- Revue de presse N° 48
- 2017 - {2003- 2018 - 15ème année}
- Articles du 17 février 2018

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Femmes, armée et éducation dans la guerre d’Algérie

L’expérience du service de formation des jeunes en Algérie
Ce livre offre un autre regard sur la guerre d’Algérie en présentant l’histoire du service de formation des jeunes en Algérie (SFJA), créé en 1958. Organisme hybride, civil et militaire, son rôle était de prendre en charge l’instruction générale et préprofessionnelle des jeunes non alphabétisés. Le SFJA a été une expérience inédite dans un contexte de contre-insurrection. Pour ce faire, ses équipes de monitrices furent parmi les premières femmes envoyées en zone opérationnelle pour travailler au contact entre civils et militaires. Le livre articule l’histoire du SFJA à une biographie collective des ex-monitrices sous la forme d’un récit choral.
Avec le soutien de l’Association nationale SFJA et de l’ANR.

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Luc Capdevila
Domaine : Histoire | Histoire contemporaine
Collection : Histoire
Format : 15,5 x 24 cm
Nombre de pages : 240 p.
Illustrations : N & B
ISBN : 978-2-7535-5911-0
Prix : 22,00 €

  • L’école, l’armée et la jeunesse en Algérie avant mai 1958
  • Projet et création du SFJA : des jeunes et des femmes entre stratégie contre-insurrectionnelle et projet de développement
  • Les monitrices du service de formation des jeunes en Algérie : femmes, guerre et engagement en Algérie, 1959-1962
  • Le SFJA en action : instruire, former, convaincre, 1959-1962
  • Être monitrice du SFJA : activités, trajectoires, ressentis
  • Les derniers mois du SFJA

Luc Capdevila
2017
Presses universitaires de Rennes www.pur-editions.fr


CE LIVRE sur l’histoire du service de formation des jeunes en Algérie (SFJA) est le fruit d’une recherche collaborative menée avec l’Asso­ciation nationale-SJFA. Le SFJA a été conçu en 1958 à la suite de la crise du 13 mai. Si à l’origine son objectif était d’encadrer les adolescents non scolarisés dans le cadre de la contre-insurrection, à la suite du discours de Constantine ses missions furent élargies pour en faire un des acteurs de la généralisation de la scolarisation en Algérie, le SFJA intervenant là où l’Édu­cation nationale n’était pas présente. Organisme hybride, civil et militaire, son rôle était de prendre en charge l’instruction générale et préprofession­nelle des jeunes non alphabétisés. Le SFJA a été une expérience inédite d’une politique menée au titre de la jeunesse dans un contexte de contre-insurrection, la volonté des pouvoirs publics étant de lui faire porter un discours en faveur de « l’Algérie nouvelle » puis de « l’association ». Pour ce faire des équipes mixtes de monitrices (« européennes » et « musulmanes » selon les termes de l’époque) furent organisées pour travailler avec les filles et les femmes afin de les instruire et de faire passer ce message d’intégration. Les monitrices du SFJA sont parmi les premières femmes envoyées par l’armée en zone opérationnelle pour travailler au contact entre civils et militaires, à l’image des « unités de mission féminine » créées en 2009 par les États-Unis pour intervenir en Irak et en Afghanistan. En effet, cette histoire méconnue inspire aujourd’hui les stratèges. Pour réaliser cette recherche, les archives civiles et militaires ont été confrontées à l’expérience des témoins. Le livre propose ainsi une écriture origi­nale articulant l’histoire du SFJA à une biographie collective des ex-monitrices sous la forme d’un récit choral, permettant de connaître au plus près les formes prises par cette politique de la jeunesse, pour les filles et les garçons, dans le contexte de la fin de la guerre d’Algérie.

Femmes, armée et éducation dans la guerre d'Algérie - Luc Capdevila

ISBN 978-2-7535-5911-0 — Presses universitaires de Rennes, 2017, www.pur-editions.fr

Introduction

africaine » d’origine arabe ou berbère (FSNA) — elles étaient dénommées « Françaises musulmanes » entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 1958 —, et les Françaises nées en Algérie dites « de souche européenne » (FSE), auxquelles s’ajoutaient les métropolitaines.

 

Illustration 1. — Monitrices stagiaires de la deuxième promotion du CEMJA de Nantes, voyage à Paris, janvier 1960 (fonds AN-SFJA, collection particulière Françoise Straëbler Marco).


Nous avons longtemps hésité sur la terminologie à employer pour désigner les acteurs 19. Dans le contexte de la guerre de décolonisation les dénominations de « Français » et d’« Algériens » correspondent sans conteste au sens de l’histoire. Mais au cours de la période qui précède l’indépendance le ressenti et le perçu des populations est beaucoup plus complexe. Ils se déclinent dans l’inertie de la société coloniale et des représentations brouil­lées de l’avenir, selon la position que les uns et les autres adoptent dans le conflit, tout en étant rattachés à des sentiments d’appartenance communau­taire : Algériens, Juifs algériens 20, Français musulmans, Français d’Algérie, Français, « Européens », « Métro. »..., ces catégories plurielles sont autant d’identités intériorisées et de dénominations performatives qui participent à la trajectoire de tous ces individus en situation coloniale. Sur le terrain,
Cf. R. Branche, « Malaise dans les catégories », dans La Guerre d’Algérie : une histoire apaisée?, Paris, Le Seuil, 2005, p. 349-384. Consulter également, B. Stora, Les mots de la guerre d’Algérie, Toulouse, Presses du Mirail, 2005.


P.-J. Le Foll-Luciani, Les juifs algériens dans la lutte anticoloniale. Trajectoires dissidentes (1934­1965), Rennes, PUR, 2015.

l’organisation du SFJA reposait sur la prise en considération et l’institution­nalisation de ces catégories coloniales. Les ignorer conduirait à des pertes de sens et engendrerait des confusions. Finalement, nous avons choisi comme dispositif d’écriture d’en rester aux catégories coloniales utilisées par l’admi­nistration française et les acteurs à la fin de la guerre, ce qui permet d’éviter les anachronismes et ouvre sur la logique des représentations du passé.
Le service de formation des jeunes en Algérie est certainement une expérience unique menée par les pouvoirs publics, civil et militaire, sur un territoire en état de guerre, au titre d’une action dite de « pacification ». Entre 1958 et 1962 des ressources considérables ont été mobilisées, princi­palement par l’armée française, qu’elles soient financières, organisation­nelles, humaines, en matière de logistique et d’équipement, pour prendre en charge les enfants et les adolescents là où l’Éducation nationale n’inter­venait pas en raison d’une situation héritée, du manque de moyens ou de l’absence de sécurité. Le cœur de cible du SFJA était les « jeunes » des deux sexes. Les « jeunes », c’était les enfants et les adolescents « musulmans » non scolarisés et/ou sans emploi, le plus souvent non francophones, les plus susceptibles d’être attirés ou captés par le FLN en Algérie. Un peu plus de quatre cents monitrices ont été recrutées et formées pour s’occu­per spécifiquement des fillettes et des jeunes filles. Ces dernières reçurent la mission conjointe de travailler avec les femmes, afin de les amener à « adopter... la solution la plus française du problème algérien », selon les consignes de la hiérarchie militaire 21. Mais si l’initiative d’un service central de la jeunesse en Algérie revenait aux militaires, dès sa mise en œuvre la collaboration avec l’Éducation nationale a été actée, jusqu’à ce qu’une partie des locaux et du personnel du SFJA lui soit transférée à partir de l’automne 1961 et que sa dissolution soit décidée en juin 1962. Par la suite, les institutions de l’Algérie indépendante ont récupéré des bâtiments et intégré des personnels.
Ainsi, dans « la guerre sans nom » l’institution militaire a été amenée à inventer un rôle particulier pour le personnel féminin en zone de guerre — à la différence des pratiques antérieures consistant à recruter des femmes pour des tâches d’auxiliaires selon l’idée qu’elles permettaient de « libérer » des hommes pour le combat. Mais le SFJA marque aussi un engagement fort des pouvoirs publics en faisant de la formation de la jeunesse une priorité politique dans le contexte de crise de la décolonisation, et en créant de toutes pièces cet organisme pour son exécution. Il s’agissait également d’une réalisation inscrite dans les préoccupations des années 1950, à un moment où s’était affirmée en métropole la volonté de penser « une politique de la jeunesse 22 ».

             Service historique de la Défense (SHD), 1H2461, dossier 1, Commandement en chef des forces en Algérie, 3e bureau section « Problèmes humains », Action sur les milieux féminins en Algérie, Instructions pour la pacification en Algérie n° 4250, 10 décembre 1959. Approuvé par le général Challe commandant en chef des forces en Algérie le 27 mars 1960.


La délinquance juvénile participait des anxiétés collectives de l’après Seconde Guerre mondiale, l’émergence d’une expertise de la jeunesse s’est alors imposée. C’est avec Pierre Mendes France que la création d’un ministère dédié fut décidée, elle fut concrétisée dans un premier temps, en 1955, avec l’organisation d’un haut-comité à la jeunesse. Logiquement, en Algérie, la « subversion » juvénile, cette fois, devint un objet de préoc­cupation publique. Situé dans le contexte de l’année 1958 — entre la crise du 13 mai et le discours de Constantine correspondant au moment d’émer­gence du SFJA —, ce qui intrigue aussi en ce qui concerne les missions de cet organisme conçu dans le sillage de la « pacification », c’est de vérifier le projet de transformation profonde de la jeunesse nord africaine qu’il porte, au-delà de sa seule formation.
Le SFJA compte ainsi parmi les expériences mémorables du passé, permettant d’informer et d’outiller les sociétés postérieures. Pourtant, en dehors des acteurs, le souvenir du SFJA n’a laissé que peu de traces dans la mémoire collective et quelques rares occurrences dans l’historiographie. Il peut paraître surprenant que les études récentes consacrées aux femmes et à l’enjeu stratégique féminin dans la guerre d’Algérie, dans lesquelles sont développés des passages entiers consacrés aux EMSI, aux ASSRA et au mouvement de solidarité féminine de mesdames Massu et Salan, n’aient pas connaissance des monitrices du SFJA 23. Seule Élodie Jauneau évoque la création du corps des monitrices dans sa thèse de doctorat sur le processus de féminisation de l’armée française entre 1938 et 1962 soutenue en 2011 à l’université Paris 7 dans le chapitre concernant la guerre d’Algérie, à la suite du développement consacré aux EMSI et aux ASSRA24. De même, les travaux sur la jeunesse dans la guerre d’Algérie ignorent l’existence même de cet organisme. Cela étant, quelques mémoires d’officiers ou d’acteurs réservent des développements plus ou moins importants à l’histoire du SFJA dont ils ont été parties prenantes 25, ou en raison du travail de valori­sation des archives auquel ils se consacrent 26.
La méconnaissance du SFJA et des monitrices dans l’historiographie s’explique pour une part en raison du statut hybride de cet organisme.

Si le SFJA a été créé et dirigé par des militaires jusqu’en juin 1962, son administration avait un statut civil


                  L. Bantigny, Le plus bel âge ? Jeunes et jeunesse en France de l’aube des « Trente Glorieuses » à la guerre d’Algérie., Paris, Fayard, 2007.
D. Sambron, Femmes musulmanes : guerre d’Algérie, 1954-1962, Paris, Éd. Autrement, 2007 ; N. MacMaster, Burning the Veil: The Algerian War and the “Emancipation” of Muslim Women, 1954-62, Manchester, Manchester University Press, 2009.
É. Jauneau, La féminisation de l’armée française pendant les guerres (1938-1962), op. cit., p. 348-356, 418.
H. D’Humières, L’Armée française et la jeunesse musulmane : Algérie 1956-1961, Paris, Godefroy de Bouillon, 2002 (les archives départementales du Cantal conservent le fonds H. d’Humières, cote 86 J 7, réunissant une documentation personnelle sur les centres de formation des moniteurs de la jeunesse en Algérie) ; V. Raude, Ma part du Trésor : le parcours de l’un des derniers trésoriers- payeurs généraux, Paris, L’Harmattan, 2014.
M. Faivre, L’action sociale de l’armée en faveur des musulmans : 1830-2006, Paris, L’Harmattan, 2007.


Quant aux monitrices elles souffrent d’un double effet de marginalisation : elles sont femmes dans l’armée et dotées d’un statut civil dans un organisme public dirigé par des militaires, dont l’autorité hiérarchique sur elles demeure confuse. En raison de ces seuls faits, elles n’ont laissé que peu de traces dans les archives publiques. Elles n’apparaissent que rarement dans les fonds militaires du Service historique de la Défense à Vincennes (SHD), car l’armée n’était pas censée les gérer, ni avoir une pleine autorité sur elles. Mais elles sont aussi peu présentes dans les fonds civils des Archives nationales d’outre-mer à Aix-en-Provence (ANOM), car bien que de statut civil le SFJA reste dirigé par des militaires et financé par l’armée. L’identité même du SFJA est brouillée pour les contemporains et les observateurs, voire pour ses propres acteurs ; tantôt il est perçu comme un organisme militaire, tandis qu’à d’autres moments il est considéré comme un service associé aux centres sociaux éducatifs relevant de l’Éducation nationale. Enfin, les changements de statut et le transfert des personnels et des locaux d’une administration à l’autre ont probablement provoqué l’égarement d’une partie des archives.
C’est cette histoire complexe et cette expérience singulière que l’on souhaite retrouver dans le cadre d’une recherche collaborative réalisée avec l’Association nationale-SFJA (AN-SFJA) qui réunit des vétérans du SFJA, ex-monitrices, moniteurs et officiers. L’AN-SFJA a été fondée en 2009, suite à l’obtention, trois ans auparavant, de la carte du combattant par Colette Garcia Arnardi, au titre de son engagement comme monitrice SFJA entre I960 et 1962. Alors présidente de l’association du centre d’infor­mation sur les droits de la femme de Béziers et du Biterrois, elle prit l’ini­tiative de créer l’association dans un souci d’information auprès de ses anciennes collègues. Depuis, les membres de l’association militent aussi pour la mémoire et à ce titre expriment une demande d’histoire sur leur parcours et leur action en Algérie au sein du SFJA. Ce projet d’histoire collaborative est né dans ce cadre et a donné lieu à une présentation au démarrage même de l’enquête, lors de l’assemblée générale annuelle de l’Association nationale-SFJA qui s’est tenue le 10 avril 2014 à la maison de la vie associative à Béziers. L’histoire du SFJA, originale et peu connue, était à entreprendre. D’emblée, l’association, partie prenante de la recherche a ouvert ses archives et fait appel à ses membres pour témoigner et faciliter la fourniture d’éventuels documents personnels. La démarche a été heureuse. Les archives publiques, civiles et militaires, se sont vérifiées muettes ou absentes sur de nombreux points, notamment en ce qui concerne la tâche fondamentale des monitrices dans cette entreprise, et leur propre parcours. Les témoignages ont permis de compenser amplement ces lacunes, tout en réorientant la recherche vers la mémoire, l’expérience, le ressenti des acteurs, et le projet d’écriture d’une biographie collective qui a pris la forme d’un récit choral.

Au-delà de l’évidente confrontation des archives écrites avec les souvenirs des acteurs, la méthode collaborative induit la production du savoir en commun, des membres de l’association se mettant eux-mêmes en situation de recherche, de questionnements et de propositions. Ce fut le cas pour la réalisation des entretiens, une vingtaine au total dont treize ex-monitrices issues de trois promotions. Nous avons conjointement avec Colette Garcia Arnardi sollicité les témoins, préparé ensemble les entrevues et mené à deux un peu plus de la moitié des interviews. Ils ont été souvent réalisés au domicile des ex-monitrices, parfois en présence de l’époux qui avait pu être lui aussi témoin de l’action du SFJA. Quelques ex-monitrices ont souhaité témoigner tout en demandant de rester anonymes. C’est en partie le fruit de l’inertie d’une époque où en Algérie les individus craignaient de parler, surtout lorsque leur trajectoire se détachait de l’histoire dominante. La présence de la présidente et fondatrice de l’Association nationale-SFJA a favorisé d’emblée un contexte d’intimité, et a permis souvent d’aller plus loin dans la quête des souvenirs, en raison de sa propre expérience en Algérie, en raison également du travail d’information qu’elle mène sans relâche au sein de l’association. La démarche collaborative s’est poursuivie dans la mise en œuvre de la recherche, pour la collecte de documents personnels, la participation à des séminaires académiques, la discussion des souvenirs personnels au regard des faits établis dans les archives, puis le projet de publication. D’où, le caractère hybride de ce livre, qui articule une histoire institutionnelle du SFJA conçue à partir des archives publiques, afin de comprendre l’émergence et la trajectoire de cet organisme singulier, et une histoire collective du ressenti, de la mémoire, de l’expérience individuelle rendue possible par la prise de parole des témoins et les archives privées qui ont été confiées.

La conception du livre, l’écriture du texte, le choix des mots ont été discutés avec les témoins, avec Colette Garcia Arnardi en particulier. Ce n’est pas une position évidente pour l’historien habitué à décider seul de sa stratégie d’écriture, mais c’est une méthode adaptée à la construction d’un savoir historique qui nécessite, et n’a de sens, que dans la collaboration avec les acteurs. Cette histoire n’a pas été écrite sous la surveillance des témoins, comme cela a pu être dit il y a quelques années à propos d’une certaine historiographie du très contemporain. Elle a été réalisée dans le cadre d’un partenariat et en confiance avec les témoins. Non seulement les témoins-acteurs ont enrichi le récit historique en permettant au chercheur de varier les points de vue et les approches, mais plus encore, dans le cas présent, elles/ils ont provoqué la recherche et sollicité l’écriture d’un ouvrage scientifique qui sans eux, sans elles, n’aurait eu la moindre chance d’exister.

Aussi nous tenons à remercier chaleureusement les membres et les sympathisants de l’Association nationale-SFJA (AN-SFJA) pour leur confiance et leur amitié, pour nous avoir confié leurs archives personnelles et nous avoir fait partager leurs souvenirs. Un grand merci également aux personnels du Service historique de la Défense (SHD) à Vincennes, de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD) à Ivry-sur-Seine, des Archives nationales d’outre-mer à Aix-en-Provence pour nous avoir aimablement accueilli, renseigné, conseillé avec bienveillance et sans lesquels cette enquête n’aurait pas non plus pu aboutir, à la Fédération nationale André Maginot et au Service central des rapatriés pour avoir soutenu le projet de publication et à Élodie Jauneau qui a favorisé notre rencontre avec l’AN-SFJA. Toute recherche ne peut se faire sans le soutien logistique d’un laboratoire et un environnement scientifique approprié. Nous tenons à remercier au CERHIO (UMR 6258) notre première unité de rattachement qui a permis d’impulser cette recherche Annie Antoine, directrice de l’unité, pour sa confiance et son soutien, Nathalie Blanchard toujours attentive à nous faciliter la tâche, Aurélie Hess et Renan Donnerh pour leurs encouragements et leurs bons conseils, Jimena Obregon Iturra, Christophe Giudicelli, Hélène Harter, Gérard Borras nos complices de la recherche, ainsi que Nicolas Richard chercheur CNRS au CREDA (UMR 7227) et coordonnateur de l’ANR Savoir mécanique dans les sociétés amérindiennes du Chaco et de l’Atacama depuis les années 1950 pour nous avoir associé à son programme et aidé à la publication de cet ouvrage. De même, au sein d’Arènes (UMR 6051), le laboratoire qui nous a accueilli alors que cette enquête était en cours, nous avons trouvé une équipe bienveillante et attentive permettant d’achever cette recherche, merci tout particulièrement à Sylvie Ollitrault, Claude Martin, Marylène Bercegeay, Gilles Richard, Brice Noël et Véronique Gardin à la maison de la recherche (Rennes 2). À l’université Rennes 2, les étudiants de première année du master « Histoire, relations internationales et interculturelles » ont été parmi les premiers à m’aider à exposer les objets de cette recherche, à formuler les hypothèses et à tester la démarche. À l’université d’Angers Michel Nassiet fut également l’un des premiers à nous permettre de présenter une partie des résultats de cette étude dans le séminaire d’histoire, et Yves Denéchère avec lequel nous avons organisé une journée d’études en mars 2016 sur les jeunes dans la guerre d’Algérie nous a aussi beaucoup aidé dans la discussion et en nous communiquant des documents dont il savait qu’ils nous intéresseraient. Nous souhaitons rappeler également combien Vincent Joly par son amitié, ses discussions, ses commentaires nous a été précieux tout au long de cette recherche. Enfin, nous tenons à remercier chaleureusement tout particulièrement Pierre-Jean Le Foll Luciani pour sa grande disponibilité et nous avoir fait profiter de sa lecture attentive, incisive, lumineuse, à chaque étape du manuscrit.

La présence de femmes militarisées en zone de guerre apparaît souvent aux yeux des observateurs comme un phénomène étrange, rare, inattendu. Les innombrables clichés immortalisant la participation des soldaderas à la révolution mexicaine dans les années 1910, les cartouchières croisées sur le torse, lui ont donné une coloration exotique, voire folklorique. De même, en fixant sur le papier des miliciennes en marche dans les rues de Madrid ou de Barcelone à la suite du coup d’État contre la république espagnole en juillet 1936, les reporters photographes mirent en image une dimension transgressive, voire subversive de la mobilisation antifasciste. L’exceptionnalité supposée de leur engagement, induit parfois l’élévation de ces femmes armées en icône de la mobilisation collective. Ainsi la jeune paysanne de Waswalito au sourire rayonnant le fusil à l’épaule, donnant le sein à son nouveau-né, photographiée en 1984 par Orlando Valenzuela, incarna le Nicaragua en révolution par voie d’affiches et de tracts à travers le monde.

Dans les années 2000, les médias ont mis en lumière les femmes soldats des forces coalisées et de l’OTAN sur les théâtres iraquien et afghan. Ils exprimèrent, comme précédemment, des sentiments de surprise et de curiosité. La séquence s’ouvrit en mars-avril 2003 avec le sauvetage épique de Jessica Lynch faussement capturée ; soldate de première classe blessée dans un accident de la circulation, elle était soignée gracieusement à l’hôpital de Nasiriyah. Sa libération dans la nuit du 1er au 2 avril fut mise en spectacle par les forces étatsuniennes selon les codes héroïques du cinéma de guerre hollywoodien, son « sauvetage » étant salué le soir même par George W. Busch dans une allocution à la nation, depuis le salon ovale de la Maison-Blanche. L’année suivante, la circulation sur l’Internet des photos de la réserviste étatsunienne Sabrina Harman participant à des actes de torture et d’humiliation dans la prison irakienne d’Abou Ghraib émut à nouveau l’opinion publique internationale, cette fois les discours exprimèrent des sentiments mêlant le malaise et l’incrédulité. Qu’elles soient héroïnes, victimes ou bourreaux, les femmes ne semblent pas à leur l’organisation du SFJA reposait sur la prise en considération et l’institutionnalisation de ces catégories coloniales. Les ignorer conduirait à des pertes de sens et engendrerait des confusions. Finalement, nous avons choisi comme dispositif d’écriture d’en rester aux catégories coloniales utilisées par l’administration française et les acteurs à la fin de la guerre, ce qui permet d’éviter les anachronismes et ouvre sur la logique des représentations du passé.

Le service de formation des jeunes en Algérie est certainement une expérience unique menée par les pouvoirs publics, civil et militaire, sur un territoire en état de guerre, au titre d’une action dite de « pacification ». Entre 1958 et 1962 des ressources considérables ont été mobilisées, principalement par l’armée française, qu’elles soient financières, organisationnelles, humaines, en matière de logistique et d’équipement, pour prendre en charge les enfants et les adolescents là où l’Éducation nationale n’intervenait pas en raison d’une situation héritée, du manque de moyens ou de l’absence de sécurité. Le cœur de cible du SFJA était les « jeunes » des deux sexes. Les « jeunes », c’était les enfants et les adolescents « musulmans » non scolarisés et/ou sans emploi, le plus souvent non francophones, les plus susceptibles d’être attirés ou captés par le FLN en Algérie. Un peu plus de quatre cents monitrices ont été recrutées et formées pour s’occuper spécifiquement des fillettes et des jeunes filles. Ces dernières reçurent la mission conjointe de travailler avec les femmes, afin de les amener à « adopter... la solution la plus française du problème algérien », selon les consignes de la hiérarchie militaire 21. Mais si l’initiative d’un service central de la jeunesse en Algérie revenait aux militaires, dès sa mise en œuvre la collaboration avec l’Éducation nationale a été actée, jusqu’à ce qu’une partie des locaux et du personnel du SFJA lui soit transférée à partir de l’automne 1961 et que sa dissolution soit décidée en juin 1962. Par la suite, les institutions de l’Algérie indépendante ont récupéré des bâtiments et intégré des personnels.

Ainsi, dans « la guerre sans nom » l’institution militaire a été amenée à inventer un rôle particulier pour le personnel féminin en zone de guerre — à la différence des pratiques antérieures consistant à recruter des femmes pour des tâches d’auxiliaires selon l’idée qu’elles permettaient de « libérer » des hommes pour le combat. Mais le SFJA marque aussi un engagement fort des pouvoirs publics en faisant de la formation de la jeunesse une priorité politique dans le contexte de crise de la décolonisation, et en créant de toutes pièces cet organisme pour son exécution. Il s’agissait également d’une réalisation inscrite dans les préoccupations des années 1950, à un moment où s’était affirmée en métropole la volonté de penser « une politique de la
21.       Service historique de la Défense (SHD), 1H2461, dossier 1, Commandement en chef des forces en Algérie, 3e bureau section « Problèmes humains », Action sur les milieux féminins en Algérie, Instructions pour la pacification en Algérie n° 4250, 10 décembre 1959. Approuvé par le général Challe commandant en chef des forces en Algérie le 27 mars 1960.

La délinquance juvénile participait des anxiétés collectives de l’après Seconde Guerre mondiale, l’émergence d’une expertise de la jeunesse s’est alors imposée. C’est avec Pierre Mendes France que la création d’un ministère dédié fut décidée, elle fut concrétisée dans un premier temps, en 1955, avec l’organisation d’un haut-comité à la jeunesse. Logiquement, en Algérie, la « subversion » juvénile, cette fois, devint un objet de préoccupation publique. Situé dans le contexte de l’année 1958 — entre la crise du 13 mai et le discours de Constantine correspondant au moment d’émergence du SFJA —, ce qui intrigue aussi en ce qui concerne les missions de cet organisme conçu dans le sillage de la « pacification », c’est de vérifier le projet de transformation profonde de la jeunesse nord africaine qu’il porte, au-delà de sa seule formation.

Le SFJA compte ainsi parmi les expériences mémorables du passé, permettant d’informer et d’outiller les sociétés postérieures. Pourtant, en dehors des acteurs, le souvenir du SFJA n’a laissé que peu de traces dans la mémoire collective et quelques rares occurrences dans l’historiographie. Il peut paraître surprenant que les études récentes consacrées aux femmes et à l’enjeu stratégique féminin dans la guerre d’Algérie, dans lesquelles sont développés des passages entiers consacrés aux EMSI, aux ASSRA et au mouvement de solidarité féminine de mesdames Massu et Salan, n’aient pas connaissance des monitrices du SFJA 23. Seule Élodie Jauneau évoque la création du corps des monitrices dans sa thèse de doctorat sur le processus de féminisation de l’armée française entre 1938 et 1962 soutenue en 2011 à l’université Paris 7 dans le chapitre concernant la guerre d’Algérie, à la suite du développement consacré aux EMSI et aux ASSRA24. De même, les travaux sur la jeunesse dans la guerre d’Algérie ignorent l’existence même de cet organisme. Cela étant, quelques mémoires d’officiers ou d’acteurs réservent des développements plus ou moins importants à l’histoire du SFJA dont ils ont été parties prenantes 25, ou en raison du travail de valorisation des archives auquel ils se consacrent 26.

La méconnaissance du SFJA et des monitrices dans l’historiographie s’explique pour une part en raison du statut hybride de cet organisme. Si le SFJA a été créé et dirigé par des militaires jusqu’en juin 1962, son administration avait un statut civil.


22.         L. Bantigny, Le plus bel âge ? Jeunes et jeunesse en France de l’aube des « Trente Glorieuses » à la guerre d’Algérie., Paris, Fayard, 2007.
23.         D. Sambron, Femmes musulmanes : guerre d’Algérie, 1954-1962, Paris, Éd. Autrement, 2007 ; N. MacMaster, Burning the Veil: The Algerian War and the “Emancipation” of Muslim Women, 1954-62, Manchester, Manchester University Press, 2009.
24.         É. Jauneau, La féminisation de l’armée française pendant les guerres (1938-1962), op. cit., p. 348-356, 418.
25.         H. D’Humières, L’Armée française et la jeunesse musulmane : Algérie 1956-1961, Paris, Godefroy de Bouillon, 2002 (les archives départementales du Cantal conservent le fonds H. d’Humières, cote 86 J 7, réunissant une documentation personnelle sur les centres de formation des moniteurs de la jeunesse en Algérie) ; V. Raude, Ma part du Trésor : le parcours de l’un des derniers trésoriers-payeurs généraux, Paris, L’Harmattan, 2014.
26. M. Faivre, L’action sociale de l’armée en faveur des musulmans : 1830-2006, Paris, L’Harmattan, 2007.


 Quant aux monitrices elles souffrent d’un double effet de marginalisation : elles sont femmes dans l’armée et dotées d’un statut civil dans un organisme public dirigé par des militaires, dont l’autorité hiérarchique sur elles demeure confuse. En raison de ces seuls faits, elles n’ont laissé que peu de traces dans les archives publiques. Elles n’apparaissent que rarement dans les fonds militaires du Service historique de la Défense à Vincennes (SHD), car l’armée n’était pas censée les gérer, ni avoir une pleine autorité sur elles. Mais elles sont aussi peu présentes dans les fonds civils des Archives nationales d’outre-mer à Aix-en-Provence (ANOM), car bien que de statut civil le SFJA reste dirigé par des militaires et financé par l’armée. L’identité même du SFJA est brouillée pour les contemporains et les observateurs, voire pour ses propres acteurs ; tantôt il est perçu comme un organisme militaire, tandis qu’à d’autres moments il est considéré comme un service associé aux centres sociaux éducatifs relevant de l’Éducation nationale. Enfin, les changements de statut et le transfert des personnels et des locaux d’une administration à l’autre ont probablement provoqué l’égarement d’une partie des archives.

C’est cette histoire complexe et cette expérience singulière que l’on souhaite retrouver dans le cadre d’une recherche collaborative réalisée avec l’Association nationale-SFJA (AN-SFJA) qui réunit des vétérans du SFJA, ex-monitrices, moniteurs et officiers. L’AN-SFJA a été fondée en 2009, suite à l’obtention, trois ans auparavant, de la carte du combattant par Colette Garcia Arnardi, au titre de son engagement comme monitrice SFJA entre I960 et 1962. Alors présidente de l’association du centre d’information sur les droits de la femme de Béziers et du Biterrois, elle prit l’initiative de créer l’association dans un souci d’information auprès de ses anciennes collègues. Depuis, les membres de l’association militent aussi pour la mémoire et à ce titre expriment une demande d’histoire sur leur parcours et leur action en Algérie au sein du SFJA. Ce projet d’histoire collaborative est né dans ce cadre et a donné lieu à une présentation au démarrage même de l’enquête, lors de l’assemblée générale annuelle de l’Association nationale-SFJA qui s’est tenue le 10 avril 2014 à la maison de la vie associative à Béziers. L’histoire du SFJA, originale et peu connue, était à entreprendre. D’emblée, l’association, partie prenante de la recherche a ouvert ses archives et fait appel à ses membres pour témoigner et faciliter la fourniture d’éventuels documents personnels. La démarche a été heureuse. Les archives publiques, civiles et militaires, se sont vérifiées muettes ou absentes sur de nombreux points, notamment en ce qui concerne la tâche fondamentale des monitrices dans cette entreprise, et leur propre parcours. Les témoignages ont permis de compenser amplement ces lacunes, tout en réorientant la recherche vers la mémoire, l’expérience, le ressenti des acteurs, et le projet d’écriture d’une biographie collective qui a pris la forme d’un récit choral.

Au-delà de l’évidente confrontation des archives écrites avec les souvenirs des acteurs, la méthode collaborative induit la production du savoir en commun, des membres de l’association se mettant eux-mêmes en situation de recherche, de questionnements et de propositions. Ce fut le cas pour la réalisation des entretiens, une vingtaine au total dont treize ex-monitrices issues de trois promotions. Nous avons conjointement avec Colette Garcia Arnardi sollicité les témoins, préparé ensemble les entrevues et mené à deux un peu plus de la moitié des interviews. Ils ont été souvent réalisés au domicile des ex-monitrices, parfois en présence de l’époux qui avait pu être lui aussi témoin de l’action du SFJA. Quelques ex-monitrices ont souhaité témoigner tout en demandant de rester anonymes. C’est en partie le fruit de l’inertie d’une époque où en Algérie les individus craignaient de parler, surtout lorsque leur trajectoire se détachait de l’histoire dominante. La présence de la présidente et fondatrice de l’Association nationale-SFJA a favorisé d’emblée un contexte d’intimité, et a permis souvent d’aller plus loin dans la quête des souvenirs, en raison de sa propre expérience en Algérie, en raison également du travail d’information qu’elle mène sans relâche au sein de l’association. La démarche collaborative s’est poursuivie dans la mise en œuvre de la recherche, pour la collecte de documents personnels, la participation à des séminaires académiques, la discussion des souvenirs personnels au regard des faits établis dans les archives, puis le projet de publication. D’où, le caractère hybride de ce livre, qui articule une histoire institutionnelle du SFJA conçue à partir des archives publiques, afin de comprendre l’émergence et la trajectoire de cet organisme singulier, et une histoire collective du ressenti, de la mémoire, de l’expérience individuelle rendue possible par la prise de parole des témoins et les archives privées qui ont été confiées.

La conception du livre, l’écriture du texte, le choix des mots ont été discutés avec les témoins, avec Colette Garcia Arnardi en particulier. Ce n’est pas une position évidente pour l’historien habitué à décider seul de sa stratégie d’écriture, mais c’est une méthode adaptée à la construction d’un savoir historique qui nécessite, et n’a de sens, que dans la collaboration avec les acteurs. Cette histoire n’a pas été écrite sous la surveillance des témoins, comme cela a pu être dit il y a quelques années à propos d’une certaine historiographie du très contemporain. Elle a été réalisée dans le cadre d’un partenariat et en confiance avec les témoins. Non seulement les témoins-acteurs ont enrichi le récit historique en permettant au chercheur de varier les points de vue et les approches, mais plus encore, dans le cas présent, elles/ils ont provoqué la recherche et sollicité l’écriture d’un ouvrage scientifique qui sans eux, sans elles, n’aurait eu la moindre chance d’exister.

Aussi nous tenons à remercier chaleureusement les membres et les sympathisants de l’Association nationale-SFJA (AN-SFJA) pour leur confiance et leur amitié, pour nous avoir confié leurs archives personnelles et nous avoir fait partager leurs souvenirs. Un grand merci également aux personnels du Service historique de la Défense (SHD) à Vincennes, de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD) à Ivry-sur-Seine, des Archives nationales d’outre-mer à Aix-en-Provence pour nous avoir aimablement accueilli, renseigné, conseillé avec bienveillance et sans lesquels cette enquête n’aurait pas non plus pu aboutir, à la Fédération nationale André Maginot et au Service central des rapatriés pour avoir soutenu le projet de publication et à Élodie Jauneau qui a favorisé notre rencontre avec l’AN-SFJA. Toute recherche ne peut se faire sans le soutien logistique d’un laboratoire et un environnement scientifique approprié. Nous tenons à remercier au CERHIO (UMR 6258) notre première unité de rattachement qui a permis d’impulser cette recherche Annie Antoine, directrice de l’unité, pour sa confiance et son soutien, Nathalie Blanchard toujours attentive à nous faciliter la tâche, Aurélie Hess et Renan Donnerh pour leurs encouragements et leurs bons conseils, Jimena Obregon Iturra, Christophe Giudicelli, Hélène Harter, Gérard Borras nos complices de la recherche, ainsi que Nicolas Richard chercheur CNRS au CREDA (UMR 7227) et coordonnateur de l’ANR Savoir mécanique dans les sociétés amérindiennes du Chaco et de l’Atacama depuis les années 1950 pour nous avoir associé à son programme et aidé à la publication de cet ouvrage. De même, au sein d’Arènes (UMR 6051), le laboratoire qui nous a accueilli alors que cette enquête était en cours, nous avons trouvé une équipe bienveillante et attentive permettant d’achever cette recherche, merci tout particulièrement à Sylvie Ollitrault, Claude Martin, Marylène Bercegeay, Gilles Richard, Brice Noël et Véronique Gardin à la maison de la recherche (Rennes 2). À l’université Rennes 2, les étudiants de première année du master « Histoire, relations internationales et interculturelles » ont été parmi les premiers à m’aider à exposer les objets de cette recherche, à formuler les hypothèses et à tester la démarche. À l’université d’Angers Michel Nassiet fut également l’un des premiers à nous permettre de présenter une partie des résultats de cette étude dans le séminaire d’histoire, et Yves Denéchère avec lequel nous avons organisé une journée d’études en mars 2016 sur les jeunes dans la guerre d’Algérie nous a aussi beaucoup aidé dans la discussion et en nous communiquant des documents dont il savait qu’ils nous intéresseraient. Nous souhaitons rappeler également combien Vincent Joly par son amitié, ses discussions, ses commentaires nous a été précieux tout au long de cette recherche. Enfin, nous tenons à remercier chaleureusement tout particulièrement Pierre-Jean Le Foll Luciani pour sa grande disponibilité et nous avoir fait profiter de sa lecture attentive, incisive, lumineuse, à chaque étape du manuscrit.


La France va indemniser les Algériens !

En octroyant une rente à un ressortissant algérien, victime civile d'un attentat pendant la guerre d'Algérie, le Conseil constitutionnel crée un précédent dangereux. D'autant que tous les « ayants droit », enfants et petits-enfants de victimes, vont pouvoir réclamer réparation.

Comme disait l'autre, c'est beau, c'est grand, c'est généreux, la France.

Même lorsque la dette de l'Etat plonge à une profondeur abyssale et que de nombreux Français ont de plus en plus de mal à boucler leur budget, nos « élites » continuent de faire des cadeaux à la terre entière et plus précisément, en l'occurrence, aux ressortissants algériens. Par une déci­sion rendue le 8 février 2018 sur une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), le Conseil constitutionnel vient en effet d'octroyer une rente sur l'Etat français à un certain Abdelkader K., ressortissant algérien qui avait été blessé à l'abdomen à l'âge de 8 ans lors d'un attentat perpétré par les fellaghas en 1958 à Mascara.

Une brèche dans les finances publiques appelée à s'élargir à l'avenir puisque sont concernés, non seulement les victimes d'attentats, mais aussi leurs ayants droit !


DR archives RPweb

Le couscous, l'argent du couscous et le couscoussier

En 1958, lorsque Abdelkader K. fut blessé, l'Algérie était encore française. Quatre ans plus tard, elle devenait indépendante. Les accords d'Evian, signés le 18 mars 1962 entre les représentants de la France gaulliste et ceux du FLN algérien, prévoyaient que les dossiers d'indemnisation n'ayant pas encore été traités des victimes civiles de ce que l'on appelait alors les « événements » d'Algérie seraient pris en charge par le nouvel État algérien. Cet article ne fut pas plus respecté par les nouveaux maîtres de l'Algérie que ceux qui concernaient la sécurité des biens et des personnes des Français d'Algérie et des musulmans loyalistes.

En regard du massacre de milliers de pieds-noirs et de dizaines de milliers de harkis commis au mépris des accords d'Evian, l'absence d'indemnisation des victimes civiles des attentats paraît secondaire. Mais en 1963, le gouvernement français, prenant acte de la carence de son homologue algérien, estima « opportun que, dans un souci de solidarité nationale, l'Etat français prenne l'initiative de mesures susceptibles de remédier à cette situation ». L'article 13 du projet de loi de finances rectificative disposait donc que « les personnes de nationalité française à la date de promulgation de la présente loi ayant subi en Algérie depuis le 31 octobre 1954 et jusqu'au 29 septembre 1962 des dommages physiques du fait d'attentat ou de tout autre acte de violence en relation avec les événements survenus sur ce territoire ont, ainsi que leurs ayants cause, droit à pension ».

 
Les deux satrapes

 

Le rapporteur du projet de loi, le gaulliste de gauche Louis Vallon, prit soin d'insister sur ce point : le « bénéfice de la réparation » que le texte instituait était « limité aux personnes de nationalité française à la date de la promulgation de la loi. » Il ne devait évidemment pas s'appliquer aux ressortissants du nouvel État algérien, dont l'indemnisation était laissée à la charge de leur propre gouvernement. In France payait déjà pour ses propres citoyens à la place de l'Algérie au mépris des accords signés, il eût fait beau voir qu'elle indemnisât de surcroît les nouveaux citoyens algériens, blessés, comme Abdelkader K., dans des attentats commis par les indépendantistes désormais au pouvoir - aussi habitués que fussent ces derniers à obtenir des Français le coucous, l'argent du cous­cous et le couscoussier...

Abdelkader et toute la smala vont venir au guichet

Il était prévu, toutefois, qu’« un certain nombre de réfugiés politiques algériens qui n'ont pas été mis en mesure d'opter définitivement pour la nationalité française malgré des formalités simplifiées instituées à leur profit » pourraient bénéficier de la loi. Un décret du 25 avril 1969 les y autorisa : il concernait des Français musulmans qui ne possédaient pas encore la nationalité française lors du vote de la loi, mais qui avaient été amenés à quitter l'Algérie en raison de la tournure politique prise par les événements et qui avaient servi dans l'armée française, ou fait preuve de dévouement à l'égard de la France, ou perdu un descendant, un ascendant ou un conjoint mort pour la France.

En somme, le législateur faisait preuve de mesure et de bon sens.

Tel n'est pourtant pas le sentiment d'Abdelkader K. En 2017, celui-ci a fait poser par une avocate rennaise une question prioritaire de constitutionnalité en arguant que les dispositions de la loi de 1963 méconnaissaient le principe d'égalité devant la loi en réservant aux personnes de nationalité française le bénéfice du droit à la pension d'indemnisation.

Et ce 8 février, le Conseil constitutionnel, juridiction essentiellement politique présidée et majoritairement composée par de vieux chevaux de retour de la gauche politicienne, lui a donné raison : considérant que le principe d'égalité avait été méconnu, les pseudo « sages » ont décidé que « les mots « de nationalité française » figurant deux fois au premier alinéa de l'article 13 de la loi du 31 juillet 1963 doivent être déclarés contraires à la Constitution ». Ce qui signifie, non seulement que tous les Algériens « victimes civiles » d'attentats pendant la guerre d'Algérie, mais aussi leurs ayants droit, vont pouvoir demander une rente à l'État français ! On peut prévoir un bel embouteillage des services administratifs...

Le fait qu'en 1962, le territoire en question soit devenu indépendant ? Aucune importance ! Et que la France se soit résignée à indemniser ses propres ressortissants parce que l'Algérie ne respectait pas ses engagements ? Pas davantage ! La France paiera. Elle s'en tire à bon compte : après tout, son actuel président lui-même ne prétend-il pas qu'elle a commis en Algérie des « crimes contre l’humanité » ? Payer, c'est expier un peu...■

Pierre Restif


La loi excluait du bénéfice de l'indemnisation « les personnes qui auront participé directement ou indirectement à l'organisation ou à l'exécution d'attentats ou autres actes de violence [...] ou auront incité à les commettre seront, ainsi que leurs ayants cause » - précaution qui, dans le contexte de l'époque, visait surtout les anciens membres et sympathisants de l'OAS. Il semble que cette discrimination-là soit parfaitement compatible avec les droits de l'homme.
Laura Bottereau et Marine Fiquet s'aimaient. Ce sont des choses qui arrivent, même entre filles. Elles s'aimaient tellement qu'elles vivaient ensemble, à la colle comme on disait dans le temps, encore que dans le temps, ça ne se faisait pas entre filles qui s'aimaient. Enfin bref.


Minute 14 février 2018


  TBN

https://www.ojim.fr/marie-christine-saragosse-pdg-de-france-medias-monde-na-transmis-declaration-de-patrimoine-viree/

La PDG de France Médias Monde n’a pas transmis sa déclaration de patrimoine, elle est virée
Publié le 17 février 2018

DOSSIER – Un autre vestige du hollandisme dans l’audiovisuel public tombe – Marie-Christine Saragosse, PDG de France Média Monde (France 24, RFI) est démissionnée d’office pour ne pas avoir transmis sa déclaration de patrimoine, qu’elle aurait du transmettre à la Haute autorité de transparence de la vie publique avant le 5 décembre 2017. Même si c’est officiellement un imbroglio administratif qui est à l’origine de la fin du mandat de Marie-Christine Saragosse, Delphine Ernotte, à France Télévisions, et Olivier Schrameck, au CSA, voient leurs sièges de plus en plus fragilisés.
Mardi 13 février au soir Marie-Christine Saragosse a adressé un communiqué à tous les employés : « chères toutes et tous, j’ai appris aujourd’hui, avec stupéfaction, que mon mandat de Présidente-directrice générale de France Médias Monde était tombé ». Elle explique qu’elle ignorait qu’elle devait faire d’elle même sa déclaration de patrimoine – « j’ignorais que la procédure avait changé et que c’était de ma propre initiative que je devais désormais accomplir ces actes en ligne, et j’attendais donc en toute bonne foi d’être saisie ».


Née à Philippeville (Algérie) en 1960, Marie-Christine Saragosse est issue d’une famille pied-noir d’origine italienne, de gauche. Arrivée à Nice à quatre ans, elle fait Sciences Po, un DEA à l’EHESS et l’ENA (1985-87), tout en s’inscrivant au PS tendance rocardienne pendant ses études. Elle fait toute sa carrière dans l’audiovisuel public extérieur, où elle dirige notamment la chaîne francophone TV5 (1997-2005 puis 2008-2012), la coopération culturelle et linguistique (2006-2008), et l’audiovisuel extérieur de la France (AEF) à partir du 11 septembre 2012. En juillet 2013 l’AEF devient France Médias Monde.
Elle est nommée chevalier de la Légion d’Honneur (31 décembre 2012) et officier de l’ordre national du Mérite (13 avril 2017). Mariée et mère de trois enfants, elle touche un salaire fixe de 228 000 € brut par an, plus un bonus qui peut aller jusqu’à 32.000 €, en baisse de 30% par rapport à son prédécesseur Alain de Pouzilhac (315 000 € brut par an plus un bonus allant jusqu’à 48 000 € annuels, qu’il n’a touché que partiellement).


« La nomination […] est, le cas échéant, subordonnée à la justification du dépôt de la déclaration de situation patrimoniale exigible lors de la cessation de fonctions précédentes. Elle est considérée comme nulle si, à l’issue du délai de deux mois, l’une des déclarations prévues lors de l’entrée en fonction […] n’a pas été transmise à la Haute Autorité de la transparence de la vie publique ». La loi est assez ancienne, puisqu’elle date du 11 octobre 2013 (loi 2013-907) et il apparaît fort peu probable que l’intéressée n’ait été mise au courant de ses obligations lorsqu’elle a été reconduite dans ses fonctions.
La situation est inédite. Un conseil d’administration extraordinaire du groupe va être organisé rapidement pour mettre en place une gouvernance intérimaire – c’est Francis Huss, élu de l’assemblée des Français de l’Etranger depuis 1991, basé à Madrid, âgé de 85 ans, doyen du conseil d’administration nommé par le CSA, qui l’assurera selon les statuts de France Média Mondes. Si le CSA doit lancer une nouvelle procédure de nomination, Marie-Christine Saragosse a fait savoir qu’elle était candidate à sa succession.

« À qui le tour ? », s’interroge FO de France Média Monde


Dans un communiqué cinglant, le syndicat FO de France Média Monde émet des doutes par rapport au scénario officiel de l’imbroglio administratif et se dit « extrêmement perplexe » par le fait qu’il n’y ait eu « aucune personne au CSA, dans la direction de France Médias Monde ou au ministère de la Culture, où à la haute autorité, pour prévenir Madame Saragosse ». En ligne de mire : Delphine Ernotte, qui fait face à une crise de légitimité depuis sa nomination que les mauvais résultats de l’audiovisuel public n’ont fait qu’aggraver.
Le SNJ et la CFTC réclament – comme lors de la révocation de Matthieu Gallet à la tête de Radio France – la suspension de la réforme de l’audiovisuel public. Le SNJ brocarde un « imbroglio administratif surréaliste » et « s’interroge sur le calendrier de cette fin de mandat abrupte ».
Un bilan pas si formidable que ça ?
Marie-Christine Saragosse a été reconduite à la tête de France Médias Monde le 28 juin 2017 par le CSA, qui a noté une « amélioration notable » de la situation de France Média Monde et de ses chaînes. Cependant, deux ans avant, les syndicats de FMM ont mis en avant le bilan pas si bon que ça de leur présidente pour plomber sa candidature à la tête de France Télévisions où elle faisait figure, jusque là, de favorite. Le SNJ se fend d’un communiqué fin mars 2015 où il brocarde un bilan « désastreux », notamment pour RFI qui « perd son statut de radio internationale. Elle devient une radio dédiée à la seule Afrique francophone. Toutes les autres zones de diffusion de RFI dans le monde et toutes les autres langues ont été négligées voire laissées à l’abandon ».
Au sujet de France 24, « si la distribution de la chaîne a progressé, son audience reste mystérieuse. Les rédactions ignorent à qui elles s’adressent ». Pêle-mêle le syndicat critique aussi l’absence d’installation de nouveaux émetteurs, de diffusion en haute définition de France 24 bien que « tous les moyens ont été engloutis dans le chantier de la HD », les rédactions « exsangues », la remise aux calendes grecques du projet en langue anglaise 24h/24, « remplacé par l’idée saugrenue de diffuser le son de France 24 en anglais, en baissant la production originale », le projet d’antenne en portugais, bref, pour le SNJ « Mme Saragosse a échoué dans beaucoup de domaines : elle s’est contentée de piloter à vue, avec un seul objectif, ne pas faire de vagues ».

 

Avis du Sénat fin 2017 : objectifs budgétaires et masse salariale à maîtriser


Un avis sur les avances à TV5 Monde (P847) et France Média Monde (P844) a été rendu le 23 novembre 2017 par les sénateurs Joëlle Gariaud-Maylam (Français de l’Etranger, LR) et Raymond Vall (Gers, PRG) ; ils détaillent la situation budgétaire et générale des deux organismes. Sur les 3,16 milliards d’€ affectés à l’audiovisuel public, TV5 Monde reçoit 77,4 millions d’€ et France Média Monde 257,8 millions d’€.
France Média Monde a conclu avec l’Etat en avril 2017 un contrat d’objectifs et de moyens (COM) pour 2016-2020 qui conduit l’État à en augmenter la dotation publique de 8.2 millions d’€ en 2018 dont 4,4 pour le nouveau service en espagnol, qui coûté 7,3 millions d’euros en année pleine avec une rédaction multinationale prévue à Bogotá. Le COM prévoit aussi l’adossement de Canal France International – financé au titre du programme 209 (solidarité avec les pays en développement) par le Quai d’Orsay pour 85% de son budget, à France Média Monde.
Ce COM « place [France Média Monde] dans une situation difficile », estiment les deux sénateurs, d’autant que les recettes publicitaires vont baisser, la masse salariale augmenter suite à des accords de prise en charge de l’ancienneté des pigistes et les investissements dans la cybersécurité (après une grosse attaque le 8 avril 2015) et la haute définition s’alourdir : « FMM se trouve devant l’alternative suivante : soit procéder à l’amputation de la diffusion de certains médias (France 24 aux Etats-Unis et en Scandinavie) ou à la fermeture d’une rédaction régionale de RFI en Afrique de l’Est, soit présenter un budget en déséquilibre ».


La gestion de Marie-Christine Saragosse n’est pas remise en cause par les auteurs de l’avis, qui mentionnent « l’efficacité de la gestion d’un opérateur vertueux » ; 96% des ressources de FMM est issue de financements publics, estiment les deux sénateurs. À ce jour, RFI est diffusée en 13 langues, Monte Carlo Doualiya en arabe et France 24 en français, anglais, arabe et espagnol ; dix millions d’euros sont prévus d’ici 2020 pour enrichir l’offre programmatique des trois médias. Cependant, ils manquent de notoriété : « faire sans se faire connaître des publics ne suffit plus ».
De même, la progression de la masse salariale – de 137,2 millions d’€ en 2016 à 147,7 en 2020 (+1,5% par an) est critiquée, quand bien même les frais généraux baisseront de 1,9 millions d’€ sur la période 2015-2020 ; en 2017 la masse salariale augmente ainsi de 700 000 €, « en décalage avec les objectifs du COM ». L’objectif de hausse des ressources propres (+1,5 millions d’€ d’ici 2020) est considéré comme « largement surévalué », donc intenable, car fondé sur une hausse des recettes publicitaires de 1,2 millions d’€ impossible, notamment pour des raisons légales et de faible diffusion de FMM sur le territoire national. L’absence de stratégie immobilière – FMM loue actuellement 21.000 m² à Allianz à Issy-les-Moulineaux, pour un loyer HT de 10 1 millions d’€ annuels et des charges de 4 8 millions d’€, le bail arrive à échéance fin février 2021 – est aussi mise en cause.
Les sénateurs regrettent aussi le manque d’ambition de FMM à l’intérieur du territoire français, en raison de « la nécessité de proposer, en langue étrangère, une alternative à des publics aujourd’hui captés par des chaînes internationales étrangères ou par des radios communautaires privées ne véhiculant parfois ni une information fiable, ni les valeurs républicaines ». Traduction : des publics croissants échappent à la propagande de la République française, voire – horresco referens – ont choisi de défier frontalement le système en regardant la chaîne russe RT.


Migrants et audiences : priorité à l’Afrique


France 24 pilote, en partenariat avec l’agence italienne Ansa et le site allemand Deutsche Welle, le site Info Migrants et son application mobile, financés par la Commission Européenne, « déclinés en arabe, français et anglais [avec] pour objectif de lutter contre la désinformation dont sont victimes les migrants », bref, traduit de la novlangue, faire de la propagande pour que les populations en acceptent encore plus. Or ces migrants viennent essentiellement du Moyen-Orient, du Maghreb et de l’Afrique.
L’avis donne aussi les audiences, qui permettent d’expliquer le « pari africain » de France Médias Monde : « les antennes touchent 104 millions de personnes par semaine, pour plus de la moitié en Afrique francophone (55.8 millions) et pour plus du quart en Afrique du nord – Moyen-Orient (26.7 millions). Les environnements numériques enregistrent 31.3 millions de visites hebdomadaires, 36 millions d’abonnés sur Facebook et 16 millions sur Twitter ».
France 24 couvre 333 millions de foyers et se positionne « comme la première chaîne d’information internationale en Afrique francophone » avec 80% d’audience chez les cadres dirigeants ; au Maghreb, elle est la première chaîne internationale pour les 15 ans et + ainsi que pour les cadres, devant Al Jazeera. Si les mesures d’audience de Monte Carlo Doualiya n’ont pu être faites, l’avis relève « une progression aux Émirats arabes unis, en Égypte, en Jordanie et à Oman » et des « bassins d’écoute importants en Irak, Syrie et Libye ».
RFI de son côté « demeure la première radio internationale en Afrique francophone malgré des pertes d’audience causées par des problèmes techniques et la coupure de son signal dans certains pays », avec 41,3 millions d’auditeurs hebdomadaires. C’est aussi l’Afrique qui reste « le principal bassin de recettes publicitaires » de RFI, par le biais « du parrainage de programme et la signature d’accords avec des partenaires institutionnels ». De quoi confirmer le constat de Macron : l’avenir de la langue française se joue en Afrique. En orientant le développement de FMM depuis des années sur l’Afrique, Marie-Christine Saragosse est dans le droit fil de la pensée présidentielle.


https://www.algeriepatriotique.com/2018/02/16/deux-elements-plaident-faveur-de-lidee-france-demandera-pardon/

Deux éléments plaident en faveur de l’idée que la France demandera pardon

février 16, 2018 - 12:22 Lyes Khaldoun

France colonisation repentance

Macron : « Nous devons regarder notre passé colonial en face et présenter nos excuses ». New Press

De Paris, Mrizek Sahraoui – S’achemine-t-on vers la reconnaissance officielle des crimes commis par la France en Algérie ? Tout porte à le croire. Deux éléments factuels plaident en faveur de l’idée que la France va, enfin, assumer son histoire et faire acte de repentance.

D’abord, outre la déclaration à Alger d’Emmanuel Macron en février 2017, alors qu’il était encore candidat, affirmant : « La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie, et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes. » En rectifiant la loi du 31 juillet 1963, qui prévoit une pension aux seuls détenteurs de la nationalité française, mais, désormais, accordée à toutes les victimes, in fine, le Conseil constitutionnel vient de reconnaître publiquement les violences commises tout au long de la guerre d’Algérie.

A cela s’ajoute la conférence de presse, tenue mercredi dernier à l’Assemblée nationale, organisée par deux députés, Cédric Villani du parti du président (LREM) et Sébastien Jumel du parti communiste (PCF), en présence de l’épouse, du fils de Maurice Audin, disparu en juin 1957, et, surtout, d’un témoin, Jacques Jubier, un appelé du contingent dont le témoignage est publié, mercredi, dans le journal L’Humanité. Dans ce témoignage, qui va sûrement en appeler d’autres tant les langues vont se délier soixante ans après les massacres, Jacques Jubier dit avoir lui-même « enterré Maurice Audin ».

Les deux députés s’adjoignent pour demander au chef de l’Etat «la reconnaissance officielle de l’assassinat de Maurice Audin par l’armée française » sous couvert de l’Etat. Cependant, le cas Maurice Audin ne devait ni ne pouvait être un cas isolé.

Ainsi, c’est la première fissure – officielle – dans le mur du silence qui pèse sur la guerre d’Algérie qui vient d’être enregistrée. Désormais, il n’y a plus l’ombre d’un doute : témoignage à l’appui, Maurice Audin a bel et bien été torturé, avant d’être assassiné, et son corps disparu. Lors de la conférence avec l’Association des représentants de la presse ministérielle, tenue mardi soir, Emmanuel Macron a souhaité qu’il y ait « toutes les expertises historiques pour établir le maximum de vérité et procéder aux reconnaissances qui sont dues ».

La conférence de presse des députés Cédric Villani – dont l’engagement sur l’exigence de vérité sur la mort de Maurice Audin a dû recevoir l’aval de (son) chef – et Sébastien Jumel, qui intervient le jour anniversaire de la naissance du militant de la cause algérienne, dont la mort et la disparition du corps témoigne de la barbarie de l’armée française à l’endroit de tout un peuple et convoque les heures sombres de l’histoire de France, va sans doute susciter un débat passionné entre ceux qui œuvrent pour le rétablissement de la vérité sur ce qui s’était réellement passé et les tenants du déni de la vérité historique. Les mêmes, comme d’habitude.

M. S.


 

http://www.midilibre.fr/2018/02/16/place-charles-david-les-travaux-se-terminent,1629076.php

Cercle algéniariste

Le Cercle algérianiste du Grand Avignon et des pays de Vaucluse propose une conférence sur “Les caravanserails, d'Algérie et d'ailleurs”, animée par Hervé Cortès, conférencier.

Elle se déroulera samedi 17 février, à 17 h, au centre Ymca. Entrée gratuite.

Renseignements : 04 90 80 05 67 ou 04 90 25 49 30.


http://www.rfi.fr/afrique/20180217-algerie-questions-indemnisation-francaise-victimes-guerre


Algérie: des questions sur l’indemnisation française des victimes de la guerre

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A Tizi Ouzou, vivent encore des personnes susceptibles d'être indemnisées.
© AMER OUALI / AFP

Par RFI Publié le 17-02-2018 Modifié le 17-02-2018 à 07:57

Le Conseil constitutionnel français a ouvert une brèche la semaine dernière, en annonçant que les victimes civiles de la guerre d'Algérie pouvaient obtenir une pension d'invalidité, quelle que soit leur nationalité. La décision ouvre donc le droit à une pension aux Algériens. Les autorités algériennes n'ont toujours pas réagi à la décision ni les associations. Ceux qui ont des proches qui pourraient prétendre à une indemnisation sont dubitatifs.
Officiellement, l'Etat n'a toujours pas commenté l'information. Les associations de victimes non plus. La décision du Conseil constitutionnel français pourrait concerner beaucoup de monde. Aboubaker, 78 ans, a perdu tous ses oncles pendant la guerre d'indépendance. « Ils vont peut-être donner des retraites aux veuves, celles qui sont vivantes… » dit-il. Mais à la question : « Est-ce que vous pensez que vos tantes attendent une indemnisation ? » il assène : « Elles sont toutes mortes ».
Mohand, bientôt 70 ans, vient d'un village de la région de Tizi Ouzou. Là-bas, il reste, selon lui, des personnes susceptibles d'être indemnisées, mais elles sont très âgées. « La majorité des personnes sont décédées, il en reste, mais qui va leur faire les démarches ? Qui va se déplacer au village ? Qui va se donner cette peine, s’ils n’ont pas des parents, des petits enfants qui vont faire des démarches pour eux ? Administrativement, c’est un peu compliqué. »
Au-delà des difficultés d'application de cette décision, le vieil homme souligne : « C'est tout à l'honneur de la France de reconnaître que cette guerre a fait des victimes civiles. »


http://www.algeriemondeinfos.com/2018/02/16/securidoc-bureau-specialise-aide-algeriens-a-obtenir-nationalite-francaise/

« Securidoc » : un bureau spécialisé qui aide les Algériens à obtenir la nationalité française


Par Algériemondeinfos 16 février 2018

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Les Algériens nés avant 1963, désireux d’obtenir la nationalité française, pourront bénéficier désormais des services d’un bureau spécialisé denommé Securidoc.

Situé à Alger, ce nouveau bureau, qui a ouvert ses portes il y a une semaine, propose des services sécurisés aux Algériens voulant entamer des procédures d’obtention de la nationalité française conformément aux lois de ce pays.

Homologué par le ministère français des Affaires étrangères et travaillant en collaboration avec des avocats français, Securidoc s’engage à prendre en charge contre 20 000 DA de frais, les démarches nécessaires pour l’obtention du « précieux sésame. »

Ainsi le demandeur n’a qu’à fournir un extrait de naissance en français, une photocopie de la pièce d’identité et les frais de traitement du dossier. « Le traitement de la demande s’effectue en deux semaines », explique les responsables de ce bureau qui précisent qu’ils travaillent en collaboration avec le service des archives en France et le ministère français des AE.

« En cas de refus de la demande par les autorités françaises, les avocats français engageront des procédures judiciaires pour permettre au demandeur d’obtenir gain de cause », soulignent aussi les responsables de Securidoc.

Notons cependant, l’ambassade de France à Alger ignore, pour l’instant, l’existence de ce genre de bureau, assurant que « ce type de demande est traité par les services consulaires chargé de la nationalité ».


Boualem M.


https://www.fondation-res-publica.org/L-enseignement-du-francais-pour-les-enfants-non-francophones-dans-les-ecoles-publiques-francaises-depuis-le-XIXeme_a1088.html

L’enseignement du français pour les enfants non francophones dans les écoles publiques françaises depuis le XIXème siècle
Intervention de Jean-François Chanet, recteur de l’académie de Besançon, recteur de la région académique Bourgogne Franche-Comté, chancelier des universités, historien de l'éducation, au colloque "L'Ecole au défi de l'intégration républicaine" du 27 novembre 2017.

La question qu’il m’a été proposé de mettre en perspective a été longtemps négligée et doublement négligée par les historiens français. Lorsque j’ai commencé à m’y intéresser, au début des années 1980 – c’est-à-dire au moment où allait paraître la traduction française du livre de l’historien américain Eugen Weber Peasants into Frenchmen : The Modernization of Rural France [1], publié en 1976 –, elle était assez nouvelle. L’historien démographe André Armengaud, né à Castres en 1920, avait relevé ce paradoxe au colloque de 1974 Régions et régionalisme en France du XVIIIème siècle à nos jours : « Les progrès de l’usage du français et le recul simultané des langues régionales constituent sans aucun doute un des traits majeurs de l’histoire culturelle de notre pays au XIXème siècle. Pourtant, cette question n’a guère retenu jusqu’ici l’attention des historiens, comme si la conception lavisséenne d’une unité française préétablie, incréée, s’imposait plus ou moins consciemment à eux » [2]. Commentant cette communication en introduction d’un article de 1979, Philippe Vigier soulignait que, « depuis lors, la situation ne s’est guère améliorée » [3].

Les liens entre cette histoire et celle du colonialisme français étaient cependant devenus si clairs que ce sont eux, sans doute, qui ont le plus contribué à faire évoluer le regard. Maurice Agulhon le suggérait dans son compte rendu du livre d’Eugen Weber, en notant que la question de la légitimité de la « francisation » des paysans de l’Ouest ou du Midi se posait, pour nombre de contemporains, dans les mêmes termes que celle de l’Algérie ou du Sénégal ; et il approuvait Weber de « conclure à la dissemblance des deux phénomènes » [4].

Or cette question, dont on commençait alors à mieux mesurer l’importance pour l’histoire nationale française, en croisait une autre, celle de l’immigration, elle aussi longtemps négligée. Gérard Noiriel publiait en 1986 dans les Annales un article-manifeste intitulé « L’immigration en France, une histoire en friche » [5]. Dans cet article, au demeurant, il n’est guère question du colonialisme et de ses effets post-coloniaux, si ce n’est pour suggérer que l’attachement de Lucien Febvre et de Marc Bloch à l’Empire colonial pourrait expliquer, au moins en partie, leur absence apparente de curiosité pour l’histoire de l’immigration.

Histoire double, en somme, parce qu’elle est histoire de dédoublement, mais histoire dont la complexité la fait échapper à la logique binaire du tiers exclu. La question de la comparaison entre le « colonialisme intérieur » [6] dénoncé par certains dans les années 1960-1970 et le colonialisme tout court, tel qu’il a été pratiqué dans l’Empire, ne peut recevoir de réponse univoque, et celle de l’intégration, d’abord scolaire, des enfants issus de familles migrantes ne se pose pas en termes invariables quels que soient leur âge, leur origine, leur vécu antérieur. Je propose de réexaminer brièvement ces questions en faisant ressortir successivement la longue dualité entre proscription réglementaire dans les écoles et usage quotidien dans les familles d’une autre langue que le français, la compatibilité entre le maintien d’une volonté d’assimilation et la reconnaissance de la diversité des langues parlées en France, enfin l’ampleur des mutations et ruptures du dernier demi-siècle.

Monolinguisme d’État et diglossie.

En France, ce qu’il est convenu d’appeler le monolinguisme d’État est en lui-même un héritage double. Il remonte à l’Ancien Régime, comme en témoignent, à un siècle de distance, l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, qui impose que tous les actes officiels soient prononcés et expédiés « en langage français », et la création de l’Académie française en 1635, dans le but de « donner des règles certaines » à la langue française. De l’une à l’autre, une ambiguïté est partiellement levée, qui n’a cependant pas tout à fait disparu en 1789 : « en langage français » pouvait s’appliquer aux diverses langues en usage sur le territoire du royaume. C’est ainsi que l’entendent les Constituants, lorsqu’en 1790 ils commencent par faire traduire leurs lois et décrets dans les langues régionales, avant d’y renoncer par souci d’économie. D’autres considérations ont conduit à l’adoption du décret du 2 thermidor an II (20 juillet 1794) qui, une semaine avant la chute de Robespierre, fait du monolinguisme de l’État un héritage révolutionnaire.

La République s’estime alors fondée à exclure des langues identifiées à la Contre-Révolution. Michel de Certeau, Dominique Julia et Jacques Revel ont étudié cette « politique de la langue » dans un livre célèbre, publié dans le contexte déjà évoqué des années 1970 [7]. Centré sur l’enquête lancée en août 1790 par l’abbé Grégoire, leur travail visait moins à analyser le constat selon lequel le français n’était alors la langue d’usage que dans une quinzaine des quatre-vingt-trois départements que venait de créer l’Assemblée constituante, qu’à faire ressortir la dynamique sociale et culturelle à l’œuvre dans cette enquête relative « aux patois et aux mœurs des gens de la campagne ». C’est en quelque sorte l’imaginaire de l’enquête qui les intéresse, autant et plus que la statistique produite et ses usages politiques. La seconde enquête toujours citée par les historiens du XIXème siècle, Eugen Weber en tête, est celle qu’a lancée en 1864 le ministre de l’Instruction publique Victor Duruy sur la situation de l’enseignement primaire en France, auprès des recteurs, inspecteurs d’académie et inspecteurs primaires, sous la responsabilité des préfets, et elle n’a pas fait l’objet d’une étude comparable.

Dans ma thèse sur L’École républicaine et les petites patries, je me suis efforcé de montrer que, sous la IIIème République, il ne fallait pas déduire de la présence, dans le règlement scolaire type du 7 juin 1880, d’un article selon lequel le français devait être seul en usage dans les écoles publiques, l’existence d’une entreprise générale et systématique d’éradication des langues régionales [8].

Je voudrais revenir un instant sur un des débats les plus caractéristiques qui ont eu lieu au sujet des modalités d’apprentissage du français pour les enfants qui arrivaient à l’école sans le connaître. Entre 1888 et 1891, l’inspecteur général Irénée Carré a publié dans la Revue pédagogique, revue officieuse du ministère de l’Instruction publique, trois articles relatifs à l’enseignement du français à l’école primaire [9]. Un même principe est défendu dans ces trois textes, exprimé en ces termes dans le dernier d’entre eux : « Il faut, avec les indigènes, suivre la méthode maternelle, c’est-à-dire leur enseigner le français directement, sans recourir à la langue qu’ils parlent » [10]. Comme l’a souligné Noriyuki Nishiyama [11], l’inspecteur Carré postule une identité de situation linguistique et didactique dans les provinces et dans les colonies : il parle du « fond de la Basse-Bretagne » comme d’un « pays où la situation est absolument la même qu’aux colonies » [12]. Sa logique, à la fois civilisatrice et assimilationniste, ne doit pas faire oublier que le régime scolaire n’était pas identique selon qu’on était dans un département breton, dans l’un des trois départements créés en Algérie en 1848, où les lois Ferry ont été appliquées à partir de 1883 pour les enfants des colons et des étrangers, mais où la scolarisation des indigènes était de la responsabilité du gouverneur général, ou encore dans un protectorat, comme en Tunisie ou en Indochine.

Il n’est donc pas indifférent que vienne précisément de la Tunisie le principal contre-exemple qui ait été opposé à la méthode Carré. Le résident ministre Paul Cambon y avait confié, en cette même année 1883, la direction de l’Enseignement public à Louis Machuel, né à Alger en 1848 au sein d’une famille arabophone, arabisant lui-même [13] et promoteur d’une méthode d’enseignement intégrant la langue maternelle de l’enfant, que ce soit l’arabe ou l’italien. C’est elle que défend, en une vigoureuse réponse à Irénée Carré dans la même Revue pédagogique, l’ancien directeur du collège Alaoui à Tunis, Alfred Perrin, devenu directeur de l’école normale de Douai, où étaient formés les instituteurs qui allaient devoir enseigner en pays flamand. On ne peut traiter, soutient-il, comme « quantité négligeable » le « mince bagage lexicologique » d’un enfant arrivant à l’école sans savoir le français ; « le mot arabe » qu’il connaît constitue pour lui « un moyen supplémentaire de retenir le mot français ». Alfred Perrin souligne aussi la vanité d’un apprentissage scolaire fondé sur l’exclusion de la langue de la famille [14]. De fait, on ne peut que constater la résistance de ce qu’il désigne comme « l’influence de la famille et du milieu » par rapport à celle de l’école : en 1914, dans la Basse-Bretagne où l’inspecteur Carré a pu déployer sa méthode, « tout le monde parle breton » [15].

Il n’est pas indifférent non plus que ce soit un autre arabisant, William Marçais, inspecteur général de l’Enseignement primaire des indigènes de 1909 à 1913, selon la terminologie officielle d’alors, directeur de l’École supérieure de langue et littérature arabes à Tunis, nommé après la guerre directeur d’études à l’École pratique des hautes études, professeur à l’École des langues orientales puis, en 1927, professeur de langue et littérature arabes au Collège de France [16], qui ait été, dans un article de 1930, à nouveau dans la Revue pédagogique rebaptisée L’Enseignement public [17], l’un des premiers à introduire le terme « diglossie » pour distinguer, par rapport à celui de « bilinguisme » désignant la capacité d’un individu de mobiliser selon les cas deux langues, sans considération de leur statut et de leur image sociale, la coexistence sur un territoire donné de deux langues de statut inégal – inégalité du reste admise par l’auteur, dans un contexte marqué par le centenaire de la conquête de l’Algérie. On sait que ce terme a été abondamment repris jusqu’à nos jours pour caractériser la situation dominée des langues régionales et minoritaires [18].

 DR archives RPweb

Une logique assimilationniste compatible avec la reconnaissance de la diversité.

Si la politique éducative de la IIIème République vise à renforcer, y compris dans sa dimension linguistique, un sentiment d’appartenance nationale commune, on constate, au tournant des XIXème et XXème siècles, que les premiers développements de la psychologie de l’enfant et d’une approche plus scientifique des faits de langue suscitent des débats contradictoires sur les méthodes d’enseignement du français dans les écoles. Ces débats toutefois n’ont guère prise sur les populations concernées. La Première Guerre mondiale apporte la démonstration de la solidité de l’emprise étatique sur la diversité française et amplifie la prise de conscience de l’utilité sociale d’une bonne connaissance du français. Walter Kusters voit ainsi dans la loyauté avec laquelle « beaucoup de descendants d’immigrants flamands ont défendu le drapeau français » le prolongement logique de « i[la volonté forte et générale des Flamands [immigrés], surtout de la seconde génération, de maîtriser aussi rapidement que possible la langue française]i » [19].

Cependant la guerre entraîne aussi dans le monde enseignant une réaction contre la culture nationaliste d’avant 1914. Ce rejet du nationalisme mais aussi, à l’opposé, la contestation d’inspiration maurrassienne de la politique républicaine et, à l’autre extrémité du spectre idéologique, l’influence nouvelle du modèle idéalisé de la « politique soviétique des nationalités » conjuguent leurs effets pour que soit réclamée une place pour les langues régionales, non pas dans la République, d’où elles n’ont jamais été bannies, mais dans les écoles de la République, où elles n’étaient pas officiellement admises. La circulaire de Monzie « sur les idiomes locaux » du 14 août 1925 déçoit ces espérances. Face aux arguments des linguistes et des pédagogues, le ministre entend se maintenir en surplomb de ce qu’il considère comme des « disputes de méthodes » et, prétextant le risque que font courir à « l’unité morale et patriotique » de la Belgique « les revendications du flamingantisme naissant », conclut que « l’école laïque, pas plus que l’Église concordataire, ne saurait abriter des parlers concurrents d’une langue française dont le culte jaloux n’aura jamais assez d’autels » [20].

Au même moment, pourtant, il est fait une exception significative pour les Polonais, en passe de devenir la deuxième nationalité étrangère sur le territoire français, derrière les Italiens et devant les Espagnols et les Belges. Cette exception a un caractère presque clandestin. L’État n’en assume pas la responsabilité ; tout au plus tolère-t-il que, dans le cadre d’un accord du gouvernement polonais avec les entreprises privées, en particulier le puissant Comité central des Houillères de France, des moniteurs puissent enseigner leur langue aux élèves d’origine polonaise le soir après la classe. Initialement conçu par les autorités françaises comme temporaire, cet enseignement s’est développé tout au long de l’entre-deux-guerres et au-delà : de 88 en 1926, le nombre des moniteurs est passé à 127 en 1939 et à 287 après la Libération [21]. Si les Italiens ne s’en sont pas saisis, cette possibilité discrètement accordée – elle a tout de même fait l’objet de deux circulaires ministérielles en 1924 et 1925 – d’accueillir des moniteurs étrangers dans les écoles françaises a été utilisée pour les plus petits effectifs d’enfants tchèques et slovaques scolarisés en France, sans que cela affaiblisse pour autant « un phénomène d’acculturation de plus en plus évident » [22]. Une autre exception devait être faite dix ans plus tard, non plus sous l’effet d’un besoin d’immigration économique, mais à l’appel de la solidarité internationaliste : devenue terre d’accueil d’enfants des régions d’Espagne non conquises par les insurgés nationalistes, la France a admis que ceux-ci pussent être placés sous le contrôle de la Délégation espagnole de l’enfance évacuée créée à Paris en août 1937 dans le but d’organiser leur accueil et d’assurer un suivi de leur scolarisation [23].

Aussi bien, dans les départements du Midi où se sont installés en nombre les réfugiés espagnols, l’enjeu de la reconnaissance de la langue régionale mobilisait depuis les années 1920 des militants parmi lesquels des instituteurs publics n’étaient pas les moins actifs. Ainsi dans l’Aveyron, où sont arrivés autour de 3000 réfugiés espagnols, avait été créée en 1923 une Ligue pour la langue d’oc à l’école dont l’une des personnalités les plus en vue a été Henri Mouly, admis en 1914 à l’école normale d’instituteurs de Rodez, mutilé de guerre à 20 ans (il a perdu l’œil droit dans la Somme), et qui a fini sa carrière comme directeur de l’école de son village natal, Compolibat. Il ne s’en est pas tenu là puisque, cofondateur, en 1921, du Grelh roergas [Le Grillon rouergat], branche du Félibrige, il a été porté à la présidence de l’Escòla occitana et promu majoral en 1949 [24].

L’État s’apprêtait alors, par la loi du 11 janvier 1951, dite loi Deixonne – du nom de son promoteur Maurice Deixonne, normalien, agrégé de philosophie devenu député socialiste –, à entrouvrir la porte des salles de classe à quatre langues régionales, le breton, le basque, le catalan et l’occitan. Ainsi la IVème République allait-elle un peu plus loin dans les concessions que le gouvernement de Vichy, qui avait à son tour déçu les espoirs placés en lui par bien des militants régionalistes. Cette question a fait l’objet ces dernières années, pour la langue d’oc, de très bonnes études historiques, en tête desquelles se placent le livre de Philippe Martel, L’école française et l’occitan. Le sourd et le bègue (2007) – titre qui suggère la durable incompréhension entre les dirigeants nationaux du type d’Anatole de Monzie et des militants de la cause occitane prisonniers de postures sans assise sociale [25] – et la thèse de Yan Lespoux [26].

Dans les années 1950 et par la suite, les flux migratoires suscités par l’activité économique n’ont guère conduit à faire le lien entre la question de l’enseignement des langues régionales, restée, le plus souvent, l’objet d’une revendication identitaire reléguée au rayon du folklore, qu’il soit passéiste ou gauchiste, et celle des langues parlées par les migrants, dont beaucoup venaient de l’Empire colonial alors en décomposition. La question de la scolarisation des enfants étrangers a été en quelque sorte noyée dans le phénomène de massification de l’enseignement secondaire. On ne recensait en 1950 dans l’enseignement secondaire français que 3000 élèves étrangers, soit à peine 1% des 362 500 élèves que celui-ci comptait alors [27], c’est-à-dire moins que n’en compte aujourd’hui la seule académie de Lille – 367 287 élèves en 2016, dont une part non négligeable est issue des apports migratoires que la population du Nord-Pas-de-Calais a connus au cours du XXème siècle. Le rapprochement de ces chiffres suffit à donner une idée de ce qui a changé au cours du dernier demi-siècle.

Mutations et ruptures du dernier demi-siècle.

Les cours de moniteurs étrangers introduits dans les écoles primaires, hors temps scolaire, dans les années 1920, résultaient d’initiatives des pays d’origine de populations immigrées dont les ambassades et les consulats négociaient et organisaient la mise en place de ces enseignements. Ce caractère plutôt diplomatique que pédagogique se confirme et s’accentue dans les années 1970 avec la signature d’accords bilatéraux permettant l’ouverture d’ « enseignements de langue et de culture d’origine » (ELCO) pour les enfants, même nés en France, de familles en provenance de pays du pourtour méditerranéen, même si le premier à en bénéficier est le Portugal, en 1973. Viennent ensuite l’Italie et la Tunisie (1974), l’Espagne et le Maroc (1975), la Yougoslavie (1977), la Turquie (1978) et l’Algérie, en 1981 seulement. Formés dans leur pays d’origine, recrutés par leur gouvernement, ces enseignants bénéficient dans nos établissements d’une sorte de régime d’exterritorialité. Isolés, dépourvus de formation pédagogique spécifique, parfois assujettis à des influences extérieures difficiles à contrôler, ils ont été vite critiqués, sans que la démonstration de leur succès pût être vraiment faite : de 135 000 inscrits en 1985, on est passé en 2011 à 86 000 [28]. Madame Vallaud-Belkacem a engagé un processus de suppression par remplacement en sections internationales à l’école primaire à partir de la rentrée 2016 [29], processus délicat car il suppose le consentement des pays concernés à la perte de leur tutelle au profit de l’Éducation nationale française.

Deux autres évolutions engagées dans les mêmes années 1970 attestent la prise de conscience partagée qu’avec la politique du regroupement familial, la perspective est bien celle d’un établissement durable, sinon définitif, des migrants sur le sol français, donc d’une scolarisation de leurs enfants qui, en vertu du droit du sol, doit préparer le plus grand nombre à devenir des citoyens français. À la différence du régime en vigueur entre les deux guerres, une circulaire de 1975 précise que les ELCO peuvent être introduits pendant les heures de classe. La même année est ouvert à Lyon, à titre expérimental, le premier centre de formation et d’information pour la scolarisation des enfants de migrants (CEFISEM), initiative étendue progressivement à toutes les académies entre 1976 et 1984 [30]. Le cabinet du ministre Alain Savary a alors posé la question d’une véritable politique éducative pour les enfants issus de familles immigrées. C’est à son successeur Jean-Pierre Chevènement que Jacques Berque, professeur d’histoire sociale de l’Islam contemporain au Collège de France, a remis le rapport final de la mission qu’il a conduite sur L’immigration à l’école de la République [31].

Un double mouvement se produit au tournant des années 1980-1990, sous l’effet des débats politiques et historiographiques autour de « l’identité de la France », titre de l’ouvrage posthume de Fernand Braudel [32]. D’un côté, les instrumentalisations politiques de l’immigration, alors que la France, sortie de la période de croissance ininterrompue qui en avait justifié l’ampleur, est confrontée au chômage de masse, nouent un lien durable entre « question immigrée » – au sens où l’on aurait parlé, au XIXème siècle, de « question sociale » – et « identité nationale », avec une tendance à l’essentialisation de cette dernière [33]. Dans Le creuset français, synthèse publiée en 1988 et qui a fait date [34], Gérard Noiriel fait de l’État-nation, « garant du bon fonctionnement du marché du travail, instituteur de la nation et acteur des relations internationales, le personnage central du processus d’immigration » [35]. D’un autre côté, face à une concurrence économique généralisée – le mot « mondialisation » s’impose précisément dans les années 1980 –, les Français, plus inquiets que confiants dans leurs ressources, prennent conscience de leur retard dans l’apprentissage des langues vivantes. En 1989, le ministère de l’Éducation nationale lance un plan d’expérimentation à grande échelle d’enseignement des langues vivantes à l’école primaire. Depuis la fin de cette période expérimentale, en 1992, cet enseignement s’est installé et a commencé à se diversifier, même si l’anglais reste très largement dominant et quoique les effets de l’expérimentation sur les résultats au collège aient d’abord paru limités [36].
Ces réflexions n’ont pas conduit à remettre en question le monolinguisme d’État. Deux ans après l’adoption par le Conseil de l’Europe de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, a été promulguée la loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française, dite loi Toubon, puisque c’est Jacques Toubon, alors ministre de la Culture et de la Francophonie, qui l’a fait adopter. Cette loi dispose que le français est la langue de l’enseignement, du travail et des services publics. Or le même Jacques Toubon, aujourd’hui défenseur des droits, après avoir présidé de 2005 à 2014 le conseil d’orientation de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration qu’il a contribué à créer, a récemment joint ses critiques à celles de plusieurs associations, dont la Ligue des droits de l’homme, contre les plans gouvernementaux successifs en matière d’accueil des migrants. En particulier, dans son rapport annuel de 2016 consacré aux droits de l’enfant [37], il a souligné la difficulté d’accès à une scolarisation régulière pour les enfants « vulnérables » [38].

La scolarisation des enfants étrangers passe désormais par des dispositifs dits « unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants » (UPE2A). Les structures de pilotage ont changé depuis la création des CEFISEM : ceux-ci ont été remplacés en 2002 par les « centres académiques pour la scolarisation des nouveaux arrivants et des enfants du voyage » (CASNAV), eux-mêmes rebaptisés, dix ans plus tard, « centres académiques pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs ». Dans l’intervalle, l’enseignement du français comme langue seconde, ou langue de scolarisation, a fait l’objet d’une spécialisation plus précise et les dispositifs dits « unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants » (UPE2A) peuvent bénéficier de moyens spécifiques à l’initiative des recteurs d’académie.

Dans le contexte actuel, leur indéniable efficacité se heurte toutefois à des préjugés ou à des représentations héritées, les uns touchant à la manière dont beaucoup de Français conçoivent leur République, les autres à l’idée qu’ils se font de l’apprentissage des langues. La réflexion sur ces questions n’a gagné ni en clarté ni en sérénité depuis que s’est généralisé dans le débat public et dans la presse, au milieu des années 1990, l’emploi du mot « communautarisme ». Dans son ouvrage Composition française. Retour sur une enfance bretonne, Mona Ozouf le présente comme « un mot capable de déchaîner les passions et qui offre l’avantage d’être facile à stigmatiser. On brandit la menace communautariste chaque fois qu’un individu fait référence à son identité en réclamant pour elle une manière de visibilité ou de reconnaissance sociale. On suppose alors qu’il valorise sa culture particulière au détriment de son humanité commune, qu’il plaide pour sa tribu, et pour elle seule, qu’il annonce une France éclatée, infiniment divisible » [39].

L’essor de l’enseignement des langues régionales n’a aujourd’hui plus lieu d’être considéré comme un risque de dérive communautariste. En effet, l’augmentation des effectifs d’élèves qui apprennent une langue régionale à l’école ne se traduit pas par un réveil de la pratique de ces langues hors de l’école. En ce début du XXIème siècle, la France connaît à cet égard une situation inverse de celle du début du siècle précédent : non seulement l’enseignement des langues régionales n’est plus interdit, mais il vient même de recevoir la consécration académique que constitue la création d’une agrégation « de langues de France » [40], tandis qu’un article 75-1 a été introduit dans la Constitution par la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 portant modernisation des institutions de la Vème République, aux termes duquel « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ».
Et cependant, selon l’enquête « Information et vie quotidienne » réalisée en 2011 par l’INSEE, 86% des personnes interrogées parlent exclusivement le français alors qu’elles étaient 74% à le parler dans leur enfance – et la proportion atteint 93% parmi les personnes nées ou élevées en métropole [41]. Par ailleurs, sensibles aux comparaisons à l’avantage des enfants allemands, belges ou scandinaves quant à l’apprentissage de l’anglais, les Français restent majoritairement convaincus qu’il importe de se concentrer davantage sur l’enseignement de cette langue à l’école, quand les travaux des linguistes démontrent que plus on apprend tôt plusieurs langues, mieux on apprend chacune d’elles. Ce préjugé tenace rend très difficile de valoriser comme il conviendrait la ressource que constitue dans bien des cas le bagage linguistique des enfants allophones arrivants, comme il interdit, pour l’instant, d’introduire avec l’ampleur souhaitable d’autres langues que l’anglais dans l’enseignement primaire.

Me voici au terme d’une réflexion où le recteur est tenté de prendre le relais de l’historien. À défaut de conclure, je souhaite souligner, en paraphrasant Charles Péguy, que le sujet qui nous occupe ici, aujourd’hui comme hier, ne révèle pas un problème ou une crise d’enseignement seulement, mais un problème social plus global ; il s’agit de « crises de vie partielles, éminentes, qui annoncent et accusent des crises de la vie générale » [42]. De l’assimilation à l’intégration et désormais à l’inclusion, la question posée reste bien celle du contenu de la citoyenneté à laquelle l’Ecole de la République est supposée préparer l’accès. Il est d’ailleurs frappant que ce mot d’« inclusion », que l’institution emploie désormais de préférence à celui d’intégration, s’applique à diverses catégories d’élèves dits « à besoins éducatifs particuliers », les élèves allophones arrivants comme les élèves porteurs d’un handicap, qui, en termes d’accès au travail notamment, ne doivent pas non plus, devenus adultes, être des citoyens diminués ou discriminés.

Je reprendrai volontiers à mon compte pour terminer les préconisations du tout récent « avis présenté au nom de la commission des affaires culturelles et de l’éducation sur le projet de loi de finances pour 2018 » par Mme Anne-Christine Lang et M. Bertrand Sorre, députés, avis enregistré à la présidence de l’Assemblée nationale le 12 octobre dernier. Sa seconde partie, la plus développée, est consacrée à « la scolarisation des enfants allophones ». Après avoir souligné que les élèves allophones « ne sont pas, a priori, des élèves en difficulté d’apprentissage », les auteurs n’ont aucune peine à montrer que le dispositif d’accueil est « mis à l’épreuve par la crise migratoire ». En 2014-2015, 52 000 élèves allophones ont été scolarisés dans l’école publique, 25 500 en école élémentaire, 22 300 au collège et 4 700 en lycée, soit au total 0,56 % des effectifs scolaires. La tendance est à la hausse et surtout à la concentration sur certains territoires, l’Île-de-France, les régions de l’Est, le pourtour méditerranéen.

En tant que recteur d’une académie frontalière, je partage l’avis selon lequel « il est indispensable que les services de l’éducation nationale soient le plus associés possible, et en amont, aux décisions d’implantation de populations allophones sur le territoire afin que l’accueil éducatif puisse être correctement préparé ». Pour avoir visité plusieurs de ces dispositifs, j’ai constaté, du côté de la formation des enseignants, des liens solides et féconds entre le centre académique pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et des enfants issus de familles itinérantes et de voyageurs (CASNAV) et l’école supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE) et, du côté des élèves, une émulation, un appétit d’apprendre, une application au travail qui ne peuvent avoir qu’une heureuse influence sur les élèves dits « ordinaires », en particulier celles et ceux qui sont nés dans des familles issues de l’immigration. Mais c’est sans doute aussi, de la part de l’historien, une façon de faire sa part à l’attachement des tenants de la micro-histoire au « paradigme de l’indice » en vertu duquel « les marges d’une société en disent plus sur celle-ci que son centre » [43].

Dans notre pays, la tâche d’inclure par l’instruction est d’autant plus difficile que le ressort principal de ce qu’il est d’usage de désigner comme « la méritocratie républicaine » [44] reste la maîtrise de la langue écrite et du français, bien sûr, en premier lieu. Beaucoup des enfants que nous accueillons dans les unités pour élèves allophones arrivants connaissent déjà plusieurs langues et, de ce fait, progressent vite dans la pratique orale du français, sans que pour autant cette compétence avérée leur assure la reconnaissance d’une valeur scolaire qui continue à reposer avant tout sur la maîtrise de l’écrit [45]. Ainsi rencontrent-ils des difficultés non linguistiques mais culturelles et sociales, analogues à celles des enfants pauvres non allophones mais également vulnérables face au risque de l’échec scolaire. Au moment où il serait utile de « promouvoir la diversité des langues et des formes du français pour installer l’équité » [46] dans l’école, les difficultés tenant à la formation des enseignants – difficultés réelles et qui ne doivent pas être sous-estimées – s’ajoutent à la rigidité d’un système plus efficace pour faire progresser les meilleurs élèves que pour faire réussir ceux qui cumulent des fragilités culturelles, sociales et scolaires. Cette situation ne facilite donc pas la révision des codes, des contenus et des modes d’évaluation qui régissent le fonctionnement de ce système, révision nécessaire pourtant si l’on veut le rendre moins inégalitaire qu’il ne l’est aujourd’hui, particulièrement au collège et dans l’orientation au-delà de l’âge limite de la scolarité obligatoire.

[1] Eugen Weber, Peasants into Frenchmen : The Modernization of Rural France (1870-1914), Stanford University Press, 1976 ; La fin des terroirs : la modernisation de la France rurale (1870-1914), trad. par Antoine Berman et Bernard Géniès, Paris, Fayard, 1983, rééd. avec une préface de Mona Ozouf, 2011.
[2] André Armengaud, « Enseignement et langues régionales au XIXe siècle : l’exemple du Sud-Ouest toulousain », in Christian Gras et Georges Livet (éd.), Régions et régionalisme en France du XVIIIe siècle à nos jours, Paris, PUF, 1977, p. 265-272.
[3] Philippe Vigier, « Diffusion d’une langue nationale et résistance des patois en France au XIXe siècle : quelques réflexions sur l’état présent de la recherche historique à ce propos », Romantisme, 1979, vol. 9, n°25-26, p. 191-208.
[4] Maurice Agulhon, compte rendu de Peasants into Frenchmen…, Annales ESC, 1978, vol. 33, n°4, p. 843-844.
[5] Gérard Noiriel, « L’immigration en France, une histoire en friche », Annales ESC, 1986, vol. 41, n°4, p. 751-769.
[6] Concept introduit par l’écrivain occitan Robert Lafont à la suite de la grande grève des mineurs de Decazeville en 1961-1962, soit au moment de la fin de la guerre d’Algérie : voir Alain Alcouffe, « Le colonialisme intérieur », submitted to the Conference in tribute to Robert Lafont, Nimes, september 2009 - a revised version. 2009. Le cas de la Corse illustre de façon très claire la relation entre colonisation extérieure et dénonciation du « colonialisme intérieur » : après avoir été nombreux dans les armées et les administrations de l’Empire, les Corses, après la décolonisation, voient se développer un discours nationaliste qui retourne contre la France les arguments des indépendantistes. Voir la thèse de Vanina Profizi, De l’île à l’Empire : colonisation et construction de l’identité nationale : les Corses, la nation et l’empire colonial français, XIXe-XXe siècles, sous la dir. de Elikia M’Bokolo, EHESS, 2011.
[7] Michel de Certeau, Dominique Julia, Jacques Revel, Une politique de la langue. La Révolution française et les patois : l’enquête de Grégoire, Paris, Gallimard, 1975, nouvelle éd. augmentée, 2002.
[8] Jean-François Chanet, L’École républicaine et les petites patries, préface de Mona Ozouf, Paris, Aubier, 1996.
[9] Irénée Carré, « De la manière d’enseigner les premiers éléments du français dans les écoles de Basse-Bretagne », Revue pédagogique, nouvelle série, t. XI, n°3, 15 mars 1888, p. 217-236 ; id., « Les langues vivantes dans l’enseignement primaire », ibid., t. XII, n°3, 15 mars 1889, p. 222-231 ; id., « De la manière d’enseigner les premiers éléments du français aux indigènes, dans nos colonies et dans les pays soumis à notre protectorat », ibid., t. XVIII, n°4, 15 avril 1891, p. 289-314.
[10] Id., « De la manière d’enseigner les premiers éléments du français aux indigènes… », art. cité, p. 290. Sur cette méthode, voir Pierre Boutan, « La “Méthode Carré” et la politique linguistique à l’école primaire de la IIIe République vers la fin du XIXe siècle », Tréma, n°14, 1998, p. 13-26.
[11] Noriyushi Nishiyama, « L’enseignement du français aux indigènes à la croisée des cultures politiques sous la IIIe République : comment la mutation de la politique coloniale s’est articulée avec la politique linguistique ? », Marges linguistiques, juillet 2004, p. 3.
[12] Irénée Carré, « De la manière d’enseigner les premiers éléments du français aux indigènes… », art. cité, p. 297 note 1.
[13] Alain Messaoudi, « Les arabisants français et la “réforme” en Afrique du Nord. Autour de Louis Machuel (1848-1922) et de ses contemporains », in Odile Moreau (éd.), Réforme de l’État et réformismes au Maghreb (XIXe et XXe siècle), Paris/Tunis, L’Harmattan/Publications de l’IRMC, 2009, p. 235-259.
[14] Alfred Perrin, « De la manière d’enseigner le français aux indigènes d’Algérie et de Tunisie », Revue pédagogique, nouvelle série, t. XXIV, n°2, 15 février 1894, p. 107-122.
[15] Fañch Broudic, La pratique du breton de l’Ancien Régime à nos jours, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 1995, p. 291.
[16] Christophe Charle, Eva Telkès, notice « William Marçais », Les professeurs au Collège de France : dictionnaire biographique 1901-1939, Paris, CNRS-INRP, « Histoire biographique de l’enseignement », 1988, p. 152-154.
[17] William Marçais, « La diglossie arabe dans l’enseignement public », L’Enseignement public, n°97, 1930, p. 401-409.
[18] Voir par exemple Philippe Gardy et Robert Lafont, « La diglossie comme conflit : l’exemple occitan », Langages, n°21, 1981, p. 75-91. Pour une bibliographie internationale, voir Mauro Fernández, Diglossia : A Comprehensive Bibliography, 1960-1990, and supplements, Amsterdam, John Benjamins Publishing Company, 1993.
[19] Walter Kusters, « Les politiques éducatives de la Troisième République et les enfants d’immigrants belges dans le département du Nord », Documents pour l’histoire de l’enseignement du français langue étrangère ou seconde, n°46, 2011, « Accueil et formation des enfants étrangers en France de la fin du XIXe siècle au début de la Deuxième Guerre mondiale », p. 15-31.
[20] Anatole de Monzie, circulaire sur les idiomes locaux, 14 août 1925, in André Chervel, L’enseignement du français à l’école primaire. Textes officiels, t. 2, 1880-1939, Bibliothèque de l’Histoire de l’Éducation, 1995, vol. 5, n°2, p. 334-337.
[21] Janine Ponty, « L’exception polonaise », Documents pour l’histoire de l’enseignement du français…, op. cit., p. 33-45. Voir aussi sa thèse, Polonais méconnus. Histoire des travailleurs immigrés en France dans l’entre-deux-guerres, Paris, Publications de la Sorbonne, 1988, rééd. 2005.
[22] Jean-Philippe Namont, « De l’école au lycée : la scolarisation des enfants tchèques et slovaques en France dans l’entre-deux-guerres », ibid., p. 47-71. Voir aussi sa thèse, La Colonie tchécoslovaque. Une histoire de l’immigration tchèque et slovaque en France, Paris, Institut d’études slaves, 2011.
[23] Geneviève Dreyfus-Armand, « L’accueil des enfants espagnols en France pendant la guerre d’Espagne et après la victoire franquiste », ibid., p. 105-122. Voir aussi la thèse de Célia Kéren, L’évacuation et l’accueil des enfants espagnols en France : cartographie d’une migration transnationale (1936-1940), sous la dir. de Laura Lee Downs, EHESS, 2014.
[24] Voir la thèse de Michel Lafon, Qui a volé mon « patois » ? L’épopée scolaire aveyronnaise d’une langue proscrite, Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2016.
[25] Philippe Martel, L’école française et l’occitan. Le sourd et le bègue, Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2007.
[26] Yan Lespoux, Pour la langue d’oc à l’école : de Vichy à la loi Deixonne, les premières réalisations de la revendication moderne en faveur de l’enseignement de la langue d’oc, préface de Jean-François Chanet, Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2016.
[27] IGEN-IGAENR, La scolarisation des élèves nouvellement arrivés en France, rapport n°2009-082, septembre 2009, p. 4.
[28] Alexandra Filhon et Martine Paulin, Migrer d’une langue à l’autre, Paris, La Documentation française/Musée national de l’histoire de l’immigration, 2015, p. 36-39.
[29] Aurélie Collas, « Les enseignements de langues d’origine vont disparaître », Le Monde, 13 février 2016.
[30] Les CEFISEM constituent des « sections pédagogiques d’écoles normales, ayant vocation à accueillir, en fonction de leurs besoins spécifiques, tous les personnels concernés par la scolarisation des enfants étrangers » (circulaire n° 78-238 du 25 juillet 1978 sur la scolarisation des enfants immigrés).
[31] L’immigration à l’école de la République, rapport d’un groupe de réflexion animé par le professeur Jacques Berque au ministre de l’Éducation nationale, Paris, La Documentation française, 1985. Voir Françoise Lorcerie, « Berque, l’école, l’immigration : rencontre inopinée. À propos de L’immigration à l’école de la République (1985) et De nouveaux minoritaires dans la cité européenne (1991) », Revue du monde musulman et de la Méditerranée, 1997, vol. 83, n°1, p. 171-194.
[32] Fernand Braudel, L’identité de la France, t. I, Espace et histoire, t. II et III, Les hommes et les choses, Paris, Arthaud/Flammarion, 3 vol., 1986-1988.
[33] Voir par exemple Yvan Gastaut, « Français et immigrés à l’épreuve de la crise (1973-1995) », Vingtième siècle. Revue d’histoire, 2004/4, n°84, p. 107-118.
[34] Gérard Noiriel, Le creuset français : histoire de l’immigration, XIXe-XXe siècle, Paris, Le Seuil, 1988.
[35] Philippe Rygiel, « Archives et historiographie de l’immigration », Migrances, 2009, 33, p. 50-59.
[36] Voir par exemple Sophie Genelot, « L’enseignement des langues vivantes à l’école élémentaire : éléments d’évaluation des effets au collège », Revue française de pédagogie, 1997, vol. 118, n°1, p. 27-42.
[37] Défenseur des droits, République française, Droit fondamental à l’éducation : une école pour tous, un droit pour chacun, Rapport droits de l’enfant 2016.
[38] Dans le lexique du Conseil de l’Europe, « vulnérable » s’applique avant tout à un ou une élève issu.e de l’immigration. Il peut être utilisé aussi pour désigner un.e enfant en situation de grande pauvreté, ce qui est le cas de beaucoup de migrants, ou un.e enfant issu.e d’une famille « rom/tsigane », l’une des plus discriminées et précarisées d’Europe. Voir la deuxième partie, « Scolarisation », du numéro spécial « Roms, Tsiganes et Gens du voyage » de la revue Diversité. Ville, école, intégration, n°159, décembre 2009, p. 65-175, où figurent des exemples provenant de l’académie de Besançon, et Maryse Adam-Maillet, « L’établissement, lieu d’insécurité linguistique pour l’élève vulnérable et sa famille », in Maryse Adam-Maillet et Aziz Jellab, Pour un établissement scolaire équitable, Paris, Berger-Levrault, 2017, p. 94-100.
[39] Mona Ozouf, Composition française. Retour sur une enfance bretonne, Paris, Gallimard, 2009, p. 236.
[40] Circulaire du 12 avril 2017 relative à l’enseignement des langues et cultures régionales.
[41] Marie-Estelle Pech, « Le succès des langues régionales à l’école », Le Figaro, 29 juillet 2013.
[42] Charles Péguy, « Pour la rentrée », 1904, Œuvres en prose complètes, éd. par Robert Burac, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, t. I, 1987, p. 1390.
[43] Jacques Revel, « L’histoire au ras du sol », préface à Giovanni Levi, Le pouvoir au village. Histoire d’un exorciste dans le Piémont du XVIIe siècle, traduit de l’italien par Monique Aymard, Paris, Gallimard, 1989, p. XXXI, repris dans Jacques Revel (éd.), Jeux d’échelles : la micro-analyse à l’expérience, Paris, Gallimard/Le Seuil, « Hautes études », 1996, p. 31.
[44] Jérôme Krop, La méritocratie républicaine. Élitisme et scolarisation de masse sous la IIIe République, préface de Jean-François Chanet, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.
[45] Le travail accompli au lycée Le Corbusier d’Aubervilliers, présenté au cours du présent colloque par Mme Catherine Robert, montre qu’il est possible de s’appuyer sur leur diversité linguistique pour faire réussir les élèves. Voir Christian Baudelot, Jean-Loïc Le Quellec, Valérie Louys, Isabelle Richer, Catherine Robert, avec la participation de Barbara Cassin, Bernard Sergent et Raphaël Giromini, « Plus d’une langue » : obstacle ou ressource ?, Les Carnets de l’Anthropologie pour tous, n°1, Traces, 2017.
[46] Maryse Adam-Maillet, Pour un établissement scolaire équitable, op. cit., p. 101.


Le cahier imprimé du colloque "L'Ecole au défi de l'intégration républicaine" est disponible à la vente dans la boutique en ligne de la Fondation.


http://www.valeursactuelles.com/culture/un-vrai-reformateur-francais-napoleon-iii-93311


Un vrai réformateur français : Napoléon III…


Par Eric Brunet / Vendredi 16 février 2018 à 13:45 9

Liberté chérie. Premier président de la République française puis empereur des Français, Napoléon III contribua à la grandeur de la France, qui perdura jusqu’au XXe siècle.
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Au XVIIIe siècle, les philosophes des Lumières considéraient que le meilleur régime politique n’était pas la république, par essence plébéienne et autoritaire, mais le despotisme éclairé. Des autocrates tels que Frédéric II de Prusse ou Catherine II de Russie ont ainsi bénéficié des faveurs de Voltaire ou Diderot. Sans doute auraient-ils aimé Napoléon III…
On l’oublie trop souvent, avant de devenir empereur à la faveur d’un coup d’État, Louis Napoléon Bonaparte fut le premier président de la République française élu au suffrage universel masculin. De cette expérience électorale, il garda une proximité avec le peuple français et un attachement aux principes humanistes (il fut le premier en Europe à accorder le droit de grève, en 1864). Émile Zola lui-même le dépeint comme « un brave homme, hanté de rêves généreux, incapable d’une action méchante, très sincère dans l’inébranlable conviction qui le porte à travers les événements de sa vie ». Au lendemain de la victoire française à Solferino, Napoléon III préféra conclure un cessez-le-feu avec l’empereur François-Joseph plutôt que d’humilier l’Autriche écrasée. L’année suivante, il lança la première opération militaire à but humanitaire pour venir en aide aux chrétiens maronites massacrés par les druzes et les musulmans et qui aboutira à la création d’une province autonome, embryon de l’actuel Liban.


Même sa politique coloniale se montra respectueuse des populations locales, au grand dam des colons, qui, en Algérie, deviendront les premiers soutiens de la République.

 


Pendant ses dix-huit ans de règne, notre pays a connu une modernisation unique dans son histoire, entrant de plain-pied dans la révolution industrielle : la production de charbon a été multipliée par trois et le réseau ferré passa de 3 000 à 20 000 kilomètres. Un siècle avant Roosevelt, Napoléon III s’illustra par une politique de grands travaux : des Landes, où une campagne d’assainissement sauva le département de l’ensablement, jusqu’à l’Égypte, où la France fit percer le canal de Suez.


Avec pour maître d’oeuvre le baron Haussmann, il fit de Paris la plus belle capitale du monde, détruisant les insalubres quartiers médiévaux au profit de larges avenues, bordées d’élégants immeubles en pierre de taille. On lui doit également l’aménagement d’une vingtaine de squares, de cinq parcs et des bois de Vincennes et de Boulogne. Mais aussi le marché des Halles, l’Opéra Garnier, le réseau d’égouts ou les kiosques à journaux. C’est grâce à lui que Paris est devenu la capitale la plus touristique du monde au XXe siècle.


Chose inédite pour un dirigeant français de cette époque, l’empereur s’impliqua personnellement dans la politique économique. Quelques semaines seulement après son coup d’État, il créa l’actuel Crédit foncier. De nombreuses banques furent fondées durant son règne, tels la Société générale ou le Crédit Lyonnais, qui sera, en 1900, la première banque du monde. L’activité économique du pays fut dopée en outre par la création des premiers grands magasins (Au Bon Marché, Le Printemps, La Samaritaine…) et par le développement des stations thermales et balnéaires, de Deauville à Biarritz en passant par Vichy, qui attirèrent une clientèle huppée venue de toute l’Europe.


Convaincu des bienfaits du libéralisme, Napoléon III signa en 1860, contre l’avis des entrepreneurs français, un traité de libre-échange avec Londres. Cinq ans plus tard, il initia une union monétaire, l’Union latine, qui associera une trentaine des pays et perdurera jusqu’en 1927. Il fut le premier partisan de l’Entente cordiale et engagea la France aux côtés de son ennemi héréditaire, le Royaume-Uni, dans la guerre de Crimée. Peu à peu, son régime autoritaire évolua vers le parlementarisme et, à la fin de son règne, il nomma à la tête du gouvernement le chef de l’opposition républicaine, Émile Ollivier… qui poussa, hélas, la France vers la guerre contre la Prusse.


Quoi qu’il en soit, grâce à Napoléon III, la France fut, jusqu’en 1914, la première puissance économique du monde, au côté de la Grande-Bretagne. Alors oui, vive l’empereur !


https://actu.fr/societe/infographie-revenus-inegalitaire-rouen-ville-normandie-gazette_15519301.html

INFOGRAPHIE. Revenus : Rouen, la ville la plus inégalitaire de Normandie

Une étude a dévoilé le niveau de vie des 420 villes de plus de 20 000 habitants de France. Les inégalités sont différemment marquées dans les 13 villes de Normandie concernées.

Publié le 16 Fév 18 à 7:06

Une étude de La Gazette des communes a recensé les données du revenu médian annuel et du revenu minimum des 10 % des plus riches des villes de plus de 20 000 habitants. (illustration ©Adobe Stock)

Dans toute ville, il existe des inégalités entre classes sociales. Les populations pauvres font face aux populations aisées. Une étude de La Gazette des communes a recensé les données des 420 villes de France de plus de 20 000 habitants et reprend les chiffres des revenus médians annuels par habitant ainsi que les revenus des 10 % les plus aisés pour l’année 2014.

En Normandie, 14 villes comptent plus de 20 000 habitants, mais seules 13 villes ont été étudiées (aucune donnée n’était disponible pour la ville de Lisieux, dans le Calvados). L’étude révèle que les inégalités constatées entre le revenu médian annuel et les 10 % les plus riches sont moins fortes qu’au niveau national.

Le Grand-Quevilly, ville la moins inégalitaire de France

Selon cette étude, Le Grand-Quevilly (Seine-Maritime) est la ville la moins inégalitaire de France puisqu’elle occupe la 420e et dernière place du classement au regard de son indice de Gini.

Qu’est-ce que l’indice de Gini ?

Celui-ci, compris entre 0 et 1, est calculé en fonction de l’écart entre les revenus médians et les revenus des 10 % les plus riches. L’indice de Gini du Grand-Quevilly est de 0,2 : cela en fait le plus faible de France. À titre de comparaison, celui de Paris, le plus élevé de France, est de 0,43.

Ce faible indice s’explique par une forte homogénéité de la population et une faible mixité sociale. Selon la Gazette des communes, « la ville voisine de plus grande taille se charge d’accueillir les populations plus défavorisées ». En l’occurrence, cette fonction d’accueil revient à Rouen.

L’écart constaté entre le revenu médian et le revenu des 10 % les plus riches n’est pas astronomique : 18 941 euros par habitant et par an pour le revenu médian, 29 248 euros pour les 10 % les plus riches, pour une commune de 25 000 habitants.

Marc Massion, maire du Grand-Quevilly, rappelle le passé ouvrier de la ville : « Beaucoup d’industries étaient implantées le long de la Seine. Puis après la Seconde Guerre mondiale, la ville s’est mobilisée pour reconstruire dans les années 1950 et 1960.

Tout vient de l’histoire de la ville ». Puis à partir de 1962 et la fin de la guerre d’Algérie, la commune a vu l’installation de nombreux pieds-noirs et harkis.

Le maire insiste sur « l’absence de quartiers riches » et sur « la part importante de logements sociaux » dans la commune. Le Grand-Quevilly compte à ce jour 68 % de logements sociaux. « Plusieurs médecins viennent exercer dans notre ville, mais aucun ne vient y habiter. Le prix le plus élevé d’une maison ici tourne autour de 400 000 euros », précise Marc Massion. Les derniers logements en cours de construction sont des pavillons individuels et des logements intermédiaires.

Le maire s’étonne de « l’absence de mixité sociale » évoquée dans l’étude. « Des personnes de la rive droite de Rouen viennent habiter au Grand-Quevilly », ajoute-t-il. Il évoque également les aides mobilisées pour venir en aide aux plus démunis : « 1,4 million d’euros sont versés au CCAS pour venir en aide aux moins aisés ».


https://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-thionville-hayange/2018/02/17/conference-a-thionville-disparus-francais-d-algerie-une-realite-meconnue

mémoire Conférence à Thionville Disparus français d’Algérie : une réalité méconnue

À l’initiative de l’amicale thionvilloise de la Sidi-Brahim, le général Henri-Jean Fournier, président de Soldis, viendra mettre en lumière les militaires français disparus lors du conflit algérien. Un dossier assez méconnu.

    Le 17/02/2018 à 09:00

L’association Soldis du Général Fournier recherche tous renseignements pouvant permettre d’identifier des cas de disparition. Photo DR

L’association Soldis du Général Fournier recherche tous renseignements pouvant permettre d’identifier des cas de disparition. Photo DR Personne n’est aujourd’hui encore en mesure de préciser le sort de plusieurs centaines de militaires disparus durant la guerre d’Algérie. Photo RL

C’est Gérard Hallé, secrétaire de la Sidi-Brahim, interpellé par un article du Général Fournier évoquant les soldats français disparus en Algérie de 1954 à 1964, qui a sollicité ce dernier, « tout simplement pour que les gens et surtout les plus jeunes générations sachent et soient informés ».

Le conférencier, né en 1945, n’a pas fait la guerre d’Algérie. Breveté de l’École Supérieure de Guerre, officier d’infanterie (il a commandé le 152e R.I. à Colmar en 1990), chef d’état-major des Forces françaises en ex-Yougoslavie en 1997-98, il a été promu général en 1999, et a terminé sa carrière comme chef d’état-major de la région militaire de Bordeaux. En retraite depuis 2000, il vit en Dordogne.

Le général Fournier préside l’Association pour la mémoire des militaires français portés disparus en Algérie (Soldis), qui se consacre à un dossier peu connu, celui des centaines de militaires français de l’armée régulière, portés disparus au cours de la guerre ou après le cessez-le-feu. Les créateurs de Soldis souhaitent « dresser l’inventaire nominatif des disparus, afin de constituer un mémorial officiel et, plus tard, élever un monument spécifique ». Elle fait notamment appel aux souvenirs des particuliers.

« J’ai découvert cette question à l’occasion de la rédaction d’un article publié en 2012 sur l’Armée en Algérie. Si l’on a pu établir un bilan des pertes, côté français, de 23 196 militaires décédés, j’ai constaté que, plus de 50 ans après la fin des hostilités, personne n’était en mesure de préciser le sort de plusieurs centaines de militaires disparus. Cela m’a choqué. La France a envoyé là-bas des soldats et elle ne les a pas ramenés. Sans que l’on puisse expliquer aux familles ce qui s’était passé, sans qu’elles puissent faire leur deuil. »
Non-respect des Accords d’Evian

Il précise ses objectifs : « La date du 19 mars 1962 est une date funeste pour les militaires portés disparus car les Accords d’Evian prévoyaient la libération immédiate de tous les prisonniers, de part et d’autre. Si la France a bien libéré plusieurs milliers de prisonniers membres du FLN, celui-ci n’a libéré que douze soldats français sur plusieurs centaines qui ont été capturés à un moment ou à un autre. »

En outre, après le 19 mars, et pendant plusieurs mois, plusieurs dizaines de militaires français ont été enlevés et ont disparu (il ne s’agit pas de harkis, mais de militaires français de souche européenne). Pour tous ceux-là, ainsi que pour ceux qui ont été tués après cette date, le cessez-le-feu n’a pas été respecté et lorsque l’armée française se retire définitivement d’Algérie, en 1964, il manque à l’appel, l’équivalent de l’effectif d’un bataillon.

Le général Fournier abordera également le cas de cinq militaires originaires de Moselle et qui ont été portés disparus.

Avant l’intervention, une projection de témoignages éclairera le public sur le vécu des hommes pendant leur captivité, leurs espoirs, leurs doutes. À l’issue de la conférence, un café-thé-rafraîchissement sera servi pour favoriser les échanges.

Cercle mixte de garnison rue Castelnau à Thionville, le 23 février à 16 h. Entrée 7 €.


http://www.lefigaro.fr/histoire/archives/2018/02/16/26010-20180216ARTFIG00269-rene-char-a-camus-je-veux-parler-d-un-ami.php


René Char à Camus: « Je veux parler d'un ami »

Par  Marie-Aude Bonniel


Publié le 16/02/2018 à 18:05
LES ARCHIVES DU FIGARO - Mort le 19 février 1988, René Char est l'un des plus grand poète français du XXe siècle. Proche de très nombreux écrivains, il entretient une profonde amitié avec Albert Camus. Le texte que le poète adresse au Figaro littéraire en 1957 en l'honneur de l'écrivain tout juste décoré du prix Nobel, en est un magnifique témoignage.
Une remarquable histoire d'amitié, «une fraternité profonde» comme l'affirmait Albert Camus. René Char découvre Camus, lorsque engagé dans la Résistance, sous le nom de Capitaine Alexandre, il lit le livre L'étranger. Ce n'est que quelques années plus tard, qu'ils se rencontrent. Camus, alors à la tête de la collection «Espoir» chez Gallimard, publie les Feuillets d'Hypnos rédigés par René Char lors des années de guerre. De là débute une correspondance entre les deux hommes. C'est la naissance d'une belle amitié. Dès l'automne 1946, Char accueille Camus dans sa maison de L'Isle-sur-la-Sorgue.
Au moment de la sortie de La Peste, le célèbre roman d'Albert Camus, René Char lui écrit ces quelques lignes: «Vous avez écrit un très grand livre, les enfants vont pouvoir à nouveau grandir, les chimères respirer… notre temps a bien besoin de vous, je vous envoie toute mon admiration affectueuse».


Éloge de l'amitié

En 1951, Albert Camus sort son essai L'homme révolté: les polémiques font rage. Il se met à dos André Breton et les surréalistes, Sartre et les existentialistes. René Char le soutient mais attend quelques années pour écrire ces lignes envoyées au Figaro Littéraire en 1957: «Qu'on me passe ce coup d'aile; je veux parler d'un ami» rétorque-t-il à l'élite intellectuelle frileuse.

Pendant treize années, les écrivains s'échangent quelque deux cents lettres rassemblées dans un livre en 2007. Cette correspondance retrace leurs engagements réciproques, leurs doutes, leurs joies et leur proximité. Mais, comme l'analyse René Char, «notre fraternité va encore plus loin que nous l'envisageons et que nous l'éprouvons. De plus en plus, nous allons gêner la frivolité des exploiteurs, des fins diseurs de tout bord de notre époque. Tant mieux. Notre nouveau combat commence et notre raison d'exister».

Cette amitié entre les deux hommes va durer jusqu'à ce que le destin les sépare: Camus meurt dans un tragique accident de voiture le 4 janvier 1960.

Article paru dans Le Figaro Littéraire du 26 octobre 1957.


Je veux parler d'un ami

Depuis plus de dix ans que je suis lié avec Camus, bien souvent à son sujet la grande phrase de Nietzsche réapparaît dans ma mémoire: «J'ai toujours mis dans mes écrits toute ma vie et toute ma personne. J'ignore ce que peuvent être des problèmes purement intellectuels.» Voilà la raison de la force d'Albert Camus- intacte, reconstituée à mesure -et de sa faiblesse- continuellement agressée.


Mais il faut croire que de l'horloge de la vérité, qui ne sonne pas chaque heure mais la beauté et les drames du temps seuls, peut toujours descendre un Michel, par les marches mal éclairées qui, en dépit de ses propres doutes, affirmera, face à la famille des totalitaires et des pyrrhoniens, la valeur des biens de la conscience tourmentée et du combat rafraîchissant. De l'œuvre de Camus, je crois pouvoir dire: Ici, sur les champs malheureux, une charrue fervente ouvre ma terre, malgré les défenses et malgré la peur. Qu'on me passe ce coup d'aile; je veux parler d'un ami.


Affligé ou serré, Camus ne s'échappe pas par la vertu de la méchanceté qui, bien qu'elle ascétise, a l'inconvénient de modeler à son utilisateur un visage voisin de la grimace de la mort. Sa parole incisive refuse le rapetissement de l'adversaire, dédaigne la dérision. La qualité qui satisfait le plus chez lui, quelle que soit la densité du rayon de soleil qui l'éclaire, est qu'il ne s'accointe pas avec lui-même ; cela renforce son attention, rend plus féconde sa passion. Sa sensibilité étrangement lui sert d'amorce et de bouclier, alors qui l'engage toute. Enfin, nanti d'un avantage décisif, il ne remporte qu'une victoire mesurée dont promptement il se détourne, comme un peintre de sa palette, non comme un belliqueux de sa panoplie. Camus aime à marcher d'un pas souple dans la rue d'une ville quand, par la grâce de la jeunesse, la rue est pour un instant entièrement fortunée.


L'amitié qui parvient à s'interdire les patrouilles malavisées auprès d'autrui, quand l'âme d'autrui a besoin d'absence et de mouvement lointain, est la seule à contenir un germe d'immortalité. C'est elle qui admet sans maléfices l'inexplicable dans les relations humaines, en respecte le malaise passager. Dans la constance des cœurs expérimentés, l'amitié ne fait le guet ni n'inquisitionne. Deux hirondelles, tantôt silencieuses, tantôt loquaces, se partagent l'infini du ciel et le même auvent.                                                                                    Par René Char le 18 octobre 1957.

 


http://afrique.lepoint.fr/culture/algerie-l-incroyable-mosquee-de-bouteflika-17-02-2018-2195704_2256.php


Algérie : l'incroyable mosquée de Bouteflika

REPORTAGE. 120 000 fidèles, un minaret colossal, des milliards d'euros d'investissement : l'édifice est un vrai défi. Son chantier concentre tous les maux de l'Algérie.

Par notre correspondant en Algérie, Adlène Meddi


Publié le 17/02/2018 à 09:34 | Le Point Afrique
Révolutionnaire. C’est dans la jeune république d’Alger, en 1968, que l’architecte brésilien Oscar Niemeyer a pensé la future grande mosquée. Sa construction est un casse-tête.



© Zohra Bensemra/Reuters

L'histoire a commencé il y a cinquante ans par une insomnie. Nous sommes en 1968. Le grand architecte brésilien Oscar Niemeyer se trouve à Alger pour superviser les grands projets qu'il lance dans cette Algérie révolutionnaire. Dans sa chambre de l'hôtel Aletti, qui surplombe le port et la baie, ne parvenant pas à trouver le sommeil, il commence à réfléchir à... la construction d'une mosquée. Lui, le communiste exilé ! Au matin, ses croquis sont prêts. Se profile alors un engin spatial posé sur la baie, relié au port par une passerelle en forme de croissant. « Mais c'est une mosquée révolutionnaire que tu as dessinée là ! » s'exclame, conquis, Houari Boumediene, le président algérien, quand le père de Brasilia lui présente son projet. Taquin, Niemeyer répond : « Monsieur le président, la révolution ne doit jamais s'arrêter, elle doit être partout ! » Le projet restera dans les tiroirs de la jeune république adepte du « socialisme spécifique » – mélange de gauche révolutionnaire et d'islam ascétique. La disparition soudaine de Boumediene, en 1978, expliquerait pourquoi le rêve de Niemeyer ne s'est pas réalisé.
L'idée dormira une quarantaine d'années avant d'être relancée par Abdelaziz Bouteflika, qui se veut l'héritier du président Boumediene. La grande mosquée change d'emplacement et d'envergure. Djamaa el-Djazaïr deviendra enfin un point de fixation sur lequel les détracteurs de Bouteflika se déchaîneront. Et pour cause...
« Ce projet est celui du président. Tous les moyens sont mis à disposition de ce chantier. Retards, coûts, polémiques, on gère, mais ce n'est pas important. Le plus important, c'est que le projet présidentiel avance... coûte que coûte » : un responsable du projet résume l'état d'esprit ambiant, balayant les couacs et les mésaventures du gigantesque chantier.

  © zdp

En matière de parcours accidenté, le projet de la grande mosquée d'Alger est un cas d'école, tout comme la nature même de l'édifice, qui collectionne les superlatifs. Placée presque au centre de l'arc de la côte ceinturant la baie d'Alger, à l'embouchure de l'oued El-Harrach, la plus grande mosquée d'Afrique – et 3e au monde après celles de La Mecque et de Médine – repose sur une assise d'un peu plus de 27 hectares et pourra accueillir 120 000 fidèles. Son minaret – le plus haut du monde, qui culmine à 267 mètres de hauteur (60 de plus que celui de la mosquée Hassan-II de Casablanca) – abritera un musée sur l'art et l'histoire de l'islam en Algérie sur 15 étages. La salle de prière occupera 20 000 mètres carrés. Il y aura aussi une bibliothèque de 1 million de livres pouvant accueillir 1 800 personnes, un centre culturel (3 000 personnes), un institut La Maison du Coran et un parking de 4 000 places, sans oublier une salle de cinéma, une salle de conférence, des restaurants, des cafés, des boutiques d'artisanat... ! Pharaonique, la « mosquée de Bouteflika » – ou le « tombeau de Bouteflika », comme certains l'appellent – suscite les polémiques.


Décisions arbitraires

Dès la genèse du projet, les critiques ont fusé. D'abord du côté des grands architectes algériens : Mohamed Larbi Merhoum et Halim Faïdi. Ce dernier, concepteur du nouveau siège du ministère des Affaires étrangères, a refusé de se présenter au concours lancé par les autorités pour la mosquée. Faïdi et Merhoum ont dénoncé les nombreux vices de fond et de forme du concours entre bureaux d'études lancé par l'Agence nationale de réalisation et de gestion de la grande mosquée d'Alger (ANRGMA) : un cahier des charges de seulement 3 pages pour un si ambitieux projet, et qui ne comprenait aucun texte fondateur. « Le cahier des charges se contente en quelques lignes de décrire les contours et l'organisation d'un projet déjà circonscrit dans une image. Il n'y a aucune information sur les conditions de sécurité et de sûreté. Aucune information sur la surface globale, donc sur la taille effective du projet. » Ils remarquent aussi que « toutes les questions liées à l'insertion de la mosquée dans la ville et le paysage de la baie ont été occultées ». Et de conclure qu'il s'agit là d'un « dessin sans dessein ». De plus, l'ANRGMA n'a pas associé le bureau d'études canadien Dessau-Soprin, pourtant payé pour ce travail, à l'élaboration du cahier des charges et du concours d'architecture, « préférant avoir recours aux moyens du bord, voire au système D », ajoute Merhoum. « Aussi, la capacité financière démesurée (80 millions de dinars, environ 570 000 euros) imposée aux architectes concurrents comme premier critère de sélection a éliminé ipso facto les architectes nationaux, qui, même réunis, ne pourront jamais rassembler un tel pactole », soulignaient les protestataires. Mais cela ne décourage pas la machine mise en branle par le chef de l'État, car c'est Bouteflika qui finira par choisir le bureau d'études.


En juillet 2008, en présence de Bouteflika et d'Angela Merkel, à Alger, l'ANRGMA signe le contrat confié au bureau d'études allemand Krebs und Kiefer. Quant à la société publique chinoise qui a raflé le marché de la construction, la China State Construction Engineering Corporation (CSCEC), elle faisait l'objet d'une mesure d'interdiction de tout contrat financé par la Banque mondiale de janvier 2009 à janvier 2015 pour suspicion de corruption.
Les Allemands de Krebs und Kiefer avaient toutefois de quoi s'inquiéter. L'éviction du directeur de l'ANRGMA, Mohamed Lakhdar Aloui, fin 2015, et son remplacement par l'ombrageux Mohamed Guechi, proche du ministre de l'Habitat, Abdelmadjid Tebboune (qui récupère aussi le ministère des Affaires religieuses), sonnent le glas pour le bureau d'études allemand. « Dès le début de son mandat, Guechi ne cessait d'intimider les ingénieurs allemands, les recevait debout, leur criant dessus. Ils supportaient de moins en moins cette tension », témoigne un des collaborateurs de Guechi. « Les Allemands étaient sous pression : ils devaient coordonner une équipe de planification de 100 architectes et ingénieurs et travailler avec des Chinois qui n'étaient pas toujours coopératifs », explique ce cadre algérois, aujourd'hui évincé du projet. Guechi, de son côté, était lui aussi marqué à la culotte : son ami Tebboune exigeait des comptes rendus quotidiens sur l'avancée des travaux, transmis ensuite au chef de l'État. En octobre 2015, Krebs und Kiefer est remplacé par le bureau d'études français Egis (contrat signé sans concours). Les Allemands s'épanchent alors dans la presse algéroise et affirment « payer » leurs désaccords avec la partie chinoise, le constructeur, sur les normes de qualité et de sécurité du mégaprojet. « Nous avons vu que la qualité et l'organisation de l'entreprise chinoise n'étaient pas à la hauteur des attentes. L'exécution des plans contenait beaucoup d'erreurs et parfois les travaux n'étaient même pas finis », ont-ils dénoncé. Selon Guechi, les Allemands sont à l'origine des retards accumulés. « C'est aussi à cause d'eux qu'en haut lieu on se faisait engueuler », confie un responsable du ministère de l'Habitat. Mais Krebs und Kiefer aurait, selon les Algériens, fourni à peine 1 000 plans, fiches et notes de calcul sur un total de 27 500 ! L'entreprise française Egis mobilise sur place 20 expatriés et 65 experts algériens, accompagnés à distance par 25 autres experts français, basés à Montreuil.

 © Zohra Bensemra/Reuters

Les délais sont-ils tenus ? Non, et Guechi, le patron du projet, est démis de ses fonctions par son ami Tebboune, alors Premier ministre, en juillet 2017. En visite sur le chantier, devant les caméras, Tebboune explose : « Rien n'a avancé, on a deux mois de retard ! » Et d'ajouter, devant les excuses avancées par son ex-protégé : « Je ne veux rien comprendre, je vous dis une seule chose : en décembre, on sera là pour prier... » Mais la mosquée est toujours, en cet hiver 2018, en construction.
Autre épisode du feuilleton « grande mosquée » : la nature instable du terrain. L'alerte a été lancée par le président du Club des risques majeurs, le Pr Abdelkrim Chelghoum, qui s'inquiète des dégâts que pourrait provoquer un séisme. En particulier de la liquéfaction du sol, qui serait ici favorisée par la nature du site, sur une rive, et celle du terrain. En 2008, le ministre des Affaires religieuses de l'époque avait déjà tonné contre ceux qui s'opposaient au choix de cet emplacement : « Il n'est pas question de changer de terrain. L'étude du choix du site a été faite par des spécialistes et les autorités l'ont agréée. » Puisque c'est Bouteflika qui a choisi la maquette et le site, le débat est clos.


L'affaire des tapis persans

Depuis quelques semaines, le sort des tapis de la grande mosquée, dont 539 sont importés d'Iran, fait polémique. Selon le grand quotidien El-Khabar, la plupart de ces superbes pièces persanes, mal entreposées, ont été rongées par les rats. Les autorités démentent. Reste que les pouvoirs publics ont dû signer une dérogation spéciale pour recevoir ces tapis, qui figurent sur la liste des produits interdits à l'importation pour raison d'austérité.Depuis quelques semaines, le sort des tapis de la grande mosquée, dont 539 sont importés d'Iran, fait polémique. Selon le grand quotidien El-Khabar, la plupart de ces superbes pièces persanes, mal entreposées, ont été rongées par les rats. Les autorités démentent. Reste que les pouvoirs publics ont dû signer une dérogation spéciale pour recevoir ces tapis, qui figurent sur la liste des produits interdits à l'importation pour raison d'austérité.


PARIS (Reuters) - Le général de brigade Daniel Ménaouine, qui fut notamment chef d'état-major de la Minusma au Mali, va présider aux travaux du groupe sur le "service national universel", une nomination attestant d'une prééminence militaire sur un projet civique qui peine à trouver sa philosophie.

Cet officier qui a servi dans l'artillerie et occupa les fonctions de chef de cabinet du chef d'état-major de l'armée de Terre de 2010 à 2014, animera le groupe de travail annoncé le 30 janvier par Emmanuel Macron, a appris Reuters vendredi de sources parlementaire et militaire.


Une première réunion était prévue ce vendredi à l'Elysée, a-t-on précisé de source proche du dossier.

Le groupe de travail doit remettre le 30 avril au chef de l'Etat ses conclusions sur ce dispositif controversé, qui a donné lieu à des divergences d'interprétation au sein du gouvernement et suscite des réserves dans les rangs militaires.
Outre le général Ménaouine, qui commanda également en 2014 le centre d'études stratégiques de l'armée de Terre, six personnalités réfléchiront aux contours du "SNU", promesse électorale énoncée en mars 2017 par Emmanuel Macron.


Juliette Méadel, ancienne secrétaire d'Etat à l'Aide aux victimes (février 2016-mai 2017), qui plaida lors du précédent quinquennat pour un service civique obligatoire, siégera aux côtés du conseiller d'Etat Thierry Tuot, auteur d'un rapport controversé en 2013 sur la refondation de la politique d'intégration.
"UNE EMPREINTE MILITAIRE"


Le préfet Kléber Arhoul, nommé en 2015 coordinateur national pour l'accueil des migrants en France, participera également aux travaux, ainsi qu'Emmanuelle Pérès, déléguée générale de la Fédération de la formation professionnelle depuis 2011, et Guy Lavocat.
Cet ancien de l'école de management de Saint-Cyr a notamment contribué à la création d'une école spécialisée dans les ressources humaines pour l'armée afghane et au projet de création d'une école de Saint-Cyr au Qatar.


Marion Chapulut, présidente de CitizenCorps, une association visant à "permettre aux adolescents de prendre confiance en eux et en leur capacité à changer les choses", complète ce groupe.
Irrité par la cacophonie sur le sujet, le chef de l'Etat a marqué mardi sa volonté d'un service obligatoire, "de trois à six mois", qui permette "l'ouverture à la chose militaire" et soit "un vrai élément de transformation" pour la cohésion nationale. Il a assuré que son coût ne serait pas "prohibitif".
L'exécutif entend passer outre aux réticences du monde éducatif et des militaires, qui s'interrogent sur le coût de ce dispositif et la charge pour l'armée en termes d'effectifs, d'organisation et d'infrastructures.
"Le président de la République veut une empreinte militaire, c'est bien ça qui pose problème", glisse un parlementaire.


L'ARMÉE "AU SERVICE DU SERVICE"


"Des militaires peuvent se mettre au service de ce service", a plaidé jeudi Geneviève Darrieussecq devant des journalistes.
"Il y a une vraie compétence et appétence pour la jeunesse" au sein du ministère des Armées, a-t-elle souligné, relevant que 2.500 militaires encadrent déjà les dispositifs existants (service militaire volontaire, service militaire adapté, établissement public d'insertion de la Défense...).
La secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Armées, qui insiste sur le caractère interministériel du dossier, assure que sa vocation fait consensus, à savoir favoriser "un moment de cohésion nationale, de fraternité afin de tisser en commun un projet pour la Nation".
Elle évoque pour pistes une formation à la protection du pays, comme l'apprentissage des gestes de premier secours que "80% des Français ne connaissent pas", ou d'un rôle d'alerte sur les réseaux sociaux...


"Je pense qu'il faut sensibiliser à la Défense, cela peut être un moyen de faire connaître les armées", explique Geneviève Darrieussecq, qui précise que le caractère obligatoire du futur SNU n'est pas à "envisager sous l'angle de la coercition".
"La contrainte sera contre-productive", préviennent dans un rapport les députées Marianne Dubois (Les Républicains) et Emilie Guerel (La République en Marche).


Marianne Dubois a déploré mercredi que ces travaux, dont les conclusions contredisent les aspirations de l'exécutif, aient été divulgués avant l'heure. "L'objet de ce rapport n'est ni de plaire, ni de déplaire au président de la République mais de renforcer les liens Armées/Nation à travers notre jeunesse au service de la France", a-t-elle écrit dans un communiqué. (Edité par Yves Clarisse)


http://geopolis.francetvinfo.fr/les-juifs-d-algerie-une-communaute-modeste-voire-pauvre-179051


Les juifs d'Algérie, une communauté «modeste, voire pauvre»

Par Laurent Ribadeau Dumas@GeopolisAfrique | Publié le 17/02/2018 à 09H49


Juifs français d'origine algérienne retour à Tlemcen leur ville natale

Un groupe de juifs français d'origine algérienne de retour à Tlemcen, leur ville natale (540 km à l'ouest d'Alger), le 23 mai 2005. Pour la plupart d'entre eux, c'était la première fois qu'ils y revenaient. © MEHDI FEDOUACH / AFP

Comme l’a rapporté Géopolis Afrique, l’Allemagne doit indemniser les juifs d’Algérie victimes de mesures antisémites prises par Vichy entre 1940 et 1942. Que représentait alors cette communauté? Et quelles persécutions a-t-elle subies? Les réponses de l’historien Jean Laloum, chercheur au CNRS, qui va publier en 2018 chez Belin un ouvrage consacré à l’«aryanisation des biens juifs en Algérie».

Quelle était la situation des juifs en Algérie en 1940?

A l’origine, les premiers représentants de la communauté étaient présents avant la conquête arabe. Puis elle s’est formée avec l’apport de différentes vagues d’immigration.
En 1940, elle était forte de quelque 130.000 personnes, devenues françaises grâce au décret Crémieux de 1870. Globalement, c’était une population économiquement modeste, regroupant notamment des artisans et des commerçants. Nombre de juifs exerçaient aussi au sein de la petite fonction publique: ils étaient chefs de gare, gardiens de la paix, agents hospitaliers…
A la différence des colons, ils maîtrisaient toutes les subtilités de la langue arabe. Et ils entretenaient avec les musulmans des liens de proximité importants, de complicité d’individu à individu, notamment dans les relations commerciales. Même s’il n’y avait pas de mariages, ils représentaient ainsi une interface, une passerelle avec la population arabo-berbère.

Jeune femme d'origine juive portant habits traditionnels locaux en 1860

Une jeune femme de confession juive portant des habits traditionnels locaux à Alger en 1860. © AFP - Lux-in-Fine - Leemage

Comment s’est appliquée la politique antisémite du régime de Vichy en Algérie?

Elle a été élaborée en métropole avec des décrets d’application spécifiques à l’Algérie, notamment pour les mesures appliquées aux établissements scolaires. Le gouverneur général était chargé de la mettre en œuvre pour régler la «question juive».

Globalement, il n’y a pas eu de déportation. Le port de l’étoile jaune a bien été envisagé et des projets ont été élaborés en ce sens. L’une des premières mesures antisémites a été l’abrogation du décret Crémieux qui a créé un énorme traumatisme, une grande désillusion au sein de la communauté. Car très tôt et très majoritairement, les juifs avaient choisi la France. Comme le prouvent, par exemple pendant la Première guerre mondiale, ces lettres de pères à leurs fils leur écrivant que ces derniers avaient l’honneur de porter l’uniforme français.

Outre l’abrogation du décret Crémieux, quelles ont été les mesures antisémites appliquées par l’Etat français?

On a notamment instauré un numerus clausus dans les écoles: à la rentrée 1941, seuls 14% d’élèves juifs ont été autorisés dans les écoles, pour passer à 7% l’année suivante. Les professions libérales ont été soumises au même système: avocats, médecins... Concernant les métiers de santé, certains professionnels musulmans ont alors fait valoir que la mesure était «contraire à l’intérêt général, et à celui des musulmans en particulier». En raison, notamment, de la répugnance des médecins coloniaux à soigner les «indigènes», traduisant les préjugés de leur clientèle européenne habituelle. Au printemps 1942, à cause de la persistance d’une épidémie de typhus, les mêmes milieux musulmans ont envisagé de lancer des pétitions pour demander au gouvernement de laisser les médecins juifs continuer à exercer jusqu’à l’extinction de la maladie. 

A côté de ces mesures, il y a aussi eu la mise en œuvre de la politique d’«aryanisation» des biens juifs, c’est-à-dire la confiscation de ces biens. Une politique interrompue par le débarquement allié en Afrique du Nord en 1942.

 

Une jeune femme française penchée sur tombe sa grand-mère à Tlemcen

Une jeune femme française de confession juive, originaire d'Algérie, penchée sur la tombe de sa grand-mère à Tlemcen (ouest d'Alger) le 26 mai 2005. © MEHDI FEDOUACH / AFP

On possède sur cette période d’aryanisation économique très peu d’archives, qui sont extrêmement fragmentaires. Au cours de mes recherches, j’ai pu décompter, à partir des informations figurant dans les Journaux officiels de l’Algérie, la mise sous séquestre de 2857 entreprises, biens et valeurs appartenant à environ 1200 personnes de confession juive. Des mises sous séquestre gérées par 494 administrateurs provisoires nommés par le gouverneur général.

En quoi consistaient ces confiscations?

Il s’agissait principalement de biens immobiliers souvent détenus en indivision. Il y avait également des propriétés agricoles: exploitations, minoteries… Ainsi que des entreprises dans le secteur du cinéma: distribution…

Pour autant, ces éléments ne tiennent pas compte de ce que l’on appelle les «cessions de convenance». Autrement dit, certains ont préféré anticiper les confiscations et ont cédé leurs biens dans l’urgence. Mais on ne dispose là-dessus d’aucune donnée puisque pour ces affaires, il n’y a pas eu de dossiers de mise sous séquestre ni d’administrateurs provisoires.

A ce niveau, je voudrais insister sur le fait que la grande majorité de la population juive était modeste, voire pauvre.

Que s’est-il passé après le débarquement?

Tout s’est figé et l’on a commencé à mettre en place des mesures de rétrocession. Mais les choses n’ont avancé que cahin-caha. Le problème, c’était que ceux qui avaient œuvré pour les dépossessions se retrouvaient aux commandes pour les rétrocessions.

Des juifs français d'origine algérienne discutant avec habitants Tlemcen

Des juifs français d'origine algérienne, de retour pour la première fois à Tlemcen (540 km à l'ouest d'Alger), discutent avec une habitante de la ville le 24 mai 2005.  © MEHDI FEDOUACH / AFP

Comment, aujourd’hui, peut-on envisager un dédommagement?

L’éligibilité au dédommagement très récemment annoncé me semble être un grand mystère! Il faudra être en capacité de prouver sa judéité, au regard des papiers de caractère cultuel comme le certificat de mariage religieux, la ketouba, ou encore l’attestation de fréquentation d’un lieu de culte délivrée par un rabbin.

Dans le même temps, on estime que 25.000 à 30.000 personnes sont susceptibles de bénéficier d’une indemnité. Je m’interroge sur quelle base on se fonde pour avancer ces estimations.

Jean Laloum est historien, chercheur au GSRL (EPHE-CNRS).


http://www.radioalgerie.dz/news/fr/article/20180217/134167.html

Recueillement à la mémoire du martyr Fernand Iveton et du moudjahid Georges Acompora

17/02/2018 - 16:21

Une cérémonie de recueillement à la mémoire du martyr Fernand Iveton, guillotiné le 11 février 1957 par le colonisateur français, et de l'ancien condamné à mort le moudjahid Georges Acompora,  décédé le 11 février 2011, a été organisé samedi au cimetière chrétien de Bologhine (ex-Saint-Eugène), à Alger.

La cérémonie s'est déroulée en présence des familles, proches et compagnons d’armes des regrettés Iveton (1926-1957) et Acompora (1926-2011) ainsi que du ministre de la Communication, Djamel Kaouane.

Le martyr Fernand Iveton est natif de Clos Salembier (actuelle El Madania), condamné à mort et guillotiné le 11 février 1957 par l’occupant français. Syndicaliste actif, il s’est engagé dès les années quarante dans les luttes ouvrières et partisanes algériennes.

Militant du Parti communiste algérien (PCA), il intégra en juin 1955 les "Combattants de la libération" (Cdl-communistes) aux côtés d'Abdelkader Guerroudj (dit Djilali), Felix Coli, Mohamed Hachelaf et Georges Acampora.

Fernand Iveton a rejoint les rangs du Front de libération nationale durant l’été 1956 et en novembre, il décida de poser une bombe à l'usine de gaz au Ruisseau (El Hamma), où il travaillait comme tourneur, à une heure où l’usine serait déserte pour éviter de faire des victimes.

"Iveton voulait provoquer un acte de sabotage spectaculaire et il a tout prévu pour qu’il ne puisse pas y avoir de victimes", témoigne Abdelkader Guerroudj, ajoutant que l’engin explosif placé dans un placard d’un local désaffecté a été découvert par un contremaître, conduisant à son arrestation, puis à son jugement et à sa condamnation, après avoir subi d’atroces tortures".

Lors du procès, tenu dans un climat de fortes pressions, provoqué par des manifestants racistes, partisans de l’Algérie française, aucun membre du collectif des avocats français ne voulait prendre sa défense.

On lui désigna alors deux avocats commis d’office, qui n’ont cependant rien pu faire contre cette condamnation.

Au terme du procès qualifié d’expéditif, le jeune militant de 31 ans est condamné à mort. Au matin du 11 février 1957, il est guillotiné à la prison Serkadji.

Georges Acompora, qui était le compagnon d'Iveton à la cellule de la prison Serkadji, était lui aussi jugé et condamné à mort, mais il a été touché plus tard par la grâce.

Acompora avait activement participé à la Révolution, avant d`être arrêté après l'attentat contre le commissariat de police de la Redoute (El Mouradia) en 1956.

Il avait opté après l`indépendance pour la nationalité algérienne.

Acompora, qui a occupé après l'indépendance le poste de colonel des sapeurs pompiers d'Alger, est décédé en 2011, des suites d`une longue maladie.

Le ministre de la Communication, Djamel Kaouane a indiqué, à la presse, que "nous sommes à la veille de la commémoration de la Journée du Chahid et je viens rendre hommage aux deux dignes enfants de l'Algérie Fernand Iveton, martyr de la Révolution, et Georges Acompora, moudjahid et un des bâtisseurs de la Protection civile après indépendance".

"C'est un devoir de mémoire et de reconnaissance aux sacrifices de nos ainés et c'est grâce à eux que l'Algérie entame aujourd'hui plusieurs processus de reconstruction pour le bien être de tous ces enfants dans un climat de sérénité de dialogue constructif", a-t-il ajouté.


 

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