image1

 

 

– Revue de presse N° 248

– 5 septembre 2026 – { 2003–2026 } – { 23ème année }

 

https://www.tsa–algerie.com/algerie–enquete–sur–4–000–micro–entreprises–soupconnees–de–fraude–a–limportation/

Algérie : enquête sur 4.000 micro–entreprises soupçonnées de fraude à l’importation

Ali Idir

5 septembre 2026

Le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations continue de faire des révélations sur les anomalies constatées dans le cadre du programme prévisionnel d’importation (PPI).

Ce mécanisme, mis en place en juillet 2025, a permis de centraliser les demandes et de déceler de nombreuses déclarations qui semblent en décalage avec la réalité.

Mercredi dernier, le département de Kamel Rezig a annoncé que ses services avaient détecté plus de 1 000 doublons dans les dossiers déposés.

image3

Ce samedi 5 septembre, le même ministère a dévoilé des chiffres ahurissants : près de 4000 opérateurs employant entre 0 et 5 personnes ont introduit des demandes d’importation de matières premières et d’intrants de production d’un montant cumulé de plus de 130 milliards de dollars.

Ce montant concerne uniquement les programmes prévisionnels pour le second semestre de 2026, soit une période de six mois, alors que les importations de l’Algérie n’ont jamais franchi le seuil des 70 milliards de dollars.

Il s’agit de “chiffres frappants qui soulèvent des interrogations quant à l’adéquation de certaines estimations d’importation déclarées avec la taille des entreprises concernées et le nombre de salariés déclarés”, écrit le ministère dans un communiqué.

Près de 130 milliards de dollars d’importations pour des entreprises ayant moins de 5 employés 

image4

L’importateur Sboub

Selon les données extraites de la plateforme dédiée aux PPI, 3 961 opérateurs économiques, employant entre zéro et cinq salariés seulement, ont déposé des demandes d’importation d’une valeur totale de 130,32 milliards de dollars, en vue de leur validation par les services du ministère, lit–on dans le communiqué.

Dans le détail, le ministère a indiqué que 149 opérateurs économiques n’employant aucun salarié ont présenté des demandes d’importation d’une valeur totale de 484,58 millions de dollars et que 949 opérateurs employant un seul salarié ont déposé des demandes d’importation d’une valeur de 21,84 milliards de dollars.

Les opérateurs employant deux personnes, au nombre de 851, ont déposé des demandes d’importation d’une valeur totale de 88,76 milliards de dollars.

Ceux ayant trois travailleurs (722 opérateurs) ont déposé des demandes d’importation de 15,52 milliards de dollars et ceux dont le nombre d’employés est de quatre personnes (641 opérateurs économiques) ont déposé des demandes pour importer des marchandises d’une valeur totale de 1,74 milliard de dollars. Enfin, des demandes d’importation

d’une valeur de 13,84 milliards de dollars ont été introduites par 649 opérateurs économiques employant cinq salariés seulement.

Le ministère va enquêter sur les décalages 

Toutefois, le ministère se garde de tirer des conclusions hâtives, soulignant dans son communiqué que “le caractère indicatif des programmes d’importation des opérateurs économiques ne signifie en aucun cas que ces estimations soient déconnectées de la réalité économique de l’entreprise ou disproportionnées par rapport à ses capacités et à ses besoins réels”. Seules des vérifications minutieuses permettront de le déterminer.

Aussi, le ministère annonce sa décision d’ouvrir une enquête, en coordination avec les secteurs ministériels concernés, “afin de vérifier les différentes matières premières, les intrants de production et les équipements importés par cette catégorie d’entreprises au cours du premier semestre de l’année 2026 et des années précédentes”.

Il s’agit de comparer les quantités et les valeurs importées avec la nature de l’activité déclarée, les capacités de production réelles, le nombre de salariés déclarés, ainsi que le volume d’activité économique réel des entreprises concernées, explique la même source.

C’est seulement à la lumière des résultats des enquêtes et des vérifications que le ministère prendra “les mesures appropriées conformément aux lois et réglementations en vigueur”.

Des “schémas inhabituels” dans les déclarations à la sécurité sociale 

En attendant, des situations douteuses sont d’ores et déjà détectées dans les déclarations à la sécurité sociale. Selon le communiqué, la plateforme numérique, s’appuyant sur l’intelligence artificielle, a détecté “des schémas inhabituels dans la déclaration des salariés au sein de cette catégorie d’entreprises, notamment par l’enregistrement de déclarations de salariés au cours de périodes spécifiques coïncidant avec les phases d’ouverture et de dépôt des programmes prévisionnels d’importation des matières premières et des intrants de production”.

L’analyse des données a montré que des entreprises ont déclaré auprès des services de la Caisse nationale de sécurité sociale des travailleurs salariés (CNAS) un certain nombre de salariés au cours de la période s’étendant de janvier 2026 au 31 mars 2026, avant de ne déclarer aucun salarié au cours des mois d’avril, mai et juin 2026. Ces mêmes entreprises ont par la suite fait de nouvelles déclarations de salariés pour la période du 1er juillet au 30 septembre 2026, une période qui coïncide avec “les étapes de dépôt et d’examen des programmes prévisionnels d’importation”.

“Une enquête sera ouverte sur ces cas, et les mesures nécessaires seront prises à la lumière des résultats de ces enquêtes, conformément aux lois et réglementations en vigueur”, promet le ministère du Commerce extérieur.

Hors sujet

https://www.elkhabar.com/fr/economie/de–graves–depassements–dans–les–dossiers–d–importation–264760

De graves dépassements dans les dossiers d’importation

5 septembre 2026

Le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations a révélé, ce samedi, de graves dépassements de la part de plusieurs opérateurs économiques lors du traitement des dossiers des programmes prévisionnels d’importation au titre du deuxième semestre 2026.

Selon un communiqué du ministère, l’opération effectuée au niveau de la plateforme numérique dédiée à l’importation des matières premières et des intrants de production a fait ressortir « des chiffres interpellants qui soulèvent des interrogations quant à la compatibilité de certaines prévisions d’importation déclarées avec la taille des entreprises concernées et le nombre de travailleurs déclarés ».

D’après les données extraites de la plateforme, précise le ministère, 3 961 opérateurs économiques, employant entre zéro et cinq travailleurs seulement, ont introduit des demandes d’importation d’une valeur globale de 130,32 milliards de dollars, soumises au visa des services du ministère.

Ces données se répartissent, selon le nombre de travailleurs déclarés, comme suit :

image5 l’importateur Sboub !

149 opérateurs économiques n’employant aucun travailleur ont introduit des demandes d’importation d’une valeur globale de 484,58 millions de dollars.

949 opérateurs économiques employant un seul travailleur ont présenté des demandes d’importation d’une valeur globale estimée à 21,84 milliards de dollars.

851 opérateurs économiques employant seulement deux travailleurs ont introduit des demandes d’importation d’une valeur globale estimée à 76,88 milliards de dollars.

722 opérateurs économiques employant seulement trois travailleurs ont présenté des demandes d’importation d’une valeur de 15,52 milliards de dollars.

641 opérateurs économiques employant quatre travailleurs ont introduit des demandes d’importation d’une valeur de 1,74 milliard de dollars.

649 opérateurs économiques employant seulement cinq travailleurs ont présenté des demandes d’importation d’une valeur de 13,84 milliards de dollars.

Le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations a affirmé que « le caractère prévisionnel des programmes d’importation des opérateurs économiques ne signifie en aucun cas que les prévisions doivent être déconnectées de la réalité économique de l’entreprise ou disproportionnées par rapport à ses capacités et à ses besoins réels ».

Le ministère a décidé d’ouvrir une enquête, en coordination avec les secteurs ministériels concernés, afin d’examiner les différentes matières premières, les intrants de production et les équipements importés par cette catégorie d’entreprises durant le premier semestre 2026 ainsi que les années précédentes.

Cette opération vise à vérifier la concordance des quantités et des valeurs importées avec la nature de l’activité déclarée, les capacités de production réelles, le nombre de travailleurs déclarés, ainsi que le volume réel de l’activité économique des entreprises concernées.

Le ministère a souligné qu’il prendra, à la lumière des résultats des opérations d’enquête et d’audit, les mesures appropriées conformément aux lois et règlements en vigueur.

Par ailleurs, le ministère a révélé que la plateforme numérique, dotée de technologies d’intelligence artificielle, avait détecté des schémas inhabituels dans les déclarations des travailleurs au sein de cette catégorie d’entreprises, notamment à travers l’enregistrement de déclarations de travailleurs durant des périodes précises coïncidant avec les étapes d’ouverture et de dépôt des programmes prévisionnels d’importation de matières premières et d’intrants de production.

Les résultats de l’analyse des données, précise la même source, ont montré qu’un certain nombre de ces entreprises avaient déclaré auprès des services de la Caisse nationale des assurances sociales des travailleurs salariés (CNAS) un certain nombre de travailleurs durant la période allant de janvier 2026 au 31 mars 2026, avant de ne déclarer aucun travailleur durant les mois d’avril, mai et juin 2026.

En revanche, de nouvelles déclarations de travailleurs ont été enregistrées durant la période allant du 1er juillet au 30 septembre 2026, soit les mois coïncidant avec les étapes de dépôt et d’examen des programmes prévisionnels d’importation.

Le ministère a confirmé qu’une enquête sera ouverte concernant ces cas et que les mesures nécessaires seront prises à la lumière des résultats des investigations, conformément aux lois et règlements en vigueur.

image6

https://www.laprovence.com/article/societe/15209907925233/figure–de–la–vallee–de–l–ubaye–jose–borelli–dont–la–foret–etait–la–vie–s–est–eteint

Figure de la vallée de l’Ubaye, José Borelli, dont la forêt était la vie, s’est éteint

5 septembre 2026

"La forêt, c’était sa vie." La formule, chez les siens, revient comme une évidence. José Borelli était né le 12 août 1936 dans la chapelle d’Auron, sur la commune de Saint–Étienne–de–Tinée, dans les Alpes–Maritimes, aucune maternité ne desservait alors la station naissante.

Fils d’un garde forestier de Saint–Dalmas–le–Selvage, il n’a jamais quitté l’univers de la montagne. Après l’École forestière des Barres à Nogent–sur–Vernisson, puis un service militaire en Allemagne et en Algérie, il rejoint Jausiers (Alpes–de–Haute–Provence) en mars 1959 pour y prendre son premier poste à l’Office national des forêts.

La même année, il épouse en Algérie Marie, rencontrée lors de son service militaire, avant de faire de la vallée son port d’attache définitif.

Une vie donnée à la forêt et aux autres

De 1962 à 1965, il encadre le chantier forestier du camp d’accueil des Harkis installé sur la commune, veillant sur les familles avec la patience des discrets.

Après cinq années passées à Guillaumes, dans les Alpes–Maritimes, il revient à Jausiers en 1973 et y achève sa carrière comme technicien chef en 1996.

Dans le jardin familial, il aura expérimenté jusqu’à 58 espèces d’arbres différentes, s’obstinant à planter un châtaignier là où le calcaire aurait dû l’en dissuader. "Il était dans son milieu naturel", confient ses proches, entre chasses, cueillettes de champignons et récoltes de génépi partagées.

image7

La retraite, il l’a comblée en s’investissant sans compter dans une douzaine d’associations. Il présida la Fédération nationale des anciens combattants d’Afrique du Nord ainsi que l’Amicale des mutilés anciens combattants, occupa la vice–présidence du Souvenir français, la trésorerie de la société de chasse, et siégea à l’Association pour la valorisation du patrimoine de la vallée de l’Ubaye. Conseiller municipal de 1976 à 1989, il avait accompagné les grandes réalisations locales : plan d’eau, centrales hydroélectriques… Il intervenait aussi dans les centres de vacances et les écoles.

Homme de prestance, orateur naturel des cérémonies patriotiques, José Borelli tenait par–dessus tout à la transmission : de la mémoire, de la nature, du geste juste.

Le 9 octobre prochain, une plaque portera son nom près de l’ancien camp de forestage et rappellera que dans la vallée, José veillait sur les hommes autant que sur les arbres.

https://www.estrepublicain.fr/defense–guerre–conflit/2026/09/05/benjamin–stora–a–verdun–les–guerres–sont–des–accelerateurs–d–histoire–extraordinaires

Benjamin Stora à Verdun : « Les guerres sont des accélérateurs d’histoire extraordinaires »

Jean–Baptiste Martin

5 septembre 2026

image8 La Zoubia

À combien estime–t–on le nombre de combattants nord–africains mobilisés durant la Grande Guerre ?

« Ils étaient 173 000. C’est la colonie qui a fourni le plus d’hommes. L’immense majorité était les Algériens musulmans. Parmi ces Algériens, 25 000 ont été tués.

Et parmi eux, il y a ceux qui ont été fraîchement naturalisés Français par le décret Crémieux, c’est–à–dire les Juifs. Ils étaient 16 000 recensés dans l’armée française et sur les 16 000 juifs, 2 500 ont été tués. »

On a pourtant l’impression que la mobilisation des combattants nord–africains s’est faite davantage sur la Seconde Guerre mondiale.

« Une guerre chasse l’autre. On a effectivement ces refoulements. Mais il faut prendre en compte la montée des nationalismes anticoloniaux. La plupart de ces gens qui ont combattu, qui vont revenir ensuite chez eux, vont être militants nationalistes indépendantistes.

Donc, eux–mêmes, vont effacer cette mémoire. Ce n’est pas simplement la France qui l’efface. Ils sont aussi des acteurs de leur propre histoire. C’est–à–dire que, lorsqu’ils se rendent compte qu’ils ont servi la France, mais que ça n’a servi à rien, eux–mêmes occultent cette histoire. Elle vient aussi du fait du désenchantement, du ressentiment. Ils avaient le sentiment d’avoir versé leur sang pour rien. »

Quelle était leur condition au front ?

« Alors, ce qui est intéressant, c’est que dans les recherches que j’ai faites pour venir ici, je me suis aperçu que les juifs et les musulmans étaient fondus dans les mêmes régiments parce qu’ils étaient considérés comme « indigènes ». Alors que les uns étaient Français, les autres ne l’étaient pas. Donc, dans l’imaginaire français, quelque part, les juifs n’étaient pas encore devenus tout à fait français. Ils font partie des régiments de Zouaves avec les autres. D’ailleurs, les Algériens n’existaient pas en tant qu’Algériens. Ce sont des « indigènes ». Ce n’est qu’au front qu’ils sont considérés comme « tirailleurs algériens ». »

Dans votre ouvrage « Les immigrés algériens en France », vous évoquez au sujet des combattants indigènes une « échappée hors du ghetto colonial qui porte en elle les potentialités d’une rupture avec l’ordre établi ». Était–ce les frémissements de l’indépendance de l’Algérie ?

« Ce n’est pas aussi mécanique. Vous savez, les guerres sont des accélérateurs d’histoire extraordinaires. La condition du colonisé en 1913 et 1920, n’est plus la même. Pourquoi ? Parce que, d’abord, il est allé en métropole.

Il a vu qu’il n’y avait pas cette forme de mépris existant dans la société coloniale, il ne la retrouve pas dans la société française. Il découvre aussi le mouvement ouvrier, le syndicalisme, le socialisme.

L’Étoile nord–africaine qui a été la première organisation à réclamer l’indépendance de l’Algérie, est née dans les milieux ouvriers où il y avait aussi des Poilus. Les idées d’émancipation, il va les découvrir à ce moment–là dans la guerre par la guerre. C’est le cas de Messali Hadj, le plus célèbre exemple bien sûr.

Ce qu’il a gardé fondamentalement, c’est la possibilité de l’émancipation et de la fraternisation. Parce qu’il a connu le mouvement ouvrier, la Révolution russe, le Kémalisme, il étouffe dans la société coloniale et, donc, il l’aspire à revenir en France. Il va y avoir une vague d’émigration algérienne vers la France qui est très forte après la guerre. »

Ce qui explique qu’il y a eu une vague d’immigration en Lorraine ?

« Ce n’est jamais mécanique, automatique. Il y a une part d’héritage, oui. Mais, en fait, c’est l’industrialisation et le trou démographique. On a besoin de main d‘œuvre. »

Quelle est la mémoire, aujourd’hui, de la Grande Guerre en Algérie ?

« C’est une mémoire qui est très faible. Elle est pratiquement effacée parce que le combat anticolonial a été plus fort que tout. Le nationalisme algérien est né dans les années 1920 dans sa version moderne avec beaucoup d’anciens combattants de 1914.

Mais, en même temps, ce n’est pas si simple parce que dans ce nationalisme algérien, on va trouver des accents français à la fois de la révolution française, de la fraternité du soldat.

On ne peut pas tout dissocier. Ce n’est pas un hasard si on retrouve parmi les grands dirigeants du FLN beaucoup de sergents de l’armée française durant la Seconde Guerre mondiale, comme Ahmed Ben Bella, Amar Ouamrane ou Krim Belkacem. Ils ont connu l’apprentissage des armes, du feu.

C’est un plus pour eux dans le nationalisme. »

Comment l’Armistice du 11–Novembre a–t–il été vécu en Algérie ?

« À ma connaissance, il n’y a rien. En novembre, pour les Algériens, c’est le 1er novembre. C’est le début de la guerre d’Algérie. Chacun a sa chronologie.

En 1918, c’est fêté par les Européens et, aussi, par beaucoup de musulmans qui étaient attachés à la France. Tout cela va changer après 1945, les massacres de Sétif et de Guelma.

image9

Monument aux morts de Constantine archive RPweb

Il reste le monument aux morts de Constantine. Les Algériens l’ont conservé. Il est dans la mémoire de tous les Constantinois. Quelles que soient leur communauté et leur confession parce que c’est un patrimoine de la ville tout simplement. »

« Des mondes dans la bataille : Verdun 1916 », du 2 avril au 31 décembre au Mémorial de Verdun. Conçue en complément du parcours permanent, cette exposition propose de sortir de la seule lecture franco–allemande pour inscrire la Grande Guerre dans une perspective plus large. Elle met en lumière des parcours rarement racontés : soldats de l’Empire colonial français, Danois engagés dans l’armée allemande, Alsaciens–Mosellans et Polonais divisés entre les deux armées, jusqu’à des individus au parcours atypique.

https://www.lindependant.fr/2026/09/05/son–absence–sera–immense–sa–voix–elle–continuera–de–porter–le–memorial–de–rivesaltes–rend–hommage–a–tony–gatlif–decede–deux–semaines–avant–sa–venue–au–13537150.php

"Son absence sera immense, sa voix, elle, continuera de porter"... Le Mémorial de Rivesaltes rend hommage à Tony Gatlif, décédé deux semaines avant sa venue au festival Courts Circuit

5 septembre 2026

image10

L'INDEPENDANT – MICHEL CLEMENTZ

Le cinéaste Tony Gatlif, connu pour ses films sur les exclus et la culture gitane, est décédé à 77 ans à Arles, a annoncé sa famille. Il devait participer le 17 septembre au festival Courts Circuit au Mémorial de Rivesaltes. La soirée, maintenue, se transformera en hommage à son œuvre et son engagement.

Il était le cinéaste des exclus, des marginaux, des gens du voyage… Le déplacement, la fuite, l’exil sont souvent revenus dans les films de Tony Gatlif reflétant sa propre trajectoire entre l’Algérie et la France. Chantre de la culture gitane avec une vingtaine de films – dont l’indispensable Gadjo Dilo –, Tony Gatlif est décédé, mercredi, à 77 ans, selon une annonce de sa famille à l’AFP, ce vendredi 4 septembre.

Selon sa famille, qui a loué "sa générosité, sa joie, sa poésie et son amour de la musique", Tony Gatlif est décédé à Arles, dans les Bouches–du–Rhône, d’un problème de santé alors qu’il travaillait sur un projet de film historique.

Son décès résonne un peu plus qu’ailleurs dans le département des Pyrénées–Orientales où Tony Gatlif était attendu le 17 septembre prochain pour une étape du festival itinérant Courts Circuit au Mémorial de Rivesaltes.

Une immense tristesse

Sur leurs réseaux sociaux, les équipes du festival et du Mémorial évoquaient leur "immense tristesse". "Tony Gatlif devait être l’un des grands invités de cette 7e édition de Courts Circuit 66, le 17 septembre prochain au Mémorial du Camp de Rivesaltes, pour une soirée que nous avions imaginée autour de la mémoire tsigane, de son histoire, de sa transmission et de son cinéma".

Durant cette soirée, son film Liberté, consacré à la persécution des Tsiganes en France pendant la Seconde Guerre mondiale, devait être diffusé avant des échanges "avec lui autour de cette mémoire trop longtemps tue". "Cette rencontre n’aura malheureusement jamais lieu comme nous l’avions imaginée", déploraient les organisateurs de ce moment qui est toutefois maintenu. "Nous avons décidé, avec beaucoup d’émotion, de maintenir la soirée du 17 septembre. Elle prendra évidemment un autre sens".

"Cette soirée deviendra un hommage à Tony Gatlif, à son cinéma, à ses combats et à la mémoire qu’il n’a cessé de faire vivre à travers ses films. Durant toute son œuvre, Tony Gatlif aura filmé celles et ceux que l’histoire et les sociétés ont trop souvent laissés à leurs marges. Les Tsiganes et les Roms, bien sûr, mais aussi l’exil, les frontières, les identités, la musique, la liberté et la transmission".

"Le recevoir à Rivesaltes, dans ce lieu chargé d’histoire et de mémoire, avait pour nous une force toute particulière", évoquaient les organisateurs. "Il n’y sera pas là physiquement, mais sa présence, sa voix, son œuvre et son engagement résonneront plus que jamais entre ces murs", précisait encore le Mémorial. "Le 17 septembre, au Mémorial du camp de Rivesaltes, nous penserons à Tony Gatlif et à tout ce qu’il nous laisse. Notamment à son témoignage précieux dans notre nouveau parcours permanent. Son absence sera immense. Sa voix, elle, continuera de porter".

https://www.jeuneafrique.com/1838902/politique/il–y–a–60–ans–le–proces–des–assassins–de–ben–barka–souvrait–a–paris/

www.jeuneafrique.com

Il y a 60 ans, le procès des assassins de Ben Barka s’ouvrait à Paris

Par Farid Bahri

5septembre 2026

image11

Rhita Ben Barka et Abdelkader Ben Barka, épouse et frère de l’opposant, arrivant au tribunal de Paris, le 12 septembre 1966. © AFP

Dans le Maroc de la pré–indépendance puis dans celui du roi Mohammed V, à partir de 1956, Mehdi Ben Barka, l’un des rares bacheliers que compte le pays, est le militant socialiste et homme politique le plus en vue.

Sa carrière a commencé au parti de l’Istiqlal, où deux courants s’opposent : « la tendance traditionnaliste, d’Allal El Fassi, et la tendance progressiste, de Mehdi Ben Barka, que dirige Moulay Abdallah Ibrahim », précise Abderrahim Ouardighi dans ses Énigmes historiques du Maroc indépendant (1956–1961), paru en 1979.

Ben Barka glisse doucement vers le socialisme révolutionnaire, le tiers–mondisme et le panafricanisme, jusqu’à devenir une figure internationale de la lutte anticoloniale, le « commis voyageur de la révolution ». « Il est un conseiller politique officieux du président algérien Ben Bella et de Nasser », insiste l’historien français Pierre Vermeren dans son Histoire du Maroc depuis l’indépendance (2002).

Bref, Ben Barka incarne tout ce que Hassan II, le deuxième roi du Maroc (1961–1999), abhorre dans le monde arabe.

Ben Barka réfugié à Paris

Très vite, le courant ne passe plus du tout entre les deux hommes. « Un premier complot s’abat, en 1963, sur l’Union nationale des forces populaires, le parti de gauche de Mehdi Ben Barka, créé en 1959.

Cinq mille cadres et militants sont arrêtés et jugés dans l’arbitraire le plus total.

L’objectif est de démanteler le parti après les législatives de 1963, qui ont souligné sa dynamique sous la houlette de son chef charismatique », explique Pierre Vermeren dans Le Choc des décolonisations, de la guerre d’Algérie aux printemps arabes (2015).

Entre le souverain alaouite et son principal opposant, la guerre est déclarée. Ben Barka n’a d’autre choix que de s’exiler. « En 1960, puis en 1963, il est forcé à l’exil pour avoir été impliqué dans de prétendus complots contre le pouvoir marocain.

Il est condamné à mort pour une seconde fois par coutumace », témoignera son fils, Bachir Ben Barka, en 1995.

Une épée de Damoclès pèse sur la tête de l’opposant numéro un. C’est dans la capitale française que Mehdi Ben Barka pose ses valises.  Condamné, ostracisé, il n’abandonne pas pour autant sa croisade philosophique. Au contraire, il se livre à un réquisitoire contre le pouvoir hassanien dans Option révolutionnaire au Maroc. Publié à Beyrouth, puis à Paris, le livre fait grand bruit.

Le leader nationaliste ne se sent pas complètement en sécurité, comme il le confie au journal cairote Al–Ahram le 13 novembre 1965 : « J’ignore ce que cache l’avenir, mais c’est en ce moment, plus qu’à tout autre, que je pressens un danger ».

En effet, les événements se précipitent.

image12

Maroc, le 23 janvier 1966 : le général Mohamed Oufkir, ministre de l’Intérieur (à dr.), et Ahmed Dlimi, le chef de la sécurité (au centre), tous deux impliqués dans l’assassinat de Mehdi Ben Barka. © UPI/AFP

« Le 29 octobre 1965, à 12 h 30, boulevard Saint–Germain, à Paris. Un homme s’apprête à entrer dans le Drugstore, quand deux policiers l’interceptent et le font monter dans une voiture. Une interpellation de routine ? Nullement. Ce qui se passe est autrement plus grave : les services secrets marocains viennent d’enlever, en plein cœur du VIIe arrondissement, Mehdi Ben Barka, figure du tiers–mondisme et principal opposant à la monarchie alaouite. L’un des plus grands scandales politico–diplomatiques de la Ve République commence », résume un haut fonctionnaire français sous le pseudonyme de Clément Tibère dans son Dictionnaire du renseignement (2018).

Dans une villa de Fontenay–le–Vicomte, au sud–est de Paris, qui appartient à Georges Boucheseiche, un proxénète notoire, le général Oufkir, ministre marocain de l’Intérieur, et son bras droit, le colonel Dlimi, arrivés la veille à Paris, assassinent Ben Barka. Toutefois, les zones d’ombre restent nombreuses, et les versions varient au fil du temps. Si bien que, depuis soixante ans, le mystère ne fait que s’épaissir. Une chose est certaine : après l’affaire, les relations entre la France et le Maroc sont totalement rompues. La brouille durera trois ans. Le général de Gaulle fulmine contre Hassan II, qu’il traite de « petit–roi » et de « jean–foutre ».

Le 5 septembre 1966, soit un peu moins d’un an après la disparition de l’opposant, le procès s’ouvre, par contumace, devant la cour d’assises de la Seine, à Paris. Les services de Hassan II sont directement incriminés. Le royaume, lui, impute à la république la responsabilité de ce qu’il qualifie d’ « affaire franco–française ». Ce qui n’empêchera pas la France d’émettre des mandats d’arrêt contre Oufkir et Dlimi.

« Le procès des ravisseurs de M. Mehdi Ben Barka s’ouvre ce lundi devant la cour d’assises de la Seine, soit onze jours avant la rentrée des cours d’appel et des tribunaux de grande instance. […] La liste, établie depuis quinze jours, conformément au code de procédure pénale, comporte les noms de vingt–sept jurés titulaires et de six suppléants. On pouvait craindre qu’en cette période de vacances le quorum nécessaire (vingt–trois jurés au minimum) ne soit pas atteint. Mais, à 9h30, dix–sept hommes et sept femmes, dont les noms figurent sur la liste, étaient présents. On a donc pu tirer au sort les neuf jurés titulaires et les quatre suppléants qui doivent entourer durant tous les débats le président, M. Jean Pérès, et ses assesseurs, MM. Édouard Lieutaud, Georges Perrot (titulaires) et Jean Valade (suppléant) », rapporte le quotidien français Le Monde le 6 septembre 1966.

Une série de morts violentes ou inexpliquées

Après trente–sept jours d’audience, un rebondissement se produit. Oufkir et Dlimi débarquent à Paris le 19 octobre. Le procès est reporté au mois d’avril 1967.  Il s’achèvera le 5 juin de la même année. Dlimi est acquitté. « Seuls des sous–fifres, Lopez et Souchon, sont condamnés [respectivement] à six et huit ans de prison. Les autres accusés, tous au Maroc sous la protection des services de la monarchie, le général Oufkir, l’agent des services marocains Miloud Tounsi, alias Chtouki, et les truands Boucheseiche, Le Ny, Palisse et Dubail sont condamnés pour la forme, par contumace, à la réclusion à perpétuité », rappelle l’historien Gilles Manceron dans le journal L’Humanité daté du 14 octobre 2014. Nombre d’entre eux mourront de mort violente ou dans des conditions douteuses au cours des années suivantes – le dernier en date, Dlimi, dans un accident de voiture en 1983.

Une décennie plus tard, en 1975, deux événements se produisent. D’abord, la famille Ben Barka dépose plainte. Et, le 18 décembre, Omar Benjelloun, chantre de la gauche marocaine, est assassiné à Casablanca. De quoi alimenter l’hostilité entre Hassan II et le camp progressiste, qui répétera, des décennies durant : « Entre nous et le palais il y a le cadavre de Ben Barka ». Quant à la disparition de l’opposant elle–même, elle continue de résister à la vérité judiciaire.

https://www.tsa–algerie.com/presidentielle–francaise–lalgerie–et–lislam–sinstallent–dans–la–bataille–electorale/

Présidentielle française : l’Algérie et l’Islam s’installent dans la bataille électorale

Riyad Hamadi

5 septembre 2026

Sans surprise, l’Algérie et les musulmans sont au cœur de la bataille électorale en France. Après l’interdiction du voile islamique dans la place publique, l’extrême droite actionne l’ascenseur électoral que représente l’Algérie via l’accord franco–algérien de 1968.

À sept mois de l’échéance, l’extrême–droite, la droite dure, et même une partie du centre instrumentalisent à outrance ces thèmes porteurs au gré des résultats des sondages.

Quitte à ressasser des propositions éculées et des mesures sans incidence comme la suppression de l’accord franco–algérien de 1968 que les spécialistes qualifient unanimement de « coquille vide ».

Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN), est donnée largement en tête au premier tour et gagnante au second. Le parti extrémiste en est là grâce en grande partie à son discours populiste centré sur l’immigration, l’Algérie, la colonisation, l’islam et les questions identitaires.

Pour sauvegarder son avance confortable, le RN a avancé d’un cran dans la surenchère en proposant de sanctionner le port du voile islamique dans l’espace public. Cela, sans perdre de vue la question de la relation avec l’Algérie que d’autres candidats tentent d’instrumentaliser, comme Édouard Philippe, son poursuivant immédiat dans les sondages.

L’accord de 1968, une coquille vide au cœur de la campagne en France

L’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron s’est mis à chasser sur le terrain de l’extrême–droite depuis plusieurs mois. Il est l’un des tout premiers à soutenir l’idée de révoquer l’accord franco–algérien sur l’immigration émise en 2023 par Xavier Driencourt, ancien ambassadeur à Alger. En décembre 2025, Philippe a soutenu sans ambiguïté que la colonisation de l’Algérie n’était pas un crime. Une position qu’il a réitérée fin août lors d’une visite à la Réunion.

En pleine pré–campagne pour la présidentielle de 2027, le président du parti Horizons est revenu à la charge concernant l’accord de 1968. Il a de nouveau promis de le révoquer. Il l’a fait précisément au moment où l’écart dans les sondages entre lui et Jean–Luc Mélenchon se rétrécissait, menaçant sa présence au second tour.

Dans le même temps, Édouard Philippe a repris à son compte une autre proposition qui avait permis à Bruno Retailleau de se faire élire président des Républicains en mai 2025 : engager « un bras de fer » avec l’Algérie.

« Il avait peur d’être distancé sur ce thème populiste », analyse, dans une contribution publiée sur TSA ce samedi 5 septembre, le président de l’Union des avocats franco–algériens (UAFA), Me Abderrazak Boudjelti.

Dans son texte, le juriste a démontré que cet accord ne permet « ni une invasion ni une submersion par l’immigration algérienne » et que sa suppression sera « sans conséquences graves pour les ressortissants algériens qui pourront enfin prétendre à tous les avantages du droit commun ».

Jusqu’où ira la surenchère sur l’Algérie ?

Boudjelti n’est pas le premier à démontrer que « les différents avenants intervenus depuis 1968 en ont fait une coquille vide ou presque ».

Mais le traité bilatéral continue d’être instrumentalisé comme thème de campagne, au moment où des questions cruciales comme la dette, le pouvoir d’achat et les défis climatiques devaient éclipser le reste.

Sur LCI, Jordan Bardella, le probable futur Premier ministre de Marine Le Pen, a évoqué la suppression de l’accord comme s’il s’agissait d’une décision qui déterminera l’avenir de la France.

« L’accord de 1968 qui facilite l’installation des ressortissants algériens en France sera supprimé », a–t–il réitéré, annonçant qu’en cas de victoire du RN en mai 2027, son gouvernement fera de la France le pays d’Europe le moins attractif et le moins généreux pour l’immigration de guichet social.

Le parti extrémiste veut aussi infliger des amendes aux femmes voilées, ce qui s’apparente à une interdiction de facto du port du voile dans l’espace public en France. Tout cela alors que l’on est en période pré–électorale. Les observateurs se demandent jusqu’où ira la surenchère de l’extrême–droite et de ceux qui chassent sur ses plates–bandes à mesure que se rapprochera l’échéance de 2027.

image13

Stanislas Hutin, l'appelé français qui a brisé le silence sur la torture coloniale en Algérie, nous a quittés

Stanislas Hutin, l'appelé français qui a brisé le silence sur la torture coloniale en Algérie, nous a quittés. Envoyé en Algérie à l’automne 1955, cet ancien séminariste et instituteur a refusé la complicité du silence face aux atrocités de l'armée française. Révolté par les sévices infligés aux populations civiles et le supplice à la « gégène » d’un adolescent de 14 ans à El Milia, le jeune Said Boutout, il est entré en rupture avec sa hiérarchie pour dénoncer l'usage systématique de la torture. Dès 1957, ses écrits clandestins dénoncent la réalité du système colonial. Son témoignage historique, soutenu par Pierre Vidal–Naquet et réédité à Alger chez Koukou Éditions (« Algérie 1955 : Un appelé s'insurge contre la torture »), a fait de lui l'un de ces rares hommes de conscience restés fidèles à la dignité humaine. Membre de la 4ACG, il a voué sa vie à la vérité, à la transmission et au respect entre les peuples.

https://sciencepost.fr/la–france–a–etudie–dans–les–annees–1870–une–mer–interieure–au–milieu–du–sahara–ce–que–les–releves–d–altitude–ont–montre–a–suffi–a–tout–enterrer/

La France a étudié dans les années 1870 une mer intérieure au milieu du Sahara : ce que les relevés d'altitude ont montré a suffi à tout enterrer

L'équipe Sciencepost

5 septembre 2026

Le 15 mai 1874, la Revue des Deux Mondes publie un article qui va enflammer les salons parisiens et les couloirs de l’Assemblée nationale. Son auteur, un officier topographe du nom de François Élie Roudaire, y expose un projet aussi simple dans son principe que titanesque dans son exécution : percer les dunes de sable qui séparent les Chotts de la Mer Méditerranée et faire couler l’eau dans le Sahara via un canal. L’idée n’est pas de creuser un simple fossé d’irrigation. Il s’agit ni plus ni moins que de créer une mer, en plein désert, à quelques centaines de kilomètres au sud d’Alger et de Tunis.

image14

Un capitaine saint–cyrien fasciné par une mer disparue

Rien ne prédestinait Roudaire à une telle ambition, sinon peut–être son enfance à Guéret, où son père dirigeait le musée d’Histoire naturelle. Son père transmet sa passion pour les sciences et l’Histoire à son fils, qui se dirige vers des études scientifiques et sort sous–lieutenant de la prestigieuse école militaire de Saint–Cyr. Affecté comme officier topographe en Algérie, il tombe sur un indice troublant : de vastes dépressions salées, les chotts, s’étendent sur des centaines de kilomètres entre l’Algérie et la Tunisie, et certaines mesures indiquent qu’elles se situent sous le niveau de la Méditerranée.

Roudaire n’invente rien de toutes pièces. Il découvre que dès le 18e siècle, un Anglais du nom de Shaw avait formulé l’hypothèse que la zone des chotts correspondait à celle d’une ancienne mer asséchée, qui aurait recouvert une grande partie du Sahara depuis le sud des Aurès jusqu’au golfe de Gabès. Mieux : les textes antiques semblent confirmer l’intuition. Roudaire acquiert la conviction que la vaste dépression salée correspond au lit d’une mer asséchée connue au temps d’Hérodote sous le nom de Baie de Triton. De là à vouloir la ressusciter, il n’y a qu’un pas, que l’officier franchit sans hésiter.

L’argument climatique achève de convaincre. En inondant ces dépressions, l’avantage de ce projet serait de modifier le climat de la région permettant la production agricole. Un désert transformé en grenier fertile, une mer artificielle ouvrant une voie maritime jusqu’au cœur du Maghreb : de quoi séduire une France encore meurtrie par la défaite de 1870, en quête de grandeur retrouvée.

Lesseps monte à bord, le pays s’enflamme

Le projet aurait pu rester une curiosité de revue savante. Il bascule dans une tout autre dimension lorsqu’un homme accepte de le porter : Ferdinand de Lesseps, tout juste auréolé du triomphe de Suez. L’initiateur en est un capitaine français qui a le soutien de Ferdinand de Lesseps, auréolé de la réussite du percement du canal de Suez, et qui se tourne déjà vers Panama. Pour Roudaire, c’est une bénédiction inespérée. Pour Lesseps, l’affaire a tout d’une nouvelle épopée à conduire.

Le soutien du bâtisseur de Suez n’est pas qu’une caution morale. Malgré toutes les incertitudes topographiques et géologiques, et pire, des certitudes qui parlent contre le projet, cet appui vaut de l’or. Lesseps ouvre à Roudaire les portes de l’Académie des sciences et des cabinets ministériels. Il appuiera Roudaire auprès des instances gouvernementales et lui donnera la tribune prestigieuse de l’Académie des Sciences. L’opinion publique suit, portée par la presse et par des figures aussi diverses que des écrivains, des savants et des politiques qui se laissent convaincre par la promesse d’une France capable de dompter le désert comme elle a dompté l’isthme de Suez.

L’Assemblée nationale finit par ouvrir les cordons de la bourse. L’opinion publique est tellement enthousiaste que le parlement français vote un crédit de 10 000 francs pour l’étude du projet, et Roudaire repart au Maghreb à la tête d’une équipe de trois officiers d’état–major, d’un médecin, du secrétaire de la Société Nationale de Géographie, de trente hommes du bataillon d’Afrique et de vingt soldats du Génie. Une expédition scientifique et militaire en bonne et due forme, pour vérifier sur le terrain ce qui n’était jusque–là qu’une hypothèse séduisante.

Ce que les niveaux ont révélé

C’est là que l’affaire se complique. Entre 1874 et 1878, Roudaire multiplie les missions de nivellement, cette technique topographique qui permet de mesurer précisément l’altitude d’un terrain par rapport au niveau de la mer. En 1874 et 1876, Roudaire entreprend deux expéditions pour déterminer les cotes, lui qui est topographe. Les premiers résultats, côté algérien, semblent lui donner raison : une partie des chotts se trouve bel et bien sous le niveau marin, parfois jusqu’à quarante mètres de profondeur selon certaines mesures.

Mais côté tunisien, les relevés tournent au cauchemar pour le projet. Les résultats sont plus négatifs que prévu sur la partie tunisienne : la dépression est discontinue jusqu’à la baie et les zones désertiques inondables ne sont pas toutes sous le niveau de la mer. Pire encore, un ingénieur du nom d’Edmond Fuchs fait une découverte qui change la donne géologique tout entière. Là où l’on imaginait un simple cordon de sable, Edmond Fuchs, en 1874, découvrit une barre de 40 mètres, faite de roches crétacées solides. Un obstacle rocheux massif, et non plus une dune facilement dégagée, se dresse entre la Méditerranée et les chotts.

Les campagnes suivantes ne font qu’aggraver le constat. En 1883, après une ultime mission financée par une société privée que Roudaire monte avec Lesseps, le verdict tombe, sans appel possible. De retour à Paris au printemps 1883, il faut se rendre à l’évidence : entre les chotts Sellem et Rharsa, un seuil d’une vingtaine de kilomètres rompt la continuité de la dépression. la mer intérieure rêvée par Roudaire n’aurait jamais été une étendue continue, mais une mosaïque de bassins séparés par des seuils rocheux, dont certains culminaient largement au–dessus du niveau marin.

Un rêve enterré par les chiffres, ravivé par le scandale

Les historiens et les géographes qui se sont penchés sur l’affaire s’accordent sur un point : ce sont les mesures d’altitude, bien plus que les arguments financiers, qui ont scellé le sort du projet. La surface réellement inondable fondait à vue d’œil au fil des expéditions. Alors qu’il y avait initialement un enthousiasme général pour le projet, des relevés ultérieurs ont révélé que l’un des chotts vers lequel Roudaire et de Lesseps proposaient de creuser un canal était en réalité au–dessus du niveau de la mer, ce qui réduisait la zone inondable de 6 000 à 8 000 kilomètres carrés.

Le débat scientifique reste vif jusqu’au bout, certains experts continuant de défendre la faisabilité technique quand d’autres, dont Fuchs, démontrent l’impossibilité géologique. Une commission parlementaire tranche finalement dans un sens prudent. Une commission parlementaire, en 1882, recommande l’ajournement. Ajournement qui, dans les faits, vaut enterrement : Roudaire meurt en 1885 sans avoir vu son projet se concrétiser, et le contexte politique achève de l’effacer des priorités nationales. Après le décès de François Elie Roudaire, le scandale du canal de Panama éclate, et le gouvernement français s’empresse d’oublier le projet de canal saharien du colonel Roudaire.

Il reste aujourd’hui une petite rue portant son nom à Guéret, sa ville natale, et un projet qui continue de fasciner les géographes pour une raison assez inattendue : les images satellite modernes confirment que certaines portions des chotts se situent bien en dessous du niveau de la mer, sans qu’aucun canal n’ait jamais permis de vérifier ce qu’aurait vraiment donné, à grande échelle, l’inondation contrôlée d’un désert.

https://fr.martincid.com/people/jean–paul–sartre–21/

Jean–Paul Sartre, le philosophe de la liberté qui n’a pas toujours su y croire

Par Penelope H. Fritz

5 septembre 2026

Jean–Paul Sartre

image15

Photo: https://www.flickr.com/people/69061470@N05 / CC BY–SA 3.0, via Wikimedia

Naissance

21 juin 1905
Paris, France

Décès

15 avril 1980 (74)

Profession

Philosophe, romancier et dramaturge

Récompenses

Prix Nobel de littérature

La citation la plus célèbre de la philosophie du XXe siècle — « L’enfer, c’est les autres » — n’était pas, Sartre l’a répété des années durant, une phrase sur les autres. La réplique tirée de Huis clos portait sur l’impossibilité de se voir clairement sans passer par le regard de quelqu’un qui ne peut pas vous comprendre pleinement. Il expliqua cette méprise dans des entretiens, des préfaces et des conférences jusqu’à la fin de sa vie. Personne ne l’écouta vraiment. Il est possible que cela ait confirmé sa thèse.

Sartre naquit sur la Rive gauche de Paris en juin 1905, enfant unique d’un officier de marine mort avant qu’il n’ait deux ans. Il grandit dans l’appartement de son grand–père maternel, Charles Schweitzer — un universitaire germano–français, cousin d’Albert Schweitzer — dont la bibliothèque devint le véritable environnement de son enfance et, comme il l’écrirait plus tard avec une virulence considérable, sa première erreur. Son œil gauche était louche depuis l’enfance ; durant sa dernière décennie, il était presque totalement aveugle. Un corps que le monde avait toujours lu comme déficient le prépara, de manière qu’il analysa longuement, à se méfier de tous les faits donnés de l’existence.

Formé à l’École Normale Supérieure, où il obtint le premier rang à l’agrégation de philosophie en 1929 — Simone de Beauvoir, qui deviendrait sa compagne de toute une vie, fut seconde — Sartre passa les années 1933 et 1934 à Berlin pour étudier la phénoménologie d’Edmund Husserl à l’Institut Français. Ce qu’il trouva chez Husserl, et à travers Husserl chez Martin Heidegger, c’était une méthode pour examiner la conscience de l’intérieur sans la retraite philosophique habituelle dans l’abstraction. Il arriva à Berlin pour se demander comment la cendrinité devient un cendrier. Il revint en France avec les matériaux d’une nouvelle ontologie.

Son premier roman, La Nausée, parut en 1938 — une expérience philosophique sous forme de journal intime, où un homme rencontre la pure contingence des choses existantes, le fait qu’elles sont simplement, sans justification ni dessein. Le livre annonçait un esprit original capable de faire bouger des idées phénoménologiques abstruses sur une page. L’infrastructure théorique vint cinq ans plus tard avec L’être et le néant, une ontologie de 700 pages qui introduisit l’être–pour–soi et l’être–en–soi comme catégories qui occuperaient les philosophes pendant des décennies, et qui proposa la « mauvaise foi » — l’auto–tromperie par laquelle les gens feignent de n’avoir aucune liberté sur leurs choix — comme l’échec humain par excellence. Un an après, sa pièce Huis clos fut créée dans Paris occupé, devant un public qui comptait des officiers allemands. Quatre personnages enfermés dans une pièce close, incapables d’échapper au regard des autres. La réplique sur l’enfer et les autres arrive vers la fin, presque comme une réflexion après coup.

En octobre 1945, quelques semaines après la libération de Paris, Sartre prononça une conférence qui devint L’existentialisme est un humanisme — devant un public si nombreux que des gens s’évanouirent dans la bousculade. L’argument était délibérément accessible : l’existence précède l’essence, ce qui signifie que nous ne naissons pas avec une nature humaine fixe mais que nous nous créons par nos choix, et que nous ne pouvons échapper à la responsabilité de ce que nous choisissons en invoquant Dieu, la biologie ou l’histoire. L’idée n’était pas philosophiquement neuve, mais Sartre lui avait donné une forme qui fonctionnait aussi bien dans un coin du Café de Flore que dans une salle de séminaire. L’existentialisme devint un mouvement, un phénomène d’édition, un raccourci pour toute une génération d’éthique laïque — le tout en moins de dix–huit mois.

Avec Beauvoir et d’autres collègues, Sartre fonda Les Temps Modernes, la revue littéraire et politique qui servit de conscience intellectuelle à la Rive gauche pendant les trois décennies suivantes. Il produisait également une série de pièces qui soumettaient sa philosophie à la pression politique : Les Mouches réécrivant le mythe d’Oreste comme une fable de liberté et de complicité ; Les Mains sales demandant si l’action politique peut survivre à la pureté morale ; Le Diable et le Bon Dieu démantelant l’idée que Dieu peut fonder l’éthique. C’étaient les années où Sartre était à la fois le philosophe le plus célèbre d’Europe et, de l’avis général, le plus charismatique — petit, louche, sous amphétamines, capable de tenir une table de café pendant huit heures et un auditoire de conférence pendant trois.

image16 Albert Camus Archive RPweb

C’est aussi le point où sa biographie se divise le long de la ligne de faille que sa philosophie avait ouverte. En 1952, il rompit publiquement avec Albert Camus à propos de L’Homme révolté de ce dernier, qui soutenait que la violence révolutionnaire n’était pas auto–justifiée et que les crimes de l’Union soviétique ne pouvaient être excusés au nom du progrès historique.

La rupture, menée en partie dans les pages des Temps Modernes, divisa la vie intellectuelle européenne pendant une génération et ne s’est jamais totalement refermée. Sartre arguait que critiquer l’Union soviétique depuis une position de confort occidental était un luxe que les travailleurs ne pouvaient pas se permettre. Camus disait qu’excuser le goulag au nom de la solidarité était une obscénité morale dont la gauche paierait le prix pendant des décennies. La position de Sartre gagna la bataille dans les salons parisiens.

La position de Camus se révéla correcte quant à l’histoire. En ses propres termes — ceux d’une philosophie qui fait de l’auto–tromperie l’échec moral cardinal — Sartre avait vécu dans la mauvaise foi. Il le reconnut plus tard, admettant qu’il avait refoulé ses doutes sur les crimes soviétiques parce que, dit–il, il n’avait pas voulu « désespérer la classe ouvrière ».

Sa propre définition de la mauvaise foi, appliquée à lui–même, correspond exactement.

En 1963, il publia Les Mots, une autobiographie qui est aussi un acte soutenu d’auto–immolation philosophique — une confrontation avec les illusions d’enfance qui firent de lui un écrivain, le grand–père dont la bibliothèque lui avait donné sa vocation, et la grandiose auto–tromperie par laquelle les écrivains se convainquent que leur travail importe.

L’Académie suédoise, citant précisément ce livre, lui offrit le prix Nobel de littérature l’année suivante. Il écrivit pour décliner avant l’annonce, invoquant sa conviction que les écrivains ne devraient pas se laisser devenir des institutions. L’Académie annonça le prix quand même ; le refus devint l’événement le plus commenté de cette saison Nobel, une performance de cohérence philosophique si nette qu’elle faisait presque oublier la décennie précédente.

En 1973, sa vue était presque perdue. Il continua par dictée, par des conversations avec Beauvoir et avec son jeune secrétaire Benny Lévy, qui avait été le leader maoïste connu sous le nom de « Pierre Victor » et se tournait alors vers le judaïsme orthodoxe. Leurs derniers entretiens longs, publiés en 1980 sous le titre L’Espoir maintenant, montrèrent ce qui semblait être un Sartre reconsidérant son athéisme de toujours, s’approchant de la tradition éthique juive, et reculant devant les positions les plus doctrinaires de ses années marxistes. Beauvoir contesta publiquement l’authenticité des transcriptions, suggérant qu’un homme presque aveugle et dépendant avait été guidé vers des conclusions qui n’étaient pas les siennes.

La querelle était encore irrésolue quand Sartre mourut le 15 avril 1980.

Quelque 50 000 personnes suivirent son cercueil dans les rues de Paris jusqu’au cimetière du Montparnasse. Il avait demandé aucune cérémonie. Ses pièces continuent d’être produites dans le monde entier — Huis clos a été monté simultanément à Paris et à Washington DC aussi récemment qu’en 2026 — et son vocabulaire philosophique reste la langue par défaut pour un certain type d’examen éthique de soi. La réplique sur l’enfer et les autres arrive encore souvent sans son contexte. Sartre aurait reconnu le mécanisme : des gens prenant un fragment d’une philosophie qu’ils n’ont pas lue et l’utilisant pour éviter d’affronter les exigences réelles de cette philosophie. Il avait un nom pour cela.

Les dessins du jour

image17

image18

image19

image20

image21

image22

image23

image24