– Revue de presse N° 71
– 12 mars 2026 – { 2003–2026 } – 23ème année }
L’ambassadeur de France est à nouveau le bienvenu en Algérie, assure le président Tebboune
Rappelé en pleine crise diplomatique entre les deux pays, Stéphane Romatet n’est pas retourné à Alger depuis 2024 et a été au cœur d’une nouvelle polémique suite à la diffusion d’un reportage début 2026.
Mais Abdelmadjid Tebboune l’a assuré à Laurent Nuñez lors de sa récente visite : le diplomate peut revenir à son poste.
Stéphane Romatet, alors nouvellement ambassadeur à Alger, remet un « message personnel » du président français Emmanuel Macron à son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune, en 2023. © DR
Publié le 12 mars 2026 Lecture : 2 minutes.
L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, bientôt de retour à Alger ? Selon nos informations, le président algérien Abdelmadjid Tebboune ne s’y oppose. Le sujet était d’ailleurs au menu des discussions entre le chef de l’État et le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui s’est rendu à Alger les 16 et 17 février.
Une fuite faussement attribuée à la présidence
Quatre jours après la diffusion de l’émission, un journaliste de l’émission « Hebdo Show » de la chaîne ALG 24 affirmait que l’ambassadeur de France en Algérie était désormais considéré comme indésirable par les autorités algériennes. Compte tenu des liens étroits entre ALG24 et la direction de la communication du palais d’El Mouradia, on en avait alors vite conclu que l’information avait été directement soufflée au journaliste par le président. Il semble toutefois que le scénario ait été différent. à lire Laurent Nuñez en Algérie : les contacts sécuritaires sont rétablis mais le dialogue politique attendra
C’est en fait l’homme d’affaires Mehdi Ghezzar qui serait à l’origine de l’information. Chroniqueur vedette sur ALG 24, il est aussi connu pour entretenir de solides liens d’amitié avec Kamel Sidi Saïd, directeur de la cellule de communication de la présidence de la République,.
Le même Mehdi Ghezzar avait défrayé la chronique en octobre 2025 en affirmant à l’agence officielle algérienne APS avoir été interpellé par des policiers à Paris qui l’avaient placé brièvement en garde à vue tout en lui indiquant qu’il était inscrit au fichier S (qui recense les personnes susceptibles de représenter un danger pour la sûreté de l’État).
Et assure que depuis, il fait régulièrement l’objet de harcèlement de la part de la police aux frontières lors de ses visites en France. Après enquête, il s’avère que ces affirmations sont sans fondement.
L’ambassadeur à nouveau bienvenu
Face à Laurent Nuñez, le président algérien a en tout cas expliqué que, s’il continuait à déplorer la présence de l’ambassadeur dans le documentaire, celui–ci était à nouveau le bienvenu en Algérie, dans le cas où le président français Emmanuel Macron décidait de mettre fin à son rappel et de l’autoriser à rejoindre la villa des Oliviers, sa résidence à Alger. Les conditions de ce retour devraient se préciser dans les prochaines semaines, si la reprise du dialogue entamée lors du voyage à Alger du ministre de l’Intérieur se confirme dans la durée.
Arezki Said Journaliste, spécialiste de l'Algérie
Iran : «Dire “non” à la guerre suffit–il ? Ce que Camus nous apprend sur le courage politique»
Par Alexandre Latreuille
12 mars 2026
archive colorisée RPweb«Dans Les justes, Albert Camus met en scène des révolutionnaires russes décidés à frapper un pouvoir oppressif.» Popova Olga / stock.adobe.com
FIGAROVOX/TRIBUNE – Dire «non» à la guerre, comme l’a fait le premier ministre espagnol Pedro Sánchez, est souvent présenté comme un acte de courage. Pourtant, Albert Camus a montré que ce refus dissimule souvent une tentation de ne pas choisir, explique Alexandre Latreuille, rédacteur en chef adjoint de La Fringale Culturelle.
Au moment où les tensions militaires s’intensifient autour de l’Iran et où la perspective d’un embrasement régional au Moyen–Orient inquiète les capitales occidentales, le spectre d’un conflit plus large effraie le monde. Pedro Sánchez, au nom de l’Espagne, a déclaré publiquement : «Non à la guerre». Madrid a refusé que les bases militaires de Rota et de Morón soient utilisées pour des opérations militaires et appelle à une solution diplomatique conforme au (fameux) droit international. Cette position a été saluée par une opinion publique européenne habituée à la paix. Elle permet aussi au chef du gouvernement espagnol d’apparaître comme la voix de la prudence dans un moment de tension internationale. Mais la prudence suffit–elle lorsqu’une crise exige des décisions difficiles ? En politique, comme en morale, refuser d’agir n’est jamais neutre.
La littérature l’a compris depuis longtemps. Dans Les justes, Albert Camus met en scène des révolutionnaires russes décidés à frapper un pouvoir oppressif. Leur cause est juste, leurs intentions sont nobles. Pourtant, chacun d’eux est confronté à un vertige moral : jusqu’où peut–on aller au nom de la justice ? La violence, même justifiée, n’est jamais pure. Mais l’abstention ne l’est pas davantage. Camus montre que la véritable tragédie politique réside précisément là : agir ou ne pas agir implique toujours une responsabilité.
L’auteur franco–algérien nous rappelle une vérité inconfortable : le courage politique ne consiste pas seulement à refuser la violence. Il consiste surtout à assumer le risque moral du choix.
C’est ce dilemme que les discours politiques contemporains ont parfois tendance à simplifier. Dire «non» à la guerre paraît moralement limpide. Mais lorsque ce refus devient une posture qui évite d’affronter les conséquences de l’inaction, il cesse d’être un courage.
Refuser d’intervenir face à un régime autoritaire qui a écrasé, en janvier dernier, brutalement les contestations populaires peut aussi condamner un peuple à l’impuissance. La prudence protège nos consciences occidentales, mais elle n’allège en rien le poids qui pèse sur ceux qui vivent sous l’oppression.
La guerre n’est jamais entièrement juste. Elle bouleverse les sociétés et trouble les consciences. Pourtant, la responsabilité politique consiste précisément à accepter cette dimension tragique.
L’auteur franco–algérien nous rappelle une vérité inconfortable : le courage politique ne consiste pas seulement à refuser la violence. Il consiste surtout à assumer le risque moral du choix. Dire «non» peut être une sagesse. Mais lorsque ce refus devient une manière d’éviter la responsabilité, il cesse d’être une décision. Il devient une simple posture politique.
Élu maire de Nîmes, je laverai l’affront fait depuis des années dans notre ville aux Harkis et aux pieds–noirs.
La place du 19 mars 1962 n’a pas sa place dans une ville de droite et je m’étonne que Messieurs Proust et Plantier n’aient jamais fait en sorte de la débaptiser.
De nombreux pieds–noirs et Harkis ont été tués après cette date du 19 mars 1962, que ce soit lors de la fusillade de la rue d’Isly (26 mars 1962) ou lors du massacre d’Oran (5 juillet 1962) notamment.
Cette plaque est une provocation et nous choisirons un nom plus rassembleur rendant hommage à nos anciens combattants, à nos pieds noirs et aux Harkis.
Je m’occuperai de débaptiser cette place avec ma future adjointe déléguée aux relations avec l’Armée, au monde combattant et au protocole dans les 6 mois suivant mon élection comme je l’ai fait en 2015 à Beaucaire (où il y avait aussi une rue du 19 mars 1962).
Je développerai aussi le lien Armée Nation et valoriserai nos armées, Nîmes étant une ville importante dans ce domaine puisque ce sont 6000 militaires et leurs familles qui y vivent. Nous devons être fiers de cela et fiers de nos militaires.
12 mars 2026
Et si la France s'était massivement installée sur la "Côte vide" du Gabon, créant un état de colons Pieds–Noirs en Afrique tropicale ? Ils se sont séparés en 1962 et existent en tant que pôle économique stable et exportateur de pétrole (offshore et plates–formes côtières).
Lore – De la Riviera tropicale au libéralisme fortifié
Origine –– Dans les années 1800, la région de la lagune Ndogo est devenue un commerce transatlantique clé pour la France. En 1874, des missionnaires français ont atterri dans la baie de Gamba et ont rapidement étendu leurs colonies pour contrôler les ports et exploiter les ressources terrestres (manganèse, fer, et plus tard le pétrole). En raison d'une population extrêmement faible et éparse, il était facile pour les colons français de dominer et de créer des zones à majorité blanche le long de la côte sud du Gabon. Les Français de Ndogo ont développé l'identité d'« Andogien ».
Ruée vers le pétrole –– Au début des années 1950, la France a découvert du pétrole au Gabon, et par la suite, la France a investi beaucoup d'argent dans le développement urbain et minier en Andogia (Andougaux). Cela a conduit à un énorme boom démographique de blancs et de métis (colorés) Andogiens. En 1964, la population d'Andogia est passée de 130 000 à 430 000 personnes. Des millions de Francs ont été générés dans le commerce du pétrole et la haute sécurité. Des élites riches ont aidé à l'établissement via des achats de terres.
Guerre d'indépendance –– En 1962, peu après l'indépendance du Gabon en 1960, Andogia se sépare violemment du Gabon en raison de leurs sympathies pour l'administration coloniale française et de leur refus de soutenir un état noir beaucoup plus pauvre. Ils mènent une brutale guerre de guérilla dans la jungle et sur les collines pendant 2 ans jusqu'à ce que le coup d'État de 1964 au Gabon force des négociations. Résultat : Victoire Andougienne, non reconnue par le Gabon.
Guerre de 72 jours –– Le 4 mars 1993, le Gabon a tenté de récupérer la bande de Gamba avec le soutien de 30 nations africaines, mais grâce à des renseignements et des défenses très développés, Andogia a réussi à tenir bon et à finalement repousser, en occupant la route N6 et de petites villes voisines. Un cessez–le–feu a été signé le 15 mai 1993. Ce même jour, des milliers de groupes paramilitaires alignés sur l'ADF ont décidé de ne pas quitter les territoires occupés et ont formé le Mouvement M15. Le mouvement se concentre sur l'établissement, la stabilisation et le développement des territoires nouvellement occupés. En 1995, le M15 a été intégré dans la chaîne de commandement de l'ADF et a obtenu une autonomie stratégique pour faire face aux menaces et aux terroristes en vue d'une intégration complète. Miroitant les hauteurs du Golan
Algérie : adoption de la loi criminalisant la colonisation et geste envers la France
Charly Célinain
12 mars 2026
Entre réaffirmation nationale et adoucissement, la version finale de la loi criminalisant la colonisation a été notamment amputée de l’exigence d’excuses demandées à la France.
Adoption de la loi criminalisant colonisation en AlgérieAprès de nombreux débats, le projet de loi criminalisant le colonialisme a finalement été adopté par le Parlement algérien.
Les réserves émises par le Conseil de la nation sur 13 des 27 articles de la proposition de loi, le 22 janvier, ont été suivies par la commission paritaire et ont redessiné les contours du texte.
Une nouvelle version plus tournée sur sa propre reconnaissance historique indiquant que « l’État algérien œuvre, par tous les moyens et outils juridiques, pour obtenir la reconnaissance de son passé colonial ».
Une approche adoucie envers la France
Des demandes contenues dans la version précédente de la proposition de loi, approuvée le 24 décembre dernier, que le ministère des Affaires étrangères avait qualifiée de « manifestement hostile ».
Répression de la glorification du colonialisme
Si les excuses et réparations ne sont plus exigées à la France, l’article 21 de la nouvelle loi prévoit une plus grande fermeté à l’encontre d’éventuels récits internes de « glorification » du colonialisme : « Toute personne glorifiant le colonialisme, par des propos, des écrits (…) visant à justifier ou à faire l’apologie de la colonisation, encourt une peine de trois ans à cinq ans de détention ainsi qu’une amende comprise entre 100 000 et 500 000 dinars [entre 650 et 3 200 euros] ».
Valorisation des acteurs de l’indépendance
Malgré tout, avec cette nouvelle loi, l’Algérie veut désormais embrasser son passé colonial mais surtout valoriser l’ensemble des acteurs de l’indépendance.
« L’Etat garantit la dignité de tous les Algériens ayant contribué directement ou indirectement à la lutte contre le colonialisme (…) Qu’il s’agisse de la résistance populaire, du mouvement national ou de la guerre de libération », selon l’article 15 de la loi.
Ne pas brader la mémoire
Parmi les autres dispositions du texte, le versement de compensations financières pour les victimes des essais nucléaires français dans le sud algérien, entre 1960 et 1966, reste exigé.
En revanche, la loi présente une formulation adoucie pour qualifier la « collaboration des harkis » au sein de l’armée française. Il ne s’agira plus de « haute trahison » mais de « trahison », gardant l’idée de condamnation de la colonisation française. Malgré les modifications apportées au texte initial, dont certaines pourraient apaiser les tensions à la France, le rapporteur de la commission paritaire, Faouzi Bendjaballah, l’assure :
« l’Algérie, qui a sacrifié des millions de martyrs pour sa liberté, son indépendance et sa souveraineté, ne bradera jamais sa mémoire contre un avantage matériel, quel qu’il soit ».
Le ralliement de Sansal au groupe Bolloré est révélateur de la guerre culturelle menée par l’extrême droite en France
Sansal chez le groupe islmaophobe Bolloré, une "mise en conformité" logique vu d'Algérie
Sansal chez Bolloré. Pour beaucoup d’Algériens, c’est une simple “mise en conformité”, l’écrivain ralliant un groupe dont l’idéologie islamophobe et l’hostilité historique envers l’Algérie, en tant que nation, sont bien documentées. Mais au–delà du cas individuel, ce ralliement – ou ce débauchage – est un épisode révélateur de la bataille culturelle menée par l’extrême droite en France, bataille dont le groupe Bolloré est devenu le vaisseau amiral.
Le départ de Boualem Sansal de Gallimard pour rejoindre une maison du groupe Hachette Livre, désormais contrôlé par Vivendi, s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus vaste : la concentration accélérée des médias et de l’édition en France, et la montée en puissance d’un bloc idéologique qui cherche à imposer son récit dans l’espace public. Les idées de Sansal, son hostilité affichée aux Palestiniens, son soutien à Israël, son rôle au sein du comité éditorial de Frontières, média d’extrême droite spécialisé dans la délation, trouvent une cohérence évidente dans l’univers Bolloré. L’écrivain rejoint un groupe dont les ambitions idéologiques sont ouvertement assumées.
Une stratégie culturelle “gramscienne”
Pour comprendre ce basculement, il faut revenir à Antonio Gramsci. Le théoricien marxiste, emprisonné par Mussolini, expliquait que la domination politique durable ne se conquiert pas seulement dans les urnes, mais dans la capacité à imposer un récit, une vision du monde, un « sens commun ». La conquête du pouvoir passe d’abord par la conquête des esprits. L’extrême droite française a parfaitement intégré cette leçon. Depuis les années 1980, elle mène une stratégie de conquête culturelle : transformer progressivement le paysage médiatique, intellectuel et éditorial pour y imposer ses thèmes, ses obsessions et ses priorités.
Depuis plusieurs années, le groupe Bolloré avance avec une cohérence stratégique remarquable. En prenant le contrôle de CNews, d’Europe 1 ou du Journal du Dimanche, en restructurant leurs lignes éditoriales, en imposant des figures issues de l’extrême droite au racisme décomplexé, Vivendi a constitué un véritable bloc médiatique. Ce bloc ne se contente pas de commenter l’actualité : il la façonne, la hiérarchise, la réécrit. Il diffuse une vision du monde où l’immigration, l’islam, l’insécurité et le déclin national occupent une place centrale, obsessionnelle. Il s’agit d’un projet pensé, financé et déployé avec méthode.
Un empire médiatique qui absorbe aussi l’édition
L’acquisition progressive d’Hachette Livre, troisième groupe d’édition mondial, s’inscrit dans cette même logique. En intégrant l’édition à son dispositif, Bolloré ne diversifie pas seulement ses activités : il ambitionne de contrôler la chaîne complète de production du récit, depuis les plateaux télé jusqu’aux rayons des librairies. La littérature, longtemps perçue comme un espace de pluralisme et de résistance, devient un terrain de conquête. Les maisons d’édition ne sont plus seulement des lieux de création, mais des instruments de pouvoir.
Le transfert de Sansal intervient précisément dans ce moment où l’édition française bascule vers une concentration qui menace son indépendance historique. Ce n’est pas un hasard si Nicolas Sarkozy, président condamné par la justice, a joué un rôle d’intermédiaire dans ce ralliement. Son intervention, rapportée par plusieurs sources, illustre la manière dont la politique, l’édition et les médias se trouvent désormais imbriqués dans un même projet de recomposition idéologique.
Le choix de Sansal, qu’il soit motivé par des raisons financières ou par une affinité avec certaines orientations du groupe, s’inscrit dans un mouvement où écrivains, journalistes et essayistes sont attirés vers un pôle éditorial qui cherche à imposer une idéologie xénophobe et islamophobe. Le groupe Bolloré est le vaisseau amiral de cette offensive culturelle, d’autant plus redoutable qu’il peut lever des moyens financiers considérables et s’appuyer sur un réseau médiatique intégré.
Gallimard, bastion fragilisé
La vieille maison Gallimard apparaît comme un bastion fragilisé. Elle est confrontée à un acteur dont la puissance économique et médiatique est sans précédent. Le champ littéraire en France n’est plus un territoire relativement préservé, mais un espace traversé par des logiques de captation et de domination. Les maisons d’édition indépendantes auront bien du mal à résister au rouleau compresseur d’un groupe qui agit comme une armée avec un ordre de bataille.
Le ralliement de Sansal à Bolloré s’inscrit parfaitement dans sa trajectoire idéologique. Sa déloyauté individuelle à l’égard de Gallimard est presque secondaire par rapport au basculement général, très « années 1930 », qui semble s’opérer en France. C’est un épisode de plus dans une bataille culturelle où se joue l’avenir du pluralisme éditorial, et où l’extrême droite avance désormais avec les moyens d’un empire.
Boualem Sansal quitte Gallimard pour le groupe Hachette, propriété de Vincent Bolloré
La décision de l’écrivain provoque la sidération dans le monde des lettres et incarne, une fois de plus, la vampirisation de Vincent Bolloré sur l’édition et les médias.
Publié le 12 mars 2026
Nicolas Sarkozy aurait d’abord tenté de convaincre Boualem Sansal de rejoindre Fayard, une autre maison d’édition détenue par l’homme d’affaires d’extrême droite.
© Raphael Lafargue/ABACA
Le romancier franco–algérien Boualem Sansal quitte les éditions Gallimard pour Grasset, filiale d’Hachette Livre. Après avoir soutenu l’écrivain avec détermination lors de sa détention en Algérie, Antoine Gallimard s’est dit « très peiné » par cet abandon. Joint par nos soins, l’éditeur de Sansal chez Gallimard, Jean–Marie Laclavetine, n’a pas souhaité réagir publiquement. Il avoue cependant « avoir du mal à digérer ce départ. Ce n’est pas une surprise, il m’en avait parlé mais je n’arrive pas à y croire ». Après 27 années de bons et loyaux services, Boualem Sansal a donc l’intention de passer « à l’ennemi », chez Hachette Livre, groupe contrôlé par Vivendi, propriété de Vincent Bolloré. Il devrait y publier son prochain livre, dans lequel il compte revenir sur son incarcération en Algérie. On peut être assuré que le retentissement prévisible de cet ouvrage permettra à son nouvel éditeur de substantielles retombées financières. On les pressent même colossales, n’est–ce pas ce qui prime avant tout, dans une perspective purement mercantile ?
Nicolas Sarkozy comme médiateur
Belle prise de guerre, donc pour le milliardaire qui vampirise sans trêve l’édition et les médias, suivant une logique idéologique rien moins que progressiste.
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Selon les informations de la Lettre, un intense travail de pression, de la part d’Hachette, aurait été mené en vue du débauchage de l’écrivain. Nicolas Sarkozy aurait d’abord tenté de convaincre Boualem Sansal de rejoindre Fayard, une autre maison d’édition détenue par l’homme d’affaires d’extrême droite. Cette décision est d’autant plus sidérante que Boualem Sansal est édité chez Gallimard depuis son premier roman le Serment des barbares, paru en 1999. Cité par Le Monde, Antoine Gallimard aurait réagi en ces termes : « Nous n’avons pas eu la conversation que j’aurais aimé avoir » sur les raisons de ce départ. « Nous nous sommes battus pour que Boualem Sansal puisse sortir de prison. J’ai été en relation avec deux avocats, l’ambassadeur de France à Alger, nous avons créé une association de soutien, j’ai veillé à ce que sa pièce de théâtre le Village de l’Allemand soit jouée à Paris ».
Des geôles d’Alger au siège des immortels
Boualem Sansal avait été incarcéré durant un an, à partir du 16 novembre 2024, dans les geôles d’Alger, après avoir été arrêté à l’aéroport de la capitale algérienne, à cause de propos polémiques sur l’origine des frontières actuelles de l’Algérie et du Maroc, tenus dans le média français d’extrême droite Frontières.
L’écrivain franco–algérien Boualem Sansal entre à l’Académie française
Condamné à 5 ans de prison ferme en mars 2025, l’écrivain âgé de 81 ans, atteint d’un cancer de la prostate, avait fini par être gracié en octobre de la même année par le président de la République algérien, Abdelmadjid Tebboune. Boualem Sansal avait été libéré « pour raisons humanitaires », grâce à l’aide du président allemand, qui s’était engagé à le faire soigner. L’écrivain ne s’est pas encore publiquement exprimé sur son transfert éditorial. Il aurait vanté les conditions de rémunération offertes par Grasset. D’après la Lettre, Arnaud Lagardère serait alors directement intervenu pour le convaincre, avec le soutien de Vincent Bolloré.
Boualem Sansal a été naturalisé français en 2024. À son retour en France, après son passage par l’Allemagne, il avait reçu le prix Cino del Duca et la Légion d’honneur. Il a rejoint les « Immortels » de l’Académie française en janvier dernier. Il a été élu, au premier tour, au fauteuil numéro 3, laissé vacant par le décès de l’avocat et historien Jean–Denis Bredin.
Jean Sénac :100 ans, 1001 archives
Meitinger, Serge
12 mars 2026
1Ce numéro célèbre le centenaire de Jean Sénac, né le 29 novembre 1926 à Béni Saf (Algérie), et souhaite donner une idée plus précise de l’amplitude comme de la variété des diverses archives qui contiennent des pans parfois ignorés ou encore inconnus de ses multiples activités (homme de radio et de revues, dramaturge, poète, critique, diariste, épistolier, autobiographe…), qu’elles aboutissent ou non à des œuvres au sens habituel du terme.
2De nos recherches, émerge d’abord un massif dont la richesse étonne, celui de l’œuvre radiophonique. Jean Sénac fut en effet de longues années, en tant que metteur en ondes, présentateur et réalisateur, à Radio–Alger puis sur la RTA (Radio–télévision Algérienne), le maître d’œuvre d’un grand nombre d’émissions poétiques qui eurent un beau retentissement. Simon Asencio et Guy Dugas, se fondant sur les archives de la BnA (Bibliothèque nationale d’Algérie), les notes et carnets de Sénac et toutes autres sources à leur disposition, ont établi un « Essai d’inventaire méthodique et commenté de l’œuvre radiophonique », qui devrait permettre d’inventorier plus large encore et d’aller y voir de plus près. Toutefois ces émissions subsistent le plus souvent sous la forme de scripts préparatoires ou de chemins de fer. Kaï Krienke étudie en détail sur tapuscrits celles qui présentent, en 1967, « la protestation poétique afro–américaine » et dévoile les modalités de la mise en ondes, expliquant comment s’imbriquent et s’ordonnent musique, lectures de poèmes, présentations et commentaires. L’examen de l’archive sonore révèle, hélas, que l’immense majorité des enregistrements a disparu ou que les supports de ces enregistrements sont en péril. Simon Asencio fait un bilan à partir de son expérience récente (2025) aux archives de la BnA, et réussit à nous offrir à partir des enregistrements survivants les transcriptions partielles de deux entretiens, réalisés autour du Festival culturel panafricain (PANAF) de 1969, avec le poète marocain Abdellatif Laâbi et avec René Depestre, poète et écrivain haïtien. Son travail suggère qu’il faudrait d’urgence sauvegarder ces supports si l’on veut ne pas les perdre tout à fait. 3Jean Sénac a toujours souhaité disposer d’une revue pour installer la production maghrébine au sein de la poésie universelle, et pour influencer surtout un possible rapprochement culturel et intellectuel entre les communautés présentes en Algérie et se tenant séparées, arabo–berbère d’une part, coloniale de l’autre. Ses revues ont eu pour nom : M, Soleil, Terrasses et leur vie fut très brève. Guy Dugas analyse à partir d’une grande diversité de sources les raisons de l’échec du n° 2 de Terrasses : causes sociales, culturelles, politiques et historiques, et tous les aléas des relations entre écrivains, intellectuels, autorités locales et nationales des deux côtés de la Méditerranée. La plasticité du tempérament de Sénac et sa ténacité lui permirent tout de même de récupérer dans une autre publication le travail réalisé pour ce numéro avorté ! Sans doute moins connu, car quasiment occulté jusqu’à ce jour, ce qui a déterminé et actualisé chez Sénac une vocation de dramaturge. Avant même de quitter l’Algérie en août 1954, le jeune homme a suivi à Alger tous les spectacles qui lui étaient accessibles, et fréquenté autant qu’il le pouvait le milieu des acteurs comme des auteurs. Une fois en métropole, il suit avec passion l’actualité dramatique de Paris, et en particulier les réalisations du TNP (Théâtre national populaire), qui lui inspirent l’idée d’ouvrir la voie à un théâtre national algérien par des productions novatrices en lien avec la société où il a vécu depuis l’enfance. Pendant son séjour en France, il écrit une tragédie : Le soleil interdit qui reprend en l’adaptant à une intrigue algérienne de l’époque coloniale la thématique de Roméo et Juliette. Dominique Combe situe ce projet et sa réalisation dans son contexte historique et algérien, et souligne les dimensions propres à ce tragique qui adapte le genre à une situation nouvelle. Il montre aussi à quel point le poète préserve et même amplifie son lyrisme dans cette ambitieuse entreprise. La pièce est terminée en 1959, mais Sénac ne réussira jamais, malgré de nombreuses tentatives, ni à la faire jouer ni à la faire éditer, et elle reste inédite à ce jour. Au moment où il achève ce projet majeur, vers 1958, le jeune dramaturge envisage un type de théâtralité nouvelle à lui inspiré par les spectacles de Géants et de Grosses Têtes de la tradition populaire espagnole : une manière de « tragédie–bouffe » qu’il dénomme Grotesque. Hervé Sanson souligne les ambitions et les novations de cette nouvelle tonalité théâtrale et met en perspective les trois réalisations en la matière : Les Colombes, Le Haricot Vert, La Galerie. Il définit les caractéristiques du genre, les particularités de chacune des trois pièces et l’unité de l’ensemble. Elles non plus n’ont été ni jouées ni éditées (à l’exception d’une seule imprimée dans une revue universitaire), mais il y a un projet d’édition en cours pour ces trois « tragédies–bouffes ». 4Jean Sénac a été longtemps animé par un projet d’autobiographie auquel il souhaitait donner les dimensions d’une épopée intime et cosmique ; il avait prévu plusieurs volumes. Il y travaille de façon discontinue et comme par éclats entre février 1959 et octobre 1962, lors de son séjour en métropole, pendant la guerre d’Algérie. Il en abandonne l’écriture, non le projet, à son retour en Algérie, au moment de l’Indépendance. De cet énorme chantier, il ne nous reste sous le titre d’Ébauche du père qu’un arrangement de fragments posthumes. Le livre paru chez Gallimard en 1989, grâce au travail de Rabah Belamri, ne respecte ni exactement l’ordre voulu par l’auteur, moins encore la totalité des textes. Serge Meitinger a trouvé parmi les reliquats, voire les rebuts, de cette considérable archive (sise à la BnA) de quoi écrire l’histoire d’une scène primitive plus crue, plus âpre, plus obscène que ce qu’il en transparaît dans la version publiée. Contrepoint presque pathétique à une ambition radicale que la vie n’eut le temps d’accomplir. 5Enfin, Jean Sénac, intégralement poète même quand il est metteur en ondes, revuiste, dramaturge, autobiographe, est aussi, avec la même passion, frère et ami de tous les poètes de tous les temps et lieux même s’il a tendance à privilégier au présent ses compagnons de lutte pour la libération des peuples. Et Patrick Lucian, qui s’est livré à un minutieux travail de collecte de toutes les allusions de Sénac à Rimbaud dans les œuvres et carnets du poète, dessine pour nous le filigrane d’une figure idéale et fraternelle dont le destin est voué à le surplomber dans la grâce comme dans la disgrâce ! 6Pour finir en poésie, nous avons souhaité entrer dans « l’atelier du poète » en montrant et transcrivant quelques brouillons inédits de Sénac empruntés à la bibliothèque de l’Alcazar à Marseille. Nous remercions Guy Dugas qui nous a révélé ces textes et bien d’autres pour notre travail.
7Ce numéro, nous voudrions le dédier à Hamid Nacer–Khodja, disparu il y a déjà dix ans, à qui nous devons les travaux les plus considérables en vue de la préservation et de la connaissance de l’œuvre de Jean Sénac, et à Jacques Miel, qui nous a quitté tout récemment et qui fut le fils élu de Jean et dont la figure apparaît parfois comme une ombre en ces pages, lui aussi veilleur et gardien de l’œuvre comme de la mémoire. Un bref hommage lui est rendu, ci–après, au seuil de cet ensemble. «J’irai jusqu’au bout» : Boualem Sansal veut poursuivre l’Algérie devant la justice internationale
L'écrivain Boualem Sansal s'est exprimé au micro de CNews ce vendredi au sujet de son emprisonnement en Algérie, à l'occasion des 200 ans de Hachette, sa nouvelle maison d'édition. L'académicien refuse de passer l'éponge et souhaite demander justice contre le régime algérien.
Boualem Sansal. IPA/SIPA / © Marco Destefanis
Quelques mois après sa libération, Boualem Sansal refuse de faire profil bas. « J’ai été agressé par un gouvernement, par un régime. Je ne parle pas de vengeance, mais je veux aller jusqu’au bout. Je veux un jour pouvoir aller à la justice internationale et demander des comptes au gouvernement algérien. […] C’est impossible que j’accepte cette situation, et j’irai jusqu’au bout », a martelé l’écrivain franco–algérien au micro de CNews ce vendredi, à l’occasion de la célébration à Paris du 200e anniversaire de Hachette Livre, sa nouvelle maison d’édition. Condamné à cinq ans de prison le 16 novembre 2024 pour avoir, entre autres, affirmé que l’Algérie avait récupéré des territoires appartenant au Maroc lors de la colonisation française, Boualem Sansal a finalement été gracié par le président algérien Abdelmadjid Tebboune en novembre dernier à l’appel du président allemand, Frank–Walter Steinmeier. Si certains l’invitent à « accepter la situation », a–t–il confié à Laurence Ferrari, l’académicien veut « se battre » et demande à « être épaulé ». Et d’insister : « Les considérations géostratégiques, je n’en ai rien à fiche de ça. » Les différends se sont multipliés ces derniers mois, sur fond de désaccords diplomatiques, sécuritaires et migratoires. La visite à Alger du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, en février, visait précisément à tenter de rouvrir des canaux de coopération, notamment sur la reprise des ressortissants algériens visés par des OQTF et sur les échanges entre services de sécurité. Mais plusieurs dossiers sensibles – expulsions de diplomates, coopération sécuritaire ou délivrance de laissez–passer consulaires – continuent de nourrir un climat de méfiance entre Paris et Alger. La détention du journaliste français Christophe Gleizes depuis mai 2024 n’arrangeant rien.
Les dessins du jour
Municipales : quelles alliances après dimanche ?
Après avoir fait voter en conseil municipal la prise en charge de ses frais de justice par la Ville dans une affaire de diffamation, Benoît Payan se retrouve dans le viseur de la justice. A quelques jours du premier tour des élections municipales.