous en pèlerin de paix », dit–il. Le ton est calme, constant, comme lorsque en début de matinée, dans l’avion, il expliquait aux journalistes ne pas avoir peur de l’administration Trump ni renoncer à porter « le message de l’Évangile ». Face aux officiels algériens, le pape parle d’un peuple « jamais (…) vaincu par ses épreuves ». Il évoque l’hospitalité, la solidarité, la sadaka – cette aumône ancrée dans la tradition musulmane, qui consiste à donner aux plus démunis. « Ne pas garder pour soi, mais partager ce que l’on a », résume–t–il. Peu à peu, le discours quitte le seul terrain de la mémoire pour insister sur la justice sociale. « Une religion sans compassion et une vie sociale sans solidarité sont un scandale aux yeux de Dieu », lance le pape. Il vise ces sociétés qui « sombrent (…) dans l’inégalité et l’exclusion ». Puis il resserre encore son propos : « Le critère de l’action politique réside (…) dans la justice, sans laquelle il n’y a pas de paix authentique. » Cette justice, insiste–t–il, suppose une société civile « vivante, dynamique et libre », où les jeunes trouvent leur place. Le pouvoir, ajoute–t–il, n’est pas fait « pour dominer, mais pour servir ».
Dans un pays marqué par le hirak (mouvement de contestation populaire né en 2019 contre le pouvoir en place) et par les départs de jeunes vers l’Europe, l’image résonne fortement. Entre la Méditerranée et le Sahara, prévient Léon XIV, ces espaces peuvent devenir des « cimetières » si l’on y laisse mourir l’espérance. « Multiplions, lance–t–il, les oasis de paix. » « Ces polarisations absurdes ne doivent pas nous effrayer »
Extrait du discours du pape Léon XIV aux autorités algériennes, à la société civile et au corps diplomatique, lundi 13 avril.
« La société algérienne connaît elle aussi la tension entre le sens religieux et la vie moderne. Ici, comme partout ailleurs dans le monde, des dynamiques opposées ont tendance à se manifester, celles du fondamentalisme ou de la sécularisation, qui font que beaucoup perdent le sens authentique de Dieu et de la dignité de toutes ses créatures. Alors, les symboles et les mots religieux peuvent devenir, d’une part, langages blasphématoires de violence et d’oppression, et d’autre part, signes sans signification, dans ce grand marché de consommation qui ne rassasie pas. Ces polarisations absurdes ne doivent toutefois pas nous effrayer. (…) Il faut éduquer au sens critique et à la liberté, à l’écoute et au dialogue, à la confiance qui nous fait reconnaître dans celui qui est différent un compagnon de route, et non une menace. Nous devons œuvrer à la guérison de la mémoire et à la réconciliation entre d’anciens adversaires. »
Le pape Léon XIV invite les Algériens à ne pas céder au «ressentiment»
En visite en Algérie, le souverain pontife a appelé le peuple algérien au pardon pour les guerres passées. Un premier discours qui s'est conclu par une lecture de l’Évangile.
Le pape Léon XIV en Algérie. AP/SIPA / © Andrew Medichini
Léon XIV a atterri ce matin en Algérie, première étape de sa tournée pastorale en Afrique qui doit se terminer le 23 avril prochain. À peine arrivé, le souverain pontife a été conduit par le président algérien devant le « Maqam Echahid », monument commémorant la lutte menée par les combattants algériens pour l’indépendance de leur pays contre la France. Le pape s’est adressé au peuple algérien en présence de ses dirigeants, l’invitant à ne pas céder au « ressentiment ». « On ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération »
« La véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura enfin été conquise. Je sais combien il est difficile de pardonner, cependant, alors que les conflits continuent de se multiplier partout dans le monde, on ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération, a lancé le successeur de Saint–Pierre. Et cette paix, qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié, n’est possible que par le pardon ». Dans un pays dirigé par un régime autoritaire, et où les chrétiens subissent des pressions, Léon XIV a conclu son discours par un acte inédit : la lecture de l’Évangile. Dans l’avion qui l’emmenait au pays de Saint–Augustin, Léon XIV a été abordé par le journaliste Arthur Herlin, qui lui a parlé du sort de Christophe Gleizes, français détenu en Algérie. « Oui. Je connais le cas Christophe Gleizes », a sobrement affirmé le pape, qui repartira mercredi d’Algérie. Le pape Léon XIV appelle les Algériens au «pardon» pour les guerres passées
13 avril 2026
Le pape Léon XIV le 13 avril 2026. ALBERTO PIZZOLI / AFP
Dans un contexte international conflictuel, le pape américain a affirmé qu’il n’est de véritable paix sans désarmer le «ressentiment» transmis de «génération en génération».
À peine arrivé, ce lundi, sur le sol algérien, Léon XIV, premier pape à visiter ce pays, a été conduit au monument de l’indépendance de l’Algérie, le « mémorial du Martyr ». Cette structure en béton, élancée vers le ciel a été érigée en 1982 pour le 20e anniversaire de l'indépendance de l’Algérie en mémoire des « chahids », les combattants de cette guerre d’indépendance contre la France de 1954 à 1962. Le monument, hautement symbolique, s’appelle « Maqam Echahid ». Dans l’avion qui l’a conduit de Rome à Alger, le pape a commenté les critiques du président Trump à son encontre, lui reprochant implicitement de ne pas soutenir suffisamment la politique américaine : « Je n’ai pas l’intention d’entrer dans un débat », a prévenu le pape, affirmant qu’il n’avait pas « peur » de l’administration américaine. Après avoir été accueilli par le président algérien à l’aéroport, le pape est allé déposer une gerbe devant « le mémorial du Martyr ». Sur la vaste esplanade où siège le monument, il s’est adressé au peuple algérien devant une toute petite assemblée triée sur le volet, assez distante et peu chaleureuse, les visages fermés. Le chef de l’Église catholique a appelé au « pardon » pour toutes les violences du passé. « La véritable lutte pour la libération ne sera définitivement gagnée que lorsque la paix des cœurs aura enfin été conquise. Je sais combien il est difficile de pardonner, a reconnu Léon XIV, cependant, alors que les conflits continuent de se multiplier partout dans le monde, on ne peut pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération ».
« Cette paix, qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié, n’est possible que par le pardon.«
Léon XIV
S’exprimant en anglais, qu’un interprète traduisait en arabe, le pape a précisé : « En ce lieu, rappelons–nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations : une paix qui ne soit pas seulement une absence de conflit mais l’expression de la justice et de la dignité. Et cette paix, qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié, n’est possible que par le pardon ».
Algérie: le pape appelle au «pardon» devant le monument aux martyrs de la guerre d’indépendance Figaro Live
Pour lui en effet, « la justice triomphera toujours de l’injustice, tout comme la violence n’aura jamais le dernier mot, contrairement aux apparences ». D’autant que « l’Algérie est un grand pays doté d’une histoire douloureuse, marquée aussi par des périodes de violence, que vous avez toutefois su surmonter avec courage et honnêteté, grâce précisément à la noblesse d’esprit qui vous caractérise et que je sens vivante encore aujourd’hui, ici », a–t–il dit.
«La foi en Dieu» des Algériens
En chrétien, Léon XIV a également loué « la foi en Dieu » des Algériens, qui occupe une « place centrale », car elle inspire notamment « le sens de la fraternité ». Ainsi, «un peuple qui aime Dieu possède la richesse la plus authentique, et le peuple algérien garde ce joyau dans son trésor ». Et d’insister : « Notre monde a besoin de croyants comme ceux–là, d’hommes et de femmes de foi, assoiffés de justice et d’unité » pour « être toujours ensemble, des frères et des enfants de Dieu ! ». Léon XIV a même conclu ce premier discours en Algérie par un acte inédit en ces circonstances publiques : la lecture du passage de l’Évangile relatant tous le discours des béatitudes du Christ, dont « Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. »
« C’est avant tout un frère qui se présente devant vous »
Léon XIV
Léon XIV a d’ailleurs commencé son intervention en lançant cette salutation : « Assalamu Lakon », « que la paix soit avec vous tous ! ». Avant de préciser : « c’est avant tout un frère qui se présente devant vous, heureux de pouvoir renouveler, à l’occasion de cette rencontre, les liens d’affection qui rapprochent nos cœurs ». Il a également loué « l’hospitalité » et la « fraternité » de ce peuple en affirmant que « dans le cœur algérien, l’amitié, la confiance, la solidarité ne sont pas simplement des mots mais des valeurs qui comptent et qui donnent chaleur et solidité à la vie commune ».
C’est le cardinal Jean–Paul Vesco, archevêque d’Alger, qui avait introduit la cérémonie. « Je pourrais dire « I had a dream » en citant Martin Luther King, a–t–il lancé. Ce rêve, c’était la visite d’un pape en Algérie, à la rencontre de ce peuple auprès duquel notre Église catholique se sait envoyée et avec lequel elle a vie liée et sang mêlé. Ce peuple accueille aujourd’hui en vous un souverain pontife, un fils de saint Augustin, et surtout un frère ».
À propos de ce lieu symbolique, le prélat d’origine française, naturalisé algérien, observait : « Ce peuple est à l’image du Maqam Echahid, le mémorial des Martyrs : il est fier comme ce monument qui s’élève dans le ciel d’Alger et, en même temps, il est chargé du poids d’une histoire douloureuse et blessée sur laquelle manque encore une vraie demande de pardon ».
Un peuple « marqué par le sang de ses martyrs aux différentes époques de son histoire, depuis son passé colonial, la guerre d’indépendance et jusqu’à la décennie de violence des années 1990–2000 ».
L’Algérie adopte une loi érigeant la colonisation française en crime
Date de création: 13 avril 2026 18:17
(Agence Ecofin) – Les relations entre la France et l’Algérie oscillent entre rapprochements diplomatiques et fortes tensions, héritées d’un passé colonial douloureux. Malgré des tentatives de dialogue, les questions de mémoire, de migration et de géopolitique continuent de fragiliser la coopération bilatérale.
L’Algérie s’apprête à franchir une nouvelle étape dans sa politique mémorielle avec l’adoption d’un projet de loi visant à ériger la colonisation française en crime. Dimanche 12 avril, le Conseil de la nation, la chambre haute du Parlement, a entériné ce texte, qui qualifie la période de domination française entre 1830 et 1962 de crime.
Présentée comme un instrument de préservation de la mémoire nationale, cette initiative entend également rendre hommage aux sacrifices consentis durant la période coloniale. À l’issue du vote, le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift (photo), a qualifié cette loi de « réponse suprême du peuple algérien à travers ses représentants au colonisateur d’hier », dénonçant des crimes qui « horrifient la mémoire humaine et resteront une malédiction historique hantant les occupants », rapporte Algérie Presse Service.
Le processus législatif s’inscrit dans une dynamique engagée depuis mars 2025, lorsque le président de l’Assemblée populaire nationale (APN), Brahim Boughali, a annoncé la création d’une commission ad hoc chargée de préparer ce texte. Une commission paritaire, réunissant les deux chambres du Parlement, a ensuite affiné ses dispositions, en mettant l’accent sur la précision des termes, la cohérence juridique et l’harmonisation des articles.
L’objectif est de faire passer la reconnaissance des crimes coloniaux d’un registre moral à un cadre juridique et institutionnel clairement établi. La commission a encadré les responsabilités historiques et juridiques de manière à refléter la gravité des violations commises, tout en s’appuyant sur les principes de vérité, d’équité et de préservation des droits, conformément à la position officielle de l’État algérien sur le dossier mémoriel.
Cette loi intervient dans un contexte de relations toujours tendues entre Alger et Paris. Les différends portent notamment sur les questions migratoires, les contentieux historiques et certaines positions diplomatiques, dont le soutien de la France au Maroc sur le Sahara occidental. La mémoire coloniale reste un point de friction majeur. En septembre 2021, le président français Emmanuel Macron avait évoqué une « rente mémorielle » entretenue par le « système politico–militaire » algérien, provoquant une crise diplomatique ayant conduit au rappel de l’ambassadeur d’Algérie à Paris.
La présente initiative s’inscrit dans une dynamique plus large à l’échelle africaine. Elle fait écho à la reconnaissance par l’ONU de l’esclavage africain comme crime contre l’humanité d’une gravité extrême, adoptée en mars dans une démarche portée par le Ghana et soutenue par notamment l’Algérie.
Ingrid Haffiny
Edité par M.F. Vahid Codjia
Rescapée d’un attentat, installée à Bab el–Oued… : sœur Lourdes, l’amie à qui le pape rend visite à Alger
13 avril 2026
«C’est un ami, un frère», dit de lui Lourdes, quand elle évoque le pape. En milieu d’après–midi, ce lundi 13 avril, Léon XIV rendra (très rapidement) visite à la religieuse augustine et à sa petite communauté. Dans le quartier très populaire de Bab el–Oued à Alger, celles–ci organisent du soutien scolaire et animent un centre de formation en artisanat pour les femmes qui trouvent, selon Lourdes, aussi un «espace pour se rencontrer entre elles». «Les religieuses font un travail formidable, appuie un officiel algérien, en aidant ces personnes qui se trouvent dans des situations difficiles.» Robert Francis Prevost (le nom à l’état civil du pontife américain) et la religieuse se connaissent depuis longtemps. Leur rencontre remonte à 2009, lors d’un voyage en Algérie du futur pape. «A l’époque, il était supérieur de l’ordre des Augustins et découvrait le pays. Il avait passé du temps avec nous. Je l’avais emmené à l’hôpital où je travaillais comme infirmière. Il voulait comprendre comment nous étions insérées, comment nous partagions notre vie avec celles des Algériens. Il s’inquiétait que la communauté d’Augustins à Annaba ne soit pas assez proche de la population», raconte–t–elle. Celle–ci correspond toujours, par mail, avec Léon XIV qui a, semble–t–il, gardé la même adresse électronique. Leur dernier message remonte au lendemain du lundi de Pâques. «Il m’a répondu très rapidement», explique l’amie du pape.
Du voyage historique de Léon XIV en Algérie, Lourdes dit que c’est une bénédiction, que «les habitants du quartier de Bal el–Oued sont enthousiastes». Comme la plupart des Algériens. «Grâce à vous et la visite du pape, notre quartier est tellement propre, tellement beau qu’il devrait venir tous les jours ; c’est ce qu’ils nous disent», raconte la religieuse. Lourdes, elle, est très heureuse qu’un peuple musulman se soit mis en quatre pour accueillir le pape catholique, preuve d’un respect et d’un lien qui transcendent les crispations identitaires parfois meurtrières du moment. A 77 ans, Lourdes, de nationalité espagnole (elle a gardé son accent), espère finir ses jours en Algérie, son pays d’adoption et de cœur. Envoyée par sa congrégation, elle a vécu un demi–siècle dans le pays, s’est formée au métier d’infirmière, l’a longtemps exercé, notamment à l’hôpital Maillot, l’ancien hôpital militaire français. Cette femme chaleureuse pourrait être le symbole d’une génération de religieux catholiques qui ont fait le choix de vivre en terre d’islam. Mais sans volonté manifeste de convertir. Pour décrire ce qu’elle vit, Lourdes convoque les mots d’amitié et de fraternité.
«Je n’ai jamais eu peur»
Même pendant les périodes très difficiles… Comme ce fut le cas pendant la décennie noire, la guerre civile qui a ensanglanté l’Algérie de 1992 à 2002. Comme la plupart des religieux catholiques (ce fut le cas des moines de Tibhirine) les religieuses augustines avaient décidé de rester après en avoir discuté collectivement avec leur supérieure. Par solidarité avec le peuple algérien. Le 23 octobre 1994, elles sortent de chez elles, marchent dans la rue pour se rendre, à leur habitude, à la messe chez d’autres religieuses, des voisines «J’avais proposé que nous ne marchions pas toutes ensemble mais deux pour deux pour limiter les risques, raconte Lourdes. Ester et Caritad étaient parties en tête. Puis, nous avons entendu les coups de feu.» La première est tuée sur le coup, la seconde meurt quelques heures plus tard. Pendant la guerre civile, 19 religieux catholiques ont été assassinés par les islamistes. Ils ont été béatifiés en 2018. La visite du pape à Bab el–Oued est un discret hommage à leur engagement. Envisagé un bref temps, un déplacement du pape au monastère de Tibhirine a paru trop compliqué à organiser. Son voyage en Algérie coïncide pourtant avec le trentième anniversaire de l’enlèvement des moines.
Après l’attentat d’octobre 1994, Lourdes voulait rester en Algérie. «Je n’ai jamais eu peur, jamais», dit–elle. Sa congrégation religieuse exige cependant qu’elle rentre en Espagne. Elle passe sept ans hors d’Algérie, dans son pays natal et à Rome, reprend des études, s’occupe des toxicomanes. «Je ne connaissais plus les jeunes espagnols», dit–elle. Et revient en Algérie : «Pour être des signes de réconciliation, témoigner qu’on peut pardonner et encore vivre ensemble.»
Adlène Meddi, écrivain : “La visite du pape en Algérie est un message à la fois spirituel et politique”
Propos recueillis par Hassina Mechaï
13 avril 2026
Après la Turquie en novembre 2025, et le Liban au début de décembre, le pape visitera l’Algérie du 13 au 15 avril prochain. La presse algérienne décrit un programme bien rempli, avec une étape presque obligatoire au Maqam Echahid, monument aux morts de la guerre d’indépendance, à Alger. Lui–même chef d’État, Léon XIV rencontrera le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, tout comme les représentants institutionnels, diplomatiques et de la société civile. Le programme prévoit également une dimension œcuménique, avec une visite à la grande mosquée d’Alger et à la basilique Notre–Dame–d’Afrique, lieu emblématique de la présence chrétienne en Algérie, ainsi qu’au centre d’accueil des sœurs missionnaires augustiniennes à Bab El–Oued. Le pape partira ensuite sur les traces de saint Augustin, dont il se réclame, à Annaba, ex–Hippone. Courrier International s’est entretenu avec Adlène Meddi, écrivain et journaliste, ancien rédacteur en chef du journal El–Watan, au sujet de la venue du souverain pontife.
COURRIER INTERNATIONAL : Que signifie cette visite du pape pour l’Algérie, symboliquement et politiquement, dans un contexte international tendu ?
ADLÈNE MEDDI : Cette visite intervient effectivement dans un contexte très compliqué. Il s’agit là de la première visite d’un pape en Algérie. Le pape François devait déjà se rendre en Algérie en décembre 2018, pour la béatification des 19 martyrs catholiques assassinés en Algérie entre 1994 et 1996, durant la décennie noire. Il s’agissait de la toute première béatification en terre musulmane. Mais cette visite de François ne s’est pas faite pour des raisons techniques et protocolaires.
Depuis son élection, le pape Léon XIV a formulé le vœu de se rendre sur les terres de saint Augustin. Il était déjà venu en Algérie, au début des années 2000, afin d’assister au premier colloque sur saint Augustin en tant que responsable de l’ordre des Augustiniens au sein du Vatican. Cette visite relève de cette double vision, religieuse ou spirituelle d’abord, puisqu’il s’agit de rendre hommage à la figure de l’Église qu’est saint Augustin. Une figure nord–africaine qui symbolise une sorte de pont entre deux mondes, chrétien et musulman. Cet aspect de la visite papale est très important.
L’autre dimension est bien sûr politique, puisque le pape est aussi un chef d’État. Sa tournée africaine est très politique parce qu’il visite l’Algérie, qui est un grand pays stratégique nord–africain et un pays musulman. Il visitera aussi la Guinée équatoriale, l’Angola et le Cameroun, des pays où il y a des tensions politiques et communautaires. On perçoit ainsi une sorte de nouveau déploiement diplomatique du Vatican, qui, tout en encourageant une diplomatie discrète, non alignée sur les autres grandes puissances actuelles, tente de s’inscrire dans une autre temporalité, dans les enjeux actuels d’un continent qui est au carrefour de beaucoup d’enjeux. On perçoit alors une diplomatie papale qui mêle équilibre et refus de la brutalité et du canon.
La visite interviendra peu après la pâque chrétienne [5 avril] et la pâque juive [9 avril]. Je ne serais pas étonné que le pape appelle à la paix et qu’il dénonce la brutalisation des relations internationales, même de manière indirecte.
L’archevêque d’Alger, Jean–Paul Vesco, a–t–il joué un rôle important dans cette visite ?
Oui, effectivement, l’archevêque d’Alger a toujours milité pour qu’il y ait une visite du pape. Il a d’ailleurs récemment été fait cardinal, ce qui est une mesure assez exceptionnelle parce que l’Église algérienne reste une petite église. Jean–Paul Vesco a d’ailleurs été naturalisé algérien par les autorités algériennes, comme son illustre prédécesseur, Mgr Duval. Il semblait important pour le pape que le message de paix soit diffusé dans des pays où il n’y a pas une importante communauté chrétienne. Le plus important n’est pas le nombre de catholiques en Algérie, mais le fait que cette communauté vive et évolue à l’intérieur même d’une société autre.
Le pape visitera Alger et ensuite Annaba, l’ancienne Hippone, ville de saint Augustin. Une messe et diverses visites sont prévues. Quel est le signal politique envoyé par ce programme qui a sans doute été organisé en accord avec le Vatican ?
Il y a toujours, dans les visites papales, ce double aspect qui est très intéressant à observer. Le pape–chef d’État sera reçu par le président algérien, Abdelmadjid Tebboune. Il se rendra au mémorial du Martyr, comme tous les chefs d’État qui viennent en Algérie pour rendre hommage au sacrifice des Algériens durant la guerre d’indépendance. Est prévue aussi une rencontre avec la société civile et des officiels algériens à la grande mosquée d’Alger.
L’étape à Annaba sera une étape très importante pour le pape lui–même, parce que symboliquement, il s’agit pour lui de revenir sur les terres de saint Augustin, dont il se réclame comme guide et inspirateur spirituel. Est prévue aussi une visite auprès d’une association de bienfaisance chrétienne locale. Il s’agit là de souligner le rôle caritatif actif de l’Église d’Algérie, en interaction avec la société algérienne.
Toutes ces étapes soulignent le creuset algérien et la concrétisation d’un apaisement et d’un dialogue entre musulmans et chrétiens dans un contexte international tendu. Ce sont des messages à la fois politiques et spirituels qui se chevauchent.
Précisément, comment se situe l’Église catholique dans un pays musulman où les chrétiens sont par définition minoritaires ?
La spécificité de l’Église catholique en Algérie est qu’elle est une Église algérienne. Sur le plan juridique, elle est une association selon la loi algérienne. Sur le plan historique, c’est une église qui, depuis Mgr Duval et la guerre d’indépendance, a aussi été du côté des Algériens dans leur lutte contre la colonisation. Cette église a donc été adoptée par l’Algérie, au–delà du simple domaine religieux.
Notre–Dame–d’Afrique à Alger, sur les hauteurs de Bab El–Oued, est d’ailleurs fréquentée aussi bien par les musulmans que par les chrétiens, comme la basilique Saint–Augustin à Annaba. Cela prouve qu’il n’y a pas de séparation religieuse mais une présence spirituelle et humaine persistante. La présence chrétienne en Algérie est un témoignage de fraternité, avant même d’être le témoignage de l’existence d’une communauté religieuse minoritaire.
L’accent a été mis sur le dialogue religieux, alors même que l’Algérie a pu être accusée, notamment en France par l’extrême droite, de persécutions envers sa minorité chrétienne, surtout protestante, notamment très présente en Kabylie…
Il est vrai que l’extrême droite en France multiplie ces accusations. Mais on retrouve les mêmes accusations du côté des extrémistes évangéliques aux États–Unis. La question des évangéliques en Algérie est certes une question de liberté religieuse, mais elle est aussi, pour les autorités algériennes, une question de sécurité et de lutte contre toute forme de séparatisme.
L’Église protestante d’Algérie existe officiellement mais elle reste régie par la loi algérienne, comme l’Église catholique. Ou encore comme la communauté juive en Algérie, qui, en lien avec les autorités algériennes, coordonne la préservation des cimetières juifs, qui sont un patrimoine algérien très important dans notre histoire.
Donc oui, il y a eu des problèmes de fermetures de lieux de culte, parce qu’en Algérie il y a une loi qui encadre la pratique du culte non musulman, et souvent les sectes évangéliques outrepassent cette loi. Cela crée des frictions avec les autorités, qui sont plus d’ordre légal que religieux.
L’Algérie est une terre où ont vécu les trois monothéismes – juif, chrétien et musulman. Est–ce là un aspect qu’à l’avenir l’Algérie pourrait mettre en avant, à l’occasion notamment de cette visite papale ?
Il est intéressant de noter que, dans la sphère arabophone, qui est beaucoup plus conservatrice, on observe une véritable appétence pour la visite. Ces écrits en langue arabe soulignent que nous avons un patrimoine chrétien qui peut devenir une sorte de pôle culturel, et même pourquoi pas des pôles touristiques. Il s’agit pour ces cercles de parler du pays autrement que sous le prisme de l’extrémisme.
J’ai également questionné des Algériens de différents âges sur cette visite. Tous me disent que cette visite doit aussi être un témoignage pour indiquer qu’il n’y a pas de problème religieux et qu’“avec nos frères chrétiens on a toujours vécu ensemble”.
Cette possibilité de fraternité a toujours existé dans l’histoire algérienne, avec ses soubresauts, ses violences, ses malentendus, et ses moments d’intolérance.
Réclamé par l’Algérie, le canon Baba Merzoug, solidement ancré à Brest, va–t–il retrouver son pays d’origine ?
Le 13 avril 2026 à 06h00
Alors que l’Assemblée nationale discute, ce lundi, du projet de loi permettant le retour d’œuvres spoliées pendant la colonisation dans leur pays d’origine, cela ne devrait pas concerner le Baba Merzoug, ce canon, bien ancré à Brest, que veut pourtant récupérer l’Algérie.
Le canon Baba Merzoug, qui trône, depuis 1833, au milieu de l’arsenal de Brest, est réclamé par l’Algérie, son pays d’origine. (Photo d’archives Eugène Le Droff/Le Télégramme)
Droit comme un piquet, ce canon, appelé par les Algériens « Baba Merzoug » (« père fortuné » en arabe), a été rebaptisé par les Français du nom de « La Consulaire ». Depuis 1833, la pièce d’artillerie se dresse au milieu de l’arsenal de Brest mais des Algériens souhaitent qu’elle revienne au pays.
Visiblement d’origine ottomane, le canon a servi aux campagnes militaires du Sultan Sélim 1er, entre 1512 et 1520. Conçu en bronze et pesant treize tonnes, ce basilic de six mètres de long a une portée de près de cinq kilomètres.
C’est en 1830 que l’Amiral Duperré en a pris possession, lors de l’assaut d’Alger, une attaque marquant le début de la colonisation.
En poste à Brest, l’amiral a alors ramené Baba Merzoug dans la cité du Ponant, en juillet 1833. Et pour immortaliser cette prise tricolore, un coq a été soudé sur la bouche du canon…
L'église de Saint Augustin Bône par Gilbert Galland (1870–1956).
La presse francophone salue l’arrivée de Léon XIV en Algérie
Vatican News
13 avril 2026
«El Moudjahid» et «Le Soir» consacrent une large place dans leur édition de ce lundi 13 avril à la visite du Pape Léon XIV dans le pays, présentant l’invité venu de Rome en pleine page en Une. Les deux grands journaux francophones d’Algérie proposent une couverture médiatique résolument enthousiaste, note un de nos envoyés à Alger.
Stefan von Kempis – Alger
«La planète braquée sur l’Algérie» titre El Moudjahid, qui consacre les dix premières pages de son édition du lundi 13 avril à la visite du Pape. «Cette visite constitue une formidable vitrine pour le pays, permettant de lever bien des réticences et de dissiper certaines perceptions négatives extérieures», peut–on lire dans un éditorial. Le journal rapporte une déclaration de la Ligue des Oulémas, Prêcheurs et Imams du Sahel, qui voit dans le voyage du Pape «une expression de la tolérance qui élève l’humanité», ainsi qu’une déclaration de Mabrouk Zaid El–Kheir, président du Haut Conseil Islamique (HCI), qui attribue à la visite «une profonde dimension humanitaire», «car elle constitue une occasion de réaffirmer la nécessité de soutenir les opprimés, de se tenir aux côtés des peuples vulnérables et de défendre les valeurs de justice dans le monde entier».
Le chef de cabinet du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs, Mohand Azoug, souligne dans El Moudjahid que le fait de qualifier la visite du Pape de «visite d’État» n’a pas seulement une valeur symbolique; cela souligne également «la dimension historique de ce déplacement». L’islam en Algérie serait tolérant et soucieux d’une coexistence pacifique; en même temps, l’Algérie est un pionnier dans la lutte contre l’extrémisme, une allusion à la sombre décennie de la guerre civile algérienne dans les années 1990. L’intellectuel et islamologue Mustapha Cherif affirme que «le concept du dialogue interreligieux n’est pas étranger aux Algériens, ni à l’islam».
À la rencontre des Algériens
L’archevêque d’Alger s’exprime également dans une interview. Il souligne que Léon XIV ne se rend pas en Algérie uniquement par admiration pour saint Augustin, mais aussi pour rencontrer les Algériens d’aujourd’hui, «et c’est pour moi le plus important». Le cardinal Jean–Paul Vesco félicite les autorités pour leur engagement dans la préparation de la visite et déclare: «Le Pape n’a rien à vendre, ni à acheter, et c’est pour cela qu’on s’attend à une belle rencontre avec les Algériens». Léon XIV incarne un message de paix et de réconciliation. «Et ce sera différent de les porter depuis l’Algérie que depuis Rome.»
D’autres articles d’El Moudjahid présentent la basilique Notre–Dame d’Afrique à Alger et traitent en détails de saint Augustin. Ils soulignent que celui–ci n’était pas seulement un religieux: «C’est avant tout un grand penseur ayant marqué son époque et les époques ultérieures, un philosophe et un rhéteur hors pair». L’appropriation de saint Augustin par l’Algérie prend ici des tournures intéressantes. Un guide touristique sur l’ancienne Madaure est cité avec cette remarque: «Il y a une fausse appréciation sur Augustin. Beaucoup pensent qu’il est redevable à l’Église romaine alors qu’au contraire, c’est l’Église romaine qui lui est redevable».
Une célébration planétaire
«Le Pays de Saint Augustin accueille le Pape», titre Le Soir qui consacre deux pages et demie à la visite du Souverain pontife dans ses pages intérieures. Le journal présente le programme du Pape et souligne surtout la vocation de l’Algérie à être un lieu d’un dialogue interreligieux fructueux. Une chronique intitulée Vox populi estime que Léon XIV ne souhaite pas rouvrir de vieilles blessures ni susciter de débats en Algérie. Il s’agit plutôt pour lui d’offrir un moment de répit. «Une pause dans le tumulte des interprétations, une invitation à regarder au–delà des divisions». Une telle pause rappelle «que les peuples, lorsqu’ils s’écoutent vraiment, trouvent toujours des chemins que la politique seule ne peut tracer». Dans le pays de saint Augustin, ce penseur tourné vers l’universel, le dialogue entre les différentes religions n’est «pas une posture», mais «une réalité ancienne, parfois discrète, souvent profonde».
Les deux journaux rapportent également les propos du recteur de la Grande Mosquée de Paris. Chems–Eddine Hafiz parle d’un «puissant message d’espoir et de fraternité… d’une portée symbolique immense». Cela permettrait ainsi de reconnaître la «place singulière» qu’occupe l’Algérie au sein de la communauté internationale. «Cette visite est une célébration de notre humanité commune», déclare le recteur, représentant de la communauté algérienne vivant en France, l’ancienne puissance coloniale. «Toute lecture strictement religieuse» du voyage du Pape «serait réductrice». Il s’agit d’un «événement planétaire suivi en direct par des centaines de millions, voire des milliards de fidèles et d’observateurs à travers le monde». En déroulant le tapis rouge au Pape, l’Algérie se révèle comme un «lieu de médiation, de stabilité et de dialogue dans un monde fragmenté». Le «message subtil» serait: «Un pays qui, fort de son histoire et de sa souveraineté, n’a pas peur de la rencontre».
Œuvres pillées durant la colonisation en Afrique : les députés adoptent un projet de loi sur les restitutions
Le Figaro avec AFP
13 avril 2026
Annoncé de longue date et plusieurs fois repoussé, le texte concrétise une promesse du président français Emmanuel Macron en 2017.
Les députés ont adopté lundi soir à l'unanimité un projet de loi très attendu en Afrique pour faciliter les restitutions d'œuvres pillées durant la colonisation. Annoncé de longue date et plusieurs fois repoussé, le texte concrétise une promesse du président français Emmanuel Macron en 2017, lors d'un discours à la jeunesse africaine à Ouagadougou, au Burkina Faso.
Le projet de loi adopté par 170 voix, doit désormais faire l'objet d'un accord entre députés et sénateurs qui déboucherait sur son adoption définitive par le Parlement.
le CRIF Conseil Représentatif de l’Islam en France
La rédaction de Mediapart
Billet de blog 13 avril 2026
Imaginez !
Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.
Imaginez !
Imaginez un député français d'origine algérienne et de confession musulmane qui soumettrait au vote de l'Assemblée nationale une proposition de loi visant à délictualiser toute critique à l'encontre de l'Algérie en l'assimilant à de l'algérianophobie ou à de l'islamophobie
Que ne dirait–on pas ?
imaginez une association de Français d'origine algérienne et de confession musulmane qui n'aurait de cesse que de défendre les intérêts d'une puissance étrangère , en l'occurrence l'Algérie que ne dirait–on pas ?
imaginez cette même association qui profiterait de toutes les occasions possibles et imaginables et même en dehors de toute occasion pour déployer sur toutes les mosquées de France le drapeau de l'Algérie que ne dirait–on pas ?
Ne serait–ce pas un cauchemar ?
Léon XIV en Algérie : « Nous ne pouvons pas ajouter du ressentiment au ressentiment, génération après génération »
Le Monde
13 avril 2026
Dès son arrivée en Algérie, le souverain pontife a appelé lundi 13 avril au « pardon » devant le Mémorial du martyr d’Alger, où sont honorés les morts de la guerre d’indépendance contre la France (1954–1962).
« Le véritable combat pour la libération ne sera définitivement gagné que lorsque la paix dans nos cœurs sera enfin atteinte. » Le pape a entamé sa tournée africaine en Algérie lundi 13 avril par un appel au « pardon ». « Je sais combien il est difficile de pardonner », a admis Léon XIV devant le Mémorial du martyr d’Alger, où sont honorés les morts de la guerre d’indépendance contre la France (1954–1962).
Léon XIV a déposé une gerbe de roses blanches devant le monument avant de s’y recueillir en silence quelques instants. « En ce lieu, rappelons–nous que Dieu souhaite la paix pour toutes les nations », a–t–il déclaré en anglais, estimant que la « paix qui permet d’envisager l’avenir avec un esprit réconcilié n’est possible que par le pardon ».
Le discours du pape intervient alors que les relations entre la France et l’Algérie traversent une période particulièrement tendue. Ces derniers mois ont été marqués par une série d’incidents diplomatiques, dont des renvois de représentants officiels de part et d’autre, l’interpellation en France d’un agent consulaire, mais aussi plusieurs affaires sensibles côté algérien, comme l’arrestation de l’écrivain franco–algérien Boualem Sansal (relâché fin 2025) ou encore la détention du journaliste français Christophe Gleizes depuis juin 2025.
Les dessins du jour
Arrêts de travail : l’Etat s’attaque aux abus
Printemps chargé pour Lecornu
À force d'invectives politiques, entre le Saint–Siège et Washington, la rupture sera bientôt consommée. Ces derniers jours une enquête de la presse américaine a laché le coup de grâce : en janvier dernier, lors d'une réunion entre plusieurs généraux trumpistes et le représentant du pape, l'administration américaine aurait menacé de rapatrier Léon XIV sur le sol américain... comme à Avignon, au XIVe siècle.
La brigade financière anticorruption s'intéresse aux contrats passés avec la société d'événementiel Shortcut Events, qui a organisé toutes les cérémonies d'entrées au Panthéon de 2002 jusqu'à 2024.