Sa gentillesse et son hospitalité suffiraient à lui valoir une décoration. Mais c'est pour son engagement au sein de l'Association nationale des anciens supplétifs rapatriés d'Algérie (Anasra) que Michèle Rebaï est honorée.
La cause des harkis, elle l'a embrassée en même temps qu'elle rencontrait son mari, Alaoua.
On était à Cognac, en 1966. Il sortait d'un camp de harkis, elle était lycéenne. Pour Alaoua, après le temps de la guerre, vient le temps de l'amour, en paix. Mariage. Le couple vit alors cinq ans chez les beaux-parents de Michèle. Laborantine chez Otor-Godard, Michèle la petite Cognaçaise apprend l'arabe auprès de sa belle-famille. « Comme on vivait ensemble, je m'y suis intéressée, pour comprendre ce qui se disait.» Alaoua la taquine: « Pour savoir ce que ma mère disait d'elle surtout.» Éclats de rire dans le salon de la maison. Elle apprend la langue et s'ouvre ainsi les portes d'un engagement associatif fort. Dans les années 70 - «Je ne me souviens pas exactement de l'année, mais c'est monsieur De Rémond qui était maire» -, elle donne des cours d'alphabétisation aux femmes et filles de harkis. À Cognac, Niort, Angoulême.
Légionnaire comme son mari
Alors qu'Alaoua se bat pour que le préjudice subi par les supplétifs soit reconnu, Michèle, elle, épaule leurs femmes et leurs filles. Déléguée régionale à la condition féminine au sein de l'Anasra, elle participe à de nombreux colloques, séminaires, réunions... Mais c'est sur le terrain, pour régler un litige, faire aboutir un dossier administratif, trouver un travail ou une aide financière qu'elle se distingue. Ou tout simplement pour écouter, apporter un peu de chaleur. « Parfois, alors que je suis déléguée à la condition féminine, ce sont les hommes qui me soumettent leurs problèmes. Ils savent que je suis plus patiente que mon mari.»
Déjà décorée de l'ordre national du Mérite, Michèle Rebaï entre désormais dans le bataillon des légionnaires. Comme son mari.
Aider, épauler, soutenir mais aussi se battre pour les harkis et leurs enfants, c'est le fil conducteur de la vie de Michèle Rebaï depuis près de quarante ans. Quatre décennies d'engagement qui lui valent une médaille et un plaisir fou. « Surtout que je ne sais même pas qui a demandé que l'on m'accorde cette médaille.» Les regards se tournent vers son époux: « Ce n'est pas moi.» Michèle Rebaï: « Alors quand j'ai reçu la lettre, ça a été une vraie surprise.» |